Journée du 7 avril

7 avril 2010


Début d’audience à 13h42.

La Présidente : j’ai été avisée par Me LEGUILLOU que M HERUBEL avait des problèmes aujourd’hui, il ne sera pas présent mais il sera là demain (il est grippé. Me LEGUILLOU pense qu’il était déjà pas bien hier et qu’il vaut mieux qu’il se remette avant de revenir).

J’avais indiqué hier que j’allais poser des questions à M PERRIER. On va reprendre notre fil d’audience, nous avions vu les mesures prises, nous avions entendu à ce sujet M PERRIER et M HERUBEL n’aurait pas apporté grand-chose par rapport à ce qu’il avait dit hier. Je vais entendre M FRANTZEN, sur ce que vous avez à dire de plus sur ce sujet. Hier nous avions entendu les uns et les autres sur les mesures provisoires et les mesures applicables à partir de 1982. Déjà qu’est ce que vous pouvez nous dire sur le SFACT, sur ces mesures transitoires en consigne de navigabilité ?

M FRANTZEN : j’ai un peu de mal à situer la question, comme je l’avais indiqué les mesures transitoires s’inscrivent dans une période aussi limitée que possible après l’incident de Washington. Ces mesures transitoires ont une durée limitée, elles ont été appliquées en 1982. L’avion jusqu’en 2000 n’a rien à voir avec les avions jusqu’en 1975 jusqu’en 1982. La situation technique provisoire n’a rien à voir avec la situation technique définitive.

Je ne peux que rappeler que ce que j’ai déjà répété. Le BEA fait son travail, indique des pistes d’amélioration de travail. Cet ensemble est véhiculé au constructeur qui fait des propositions d’ensemble. C’est un package, un ensemble de mesures de nature à répondre aux recommandations du BEA et à la réalité de ce qui a été appris de l’incident de Washington, qui est transmis au STPA qui fait son travail en profondeur et en largueur pour couvrir tous les systèmes. Ce service technique fait son travail, ses conclusions sont portées au bureau de certification au sein de la DGAC.

Je suis informé du fait que le processus qui avait été lancé à la suite de l’incident de Washington. Voilà ce que sont les suites de l’incident de Washington. A mon niveau, c’est une fonction hiérarchique, mais pas opératoire ou décisionnelle.

Cerise sur le gâteau, le bureau de certification me confirme que les homologues britanniques sont d’accord avec les positions que je viens de rappeler. La FAA aussi. Il y a  bien trois autorités qui convergent pour confirmer que les suites ont été données.

La Présidente : cela sous entend que sous le produit fini, les autorités étaient d’accord sur ces mesures sinon l’avion n’aurait pas pu reprendre le vol dans les conditions ? Le Concorde qui volait après 1982 n’est plus le même que celui d’avant, on est bien d’accord ?

M FRANTZEN : oui c’est un avion sensiblement différent.

La Présidente : à la suite de ces mesures, le SFACT et les autres autorités ont estimé que l’avion présentait toutes les garanties ?

M FRANTZEN : vous évoquez le SFACT, c’est une grande maison. Il n’y a plus de mesures à prendre au niveau de navigabilité, cette décision, cette vision de synthèse est celle du bureau de certification

La Présidente : pour les mesures prises, est ce que cela sous entend qu’il y aura une vigilance accrue ou cela ne change rien ? Est-ce que tout ce qui est pneu, on l’aura plus à l’esprit sur Concorde, s’il n’y avait pas eu ces incidents ?

M FRANTZEN : ces mesures sont exprimées dans les propositions de l’industriel, sont prises en compte dans les consignes de navigabilité qui s’appuient sur tel ou tel bulletin de service.

Sinon la navigabilité d’un aéronef ne se réduit pas au dernier élément qui a le plus posé question. La certification est une opération de prévision. Tout effet de surprise peut se produire. L’ensemble de l’avion est sous surveillance, y compris les mesures nouvelles qui ont fait l’objet d’un rapport. C’est comme un enfant dans une famille, tous les enfants sont traités de la même manière. L’autorité de certification aime tous ses enfants.

La Présidente : ma collègue a parlé du RCT, fait en 1979 par l’exploitant, comment se situe ce RCT par rapport aux consignes données par le constructeur ou par l’autorité ?

M FRANTZEN : il y a un flux d’information, qui est d’autant plus facile, à partir du moment où il y a un seul exploitant, physiquement proche, locaux à quelques centaines de mètres du constructeur. Le flux d’échange est important. Les autorités à partir du moment où il y a eu mise en doute de la certification, elles suivent les propositions du constructeur pour avoir une situation acceptable. Si ces mesures transitoires sont acceptées par le même processus de certification, par le biais d’investigations approfondies, le bureau de certification voit s’il y a lieu de laisser ce processus d’échange ou de taper du point, et de prendre des consignes de navigabilité.

La Présidente : ce RCT, sur l’interdiction de la rentrée des trains en cas de doute, cela est resté en quel stade ?

M FRANTZEN : je ne sais pas dans le cas particulier de cette mesure, quel allé retour cela a pu faire. Tout ça est un dialogue entre le constructeur et le service technique du ministère de la défense qui investit en débattant en son sein et le constructeur. Sur le RCT, je n’ai aucune information.

La Présidente : ma question est de savoir, ce RCT est pris dans quelle condition ? Qu’est ce que qui fait qu’il reste au stade de rien ?

M RAFIN : soit elle est provisoire, on attend que la consigne arrive, soit on attend les mises à jour, …Ce sont des consignes qui ont une durée de vie limitée. Soit la consigne disparaît donc la modification a été faite, soit elle a été intégrée dans la consigne de navigabilité.

C’est une consigne de méthodologie.

La Présidente : est ce que cela fait débat avec le constructeur, soit cela reste interne ?

M RAFIN : cela reste interne à la compagnie. Ce RTC a été intégré dans à la mise à jour de la documentation.

M FRANTZEN : ce RCT est nourri par une information apportée par le constructeur…il faut trouver des moyens pour informer l’équipage, tout le monde, pour être cohérent.

Me SOULEZ LARIVIERE exprime son mécontentement sur le fait qu’on interroge M FRANTZEN sur ces points en tant que représentant du SFACT.

La Présidente : il appartient au tribunal de poser des questions qu’il estime nécessaire.

Me SOULEZ LARIVIERE : cela serait mieux compris si on ne parlait pas du représentant du SFACT pour commencer à poser des questions…

La Présidente : le prévenu sait très bien de qui il parle. L’ordonnance a prévu que c’est M FRANTZEN qui était renvoyé et donc je lui pose des questions !

Me SOULEZ LARIVIERE : si vous suivez à la lettre le plan de l’instruction,… ne prenons pas des gens en substitue, hier cela était là !

La Présidente : je ne suis pas là pour instruire à charge par rapport aux prévenus qui sont présents, mon rôle c’est de restituer ce qu’il y a dans le dossier ! Les personnes qui sont devant moi, je les interroge, je peux sinon lire les dépositions et cela ira plus vite. Mais non.

Me SOULEZ LARIVIERE : si le tribunal peut laisser à la défense un peu plus d’espace, respirer !

La Présidente : je maintiens que le tribunal est saisie par une ordonnance de renvoie, que nous pouvons tirer des conséquences différentes du…

(Incident Me SOULEZ LARIVIERE exprime encore mon mécontentement)

La Présidente : je n’ai pas l’impression de poser des questions inutiles.

Me SOULEZ LARIVIERE : ce ne sont pas des représentants de rien du tout, ni de l’Etat, ni de EADS,…

M PERRIER : je voulais donner des éclaircissements sur ce que M FRANTZEN n’a pas vécu. La recommandation de rentrée de train c’est la conséquence directe qu’à Washington, on a perdu les circuits verts et jaunes. Elle ne nécessitera aucune discussion. Les autorités n’ont aucune objection. Cela sera repris dans les consignes d’Air France. Cela n’aura un caractère provisoire que jusqu’à la généralisation du système de détection de sous gonflage. Là ils ont un moyen de savoir s’ils ont un pneu éclaté ou pas. C’est une signalisation qui permet à l’équipage d’être sur rapidement. C’est une recommandation prise très rapidement, quatre ou cinq jours après l’incident.

Chaque constructeur, après un incident majeure ou accident, fait savoir à l’exploitant les premières réactions qu’il peut avoir avant tout enquête.

Me RAPPAPORT : une observation, nous avons entendu notre confrère Me SOULEZ LARIVIERE dire que M FRANTZEN n’est pas le représentant de l’Etat et je suis bien d’accord. M FRANTZEN est devant vous, il a donné la raison à la cote Da 4146 : « En tant que sous-directeur, je dirigeais à la fois le bureau chargé des certifications, le bureau chargé de l’entretien par les compagnies aériennes et le bureau chargé des questions opérationnelles. Pour résumer, il s’agissait de l’ensemble des questions de sécurité, sauf celles relatives à la compétence des personnels navigants » J’ai cru comprendre qu’il a donné cette réponse quand il était assisté de trois avocats, je peux imaginer que les réponses de M FRANTZEN avaient été préparées. M FRANTZEN est ici aujourd’hui car il avait en charge l’ensemble des questions de sécurité, ce que le tribunal aura à examiner si les obligations qui avaient été les siennes ont été respectées ou pas.

Pour les questions, dans ce procès verbal, on a cette note Da 3073, signé de la main de M FRANTZEN.

M FRANTZEN : non et non

Me RAPPAPORT : j’allais rappeler que vous n’en êtes pas l’auteur, vous avez signé cette note.

La Présidente : il n’a pas signé cette note, on ne va pas rouvrir le débat sur cette note. Elle a été faite par les services de M FRANTZEN, elle est accompagnée d’un document qui est bien de la main de M FRANTZEN qui ne désavoue pas cette note mais elle est le résultat d’une collaboration.

Me RAPPAPORT : il n’a pas dit qu’il n’était pas étranger à cette note.

M FRANTZEN : c’est insupportable !

Me RAPPAPORT : à cette date, il y a une note de synthèse à laquelle la personne responsable de la sécurité aérienne n’est pas étrangère, p 11, chapitre des conclusions, je lis « Concorde est sensible aux pneumatiques, et peut plus sensible que d’autres aux conséquences », qu’est ce que cela voulait dire ? Elle est rappelée par un paragraphe page 12, « il est nécessaire d’amélioration la protection des réservoirs ».

M FRANTZEN : je ne pense que cette note, dont je suis triste de constater la répétition. Pour répondre à la question, je crois qu’il faut lire le texte. C’est l’ensemble qui a reçu des modifications que je  vais répéter.

La Présidente : non quand même.

Me RAPPAPORT : je veux bien que 30 ans après la mémoire fléchisse mais vous n’ignorez pas que se pose un problème au regard des réservoirs, l’ignorez vous ?

M FRANTZEN : je ne comprends pas cette question, les problèmes sont traités.

Me RAPPAPORT : nous sommes à l’été 1979, dans les semaines postérieures aux incidents, il y a une note qui dit que Concorde est plus sensible que d’autres aux conséquences.

M FRANTZEN : ce n’est pas vrai du tout !

La Présidente répète la phrase.

Me RAPPAPORT : cette phrase, est ce que ça ne veut pas dire que les projections de pneumatiques ont des conséquences sur les réservoirs ?

M FRANTZEN : cela veut dire ce qui est écrit, le bureau d’enquête a sa propre analyse.

Me RAPPAPORT : il a été question de l’ensemble des mesures de surveillance qui ont pu être prises après que des remèdes aient été apportés au problème de Washington, M FRANTZEN a répondu que l’ensemble de l’aéronef était sous surveillance, comment cela s’est exercé ?

M FRANTZEN : la survenance d’un incident, avec l’ensemble des mesures que cela entraîne, rentre dans la surveillance d’ensemble de la navigabilité, ou d’un type de flotte plus large. Un incident apporte du savoir à l’ensemble de la communauté aérienne. Des mesures ont été apportées et c’est cet ensemble qui fait l’objet de surveillance. C’est l’OACI qui s’assure aussi qu’on est homogène,…

Me RAPPAPORT : nous sommes dans un pays développé, le transport aérien est sous le contrôle de l’état, qui a mis en place l’OCV (organisme de contrôle en vol), est ce que M FRANTZEN a cherché à savoir jusqu’à l’incident de 2000, est ce que l’OCV est intervenu ici ?

M FRANTZEN : l’OVC est relève de la direction de l’avion civile, il offre au SFACT d’avoir accès à des pilotes de ligne, c’est un groupe de personnes compétentes.

Cet organisme a son autonomie d’appréciation, de pouvoir. Le programme de travail de l’OVC fait l’objet d’un échange pour donner des orientations sur tout ce que l’on sait sur le transport aérien et ensuite il retient son champ d’action pour l’année qui vient ?

Me RAPPAPORT : je n’ai pas eu la réponse à ma question. Est-ce qu’il a existé entre l’incident de Washington et jusqu’à 2000, un contrôle de l’OCV sur Concorde ?

M FRANTZEN : il fallait poser une question au chef de l’OCV, pour savoir s’il disposait assez de moyen pour contrôler. Mais cet organisme avait peu de moyens. Il y avait une sélection avec des interventions ponctuelles qui relevaient du chef de l’OCV, c’est à lui qu’il faut poser des questions.

Me RAPPAPORT : est ce que M FRANTZEN a eu un rapport de l’OCV sur le secteur Concorde ?

M FRANTZEN : ma mémoire ne me permet pas de savoir mais l’OCV n’avait pas à me communiquer son rapport.

La Présidente : pouvez-vous revenir à la question ?

M FRANTZEN : je n’ai pas le souvenir mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu.

Me RAPPAPORT : il existait un organisme de contrôle en vol. Il existait aussi un service chargé du contrôle des activités au sol, ce fut d’abord le bureau Veritas que M FRANTZEN  connaît bien, et ensuite, c’est un organisme, le GSAC qui a été chargé des opérations de maintenance. Est-ce que M FRANTZEN a eu connaissance d’un rapport de ce service, chargé du contrôle de ces différentes activités ?

M FRANTZEN : j’ai eu connaissance d’une réponse du bureau Veritas à la lettre que je lui avais adressé. D’autres rapports du bureau Veritas ou GSAC, il aurait fallu poser la question à M ARNAUD, qui a été membre du GSAC. Encore une fois, avec 30 ans de décalage, je n’ai pas le souvenir d’un rapport particulier du bureau Veritas. L’ensemble faisait l’objet d’une vérification.

Le GSAC faisait son travail quotidien de surveillance d’Air France, il a regardé telle ou telle activité d’Air France en particulier Concorde. Il fallait demander à M ARNAUD.

Me RAPPAPORT : M FRANTZEN nous a dit que le GSAC exerçait une mission de surveillance permanente, est ce que cela se traduisait par un rapport ?

M FRANTZEN : il répondait au bureau de ma direction technique.

Me RAPPAPORT : savez vous s’il a existé des rapports du Bureau Veritas ou du GSAC sur le secteur Concorde ?

M FRANTZEN : il aurait fallu leur poser des questions. Mon souvenir est évanescent. Je ne peux pas après 30 ans savoir.

Me RAPPAPORT : le secteur Concorde n’avait pas attiré particulièrement votre attention.

M FRANTZEN : il n’y a pas que le secteur Concorde, tous mérite une attention. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été attiré par le secteur Concorde.

Me MIGNON : une précision : on vous a parlé de l’organisme en vol, à qui il rendait compte ?

M FRANTZEN : au directeur de la DGAC et pas à moi. Le dialogue que j’ai eu avec ces organismes a été fructueux.

Me SOULEZ LARIVIERE : par rapport à ce qui a été dit hier, Monsieur le Procureur vous a accusé d’avoir laissé abandonner l’idée de renforcer l’intrados. Cette accusation est nouvelle pour moi, laisser abandonner une idée, est ce que vous avait l’impression d’avoir laissé abandonner une idée ?

M FRANTZEN : je vais revenir à ma feuille de route, qui explique l’approche de toutes les mesures qui devront tirer la leçon des incidents de Washington, les mesures ne sont pas indépendantes. Telles ou telles pistes, à explorer dans la note, peut se révéler fructueuse, infructueuse ou nécessaire ou non nécessaire.

La note en question au moment où elle est écrite, elle est pleine d’idée mais peut être à abandonner. Ce n’est pas telle ou telle idée. De toute façon ce n’est pas sur des idées qu’on décide, on décide sur décisions concrètes, on ne gère les idées sur du concret démontré.

Me SOULEZ LARIVIERE : sur le caractère implicite des accusations moulées dans le dossier, avec le rapport d’expertise : est ce qu’il y a une sorte de complot ? Ce que je comprends, c’est que l’intrados on ne pouvait pas le protéger. On aurait du et mais on n’a pas pu et il aurait fallu arrêter l’avion. Est-ce qu’il y a un problème de complot avec l’intrados, qui s’en ait occupé ?

M FRANTZEN : complot dans mon métier, je ne connais pas. Quels sont les besoins des mesures pour se prémunir ? C’est exploiter, travailler par le constructeur, sous la vérification d’organismes compétents.

Là où je vois une confusion permanente, ce qui s’est passé à Gonesse et ce qui a conduit aux mesures après Washington, il n’y a rien qui préfigure à ce qui s’est passé à Gonesse : il y a eu expulsion d’un panneau de l’intérieur vers l’extérieur du réservoir. Cela n’a rien à voir. On est face à un évènement totalement inconnu.

A Washington, le BEA enquête, le NTSB a repris le rapport du BEA. Les deux ignorent complètement le fait qu’un panneau d’une voilure puisse s’expulser de l’intérieur vers l’extérieur du réservoir. Ils n’ont aucun moyen de le savoir. Tous les organismes n’en ont aucune connaissance. Personne et moi n’avaient entendu parler de cela, par un phénomène de convection hydro dynamique.

Le Procureur : sur la période 1979 à 1994, durant cette période, quel compte vous avez demandé au constructeur sur les modalités de protection possible de la voilure, quelle investigation vous avez pu demander aux différents services ?

M FRANTZEN : j’ai écrit une fois au bureau Veritas pour lui demander de faire certaines vérifications, il m’a répondu. Une autre fois, j’ai écrit à Air France pour une situation de vol.

Le Procureur : ma question porte exclusivement sur la protection des réservoirs.

M FRANTZEN : mes fonctions hiérarchiques m’interdisent de fait ou de droit de poser des questions techniques à la compagnie ou à qui compte. Il y a des services et lieux de compétences pour poser ces questions. Je ne suis pas le spécialiste de ces questions, je n’ai jamais fait des études de cellules. Ensuite, personnellement, j’ai posé des questions sur des questions annexes sur le package de Washington, je n’avais pas à poser des questions générales. Il a été conclu par l’examen de ce package que cela répondait aux questions posées et il n’y avait pas à ouvrir un nouveau débat.

Cette question de renfort de voilure ne se posait plus, il y avait un ensemble de mesure pour éviter la répétition du scénario telle quelle.

Le Procureur : vous avez dit que vous n’avez pas la compétence, mais est ce que vos services sur qui vous avez autorité, avez cette compétence ?

M FRANTZEN : non, mes services n’avaient pas ces compétences. M DU BOULLAY et M CHAMPION n’avaient pas ces compétences.

On ne se pose pas des questions sur les mesures non nécessaires.

Le Procureur : sauf que la personne qui a fait le rapport sur le SFACT, son rôle était de poser des questions sur les services extérieurs, et que vous aviez un rôle de décision. C’est M POIREAU, rapport de l’inspecteur général de l’avion civil..

M FRANTZEN : le nom et la description de la pièce ne me disent rien. Je connais un rapport GUILLAUME, PICHOT…Là je ne vois pas du tout, beaucoup de gens écrivent dans une vision imaginaire de ce que le SFACT pouvait faire. On en voit beaucoup des élucubrations.

Le Procureur : c’est le rapport de M PICHOT, juillet 1975, Da 4569, organisme et fonctionnement…p 11 : « Ce partage des rôles entre ceux qui prêtent leur concours et donnent leur avis et ceux qui décident et assument la responsabilité ne parait pas donner de meilleure garantie d’amélioration de la sécurité aéronautique par -rapport à une organisation plus intégrée. Le fait d’être dans des locaux séparés ne facilite ni la communication ni l’organisation du travail entre spécialistes et généralistes, obligés de faire de nombreux trajets entre les deux sites. La section Navigabilité se trouve, de plus, éloignée au sein de la cité de l’air de l’état-major du STPA dont elle dépend hiérarchiquement.»

Me MIGNON : pour le rapport PICHOT, il y a une autre page, où il est indiqué le rôle respectif du SFACT et du STPA « Le SFACT est un service responsable en droit, mais qui n’a pas en fait les moyens d’une autorité fonctionnelle sur certains des services qui agissent pour son compte et notamment sur la DCAé dont relève le STPA placée sous l’autorité d’un autre Ministre » Il me semble que cette précision est importante.

Le Procureur : je ne dis pas que M FRANTZEN a autorité sur le ministère de la défense et ses services, je dis que le SFACT a une mission à assurer la sécurité, qu’il peut demander toute investigation à des services extérieurs, qui sont des services comme Veritas ou le STPA, qu’il n’a pas autorité sur eux mais quand il lui revient la prestation servie par ces prestataires, il doit apprécier le service rendu et décider car le décideur ce n’est pas le spécialiste du ministère de la défense mais le SFACT.

M FRANTZEN : le rapport PICHO date de 1995 et j’ai fini mes fonctions en 1994.

Le Procureur : mais cela couvre vos fonctions d’avant.

M FRANTZEN : le SFACT n’a pas pour fonction d’assurer la sécurité. Personne ne peut se vanter d’assurer la sécurité. C’est un combat permanent à assurer tous les jours. Il est chargé des questions de sécurité, il récupère les fonctions de sécurité aérienne limitées et précises.

Le Procureur : j’ai la note de la DGAC du 24 mai 1991, Da 3641 p 3, c’est la DGAC qui parle « Quand un accident se produit, il peut être difficile de savoir si la responsabilité en incombe au pilote, au contrôleur, au constructeur de l’avion, à l’entretien fait par la compagnie, éventuellement aux services de l’aéroport ou à un défaut de la surveillance anti attentat, mais il est clair que l’administration de l’aviation civile a la responsabilité de définir et appliquer les mesures permettant d’éviter la reproduction du même accident », si ce n’est pas de l’accident, je ne sais pas ce que c’est. C’est une note de votre service.

Me MIGNON : c’est un texte de communication.

M FRANTZEN : ma fonction n’est pas d’appliquer n’importer quel texte ou contradiction que l’on peut trouver dans tous les textes.

La Présidente : vous faites allusion à l’arrête de 1978 ?

Le Procureur : aucune investigation, question ou interrogation ou contrôle n’a été fait sur la protection du réservoir entre 1979 et 1994 pour les raisons que vous nous avez indiquées.

M FRANTZEN : je ne comprends pas le cadre de ma question. C’est curieux de me parler de 94.

La Présidente : cette date n’est pas prise au hasard, cela correspond à la fin de votre fonction.

M FRANTZEN : … il n’y a pas à revenir sur ces évènements.

Me SOULEZ LARIVIERE : on a parlé de pièces métalliques, j’ai l’impression qu’on fait encore la même chose, c’est de la paranoïa défensive !

Me BUFFAT : M FRANTZEN  s’inquiétait de savoir si cette abandon de renforcement de voilure, si les services comme le STPA en avait été informés. Je rappelle au tribunal que toutes les études faites par l’Aérospatial ont toutes été communiquées au STPA.

M FRANTZEN : j’aimerais commenter le vocabulaire : « abandon » : cela évoque l’abandon d’enfant. On n’a pas abandonné ces mesures, elles ont été jugées nécessaires.

La Présidente : on a bien compris. On peut dire écarter, il n’y a pas que les abandons d’enfants.

J’aimerais à titre de renseignements vous indiquez la position de M AUFFRAY Da 4290.10 : « Dans l’esprit du TSS 1-1, cet événement rentre dans la classification « MAJEUR », ne serait-ce que par la perte en vol de circuits hydrauliques (vert et jaune) qui avait été classée comme tel dans le cadre de la certification initiale ».

Da 2813, l’avis du CHSCT : « conclusion retenue en réunion du 24 juin 80 »

Les avis sont partagés, c’est pour que ça que je prends soin de prendre l’avis des témoins et des techniciens qui ont fait des travaux pour la défense. Sur ces deux avis, est ce qu’il y a des observations ?

Me DALMASSO : le tribunal doit s’interroger sur la légitimité de ces avis. M AUFFRAY a une autorité pour émettre un avis.

Me BUFFAT : M PERRIER répondra point par point à l’avis du CHSCT.

La Présidente : on va continuer par l’audition de MM GUIBERT et CHAUVIN. J’aimerais qu’on fasse le point de l’expertise, notamment ce qui a été tiré par les experts, vous êtes allé jusqu’en 1982, jusqu’à ce que les mesures soient applicables.

Les documents sont aux cotes : Db 326 et Db 385, les annexes 17 et 18.

Avant expliquez nous comment vous avez travaillé la question.

M GUIBERT : on a travaillé essentiellement sur document, au fur et à mesure qu’ils rentraient dans le dossier d’instruction ou que nous trouvions nous même, pour la période initiale entre le début de l’exploitation et l’incident de Washington. Après on a séparé cela. On est les premiers à avoir donné ces dates là, au moment où tous les avions ont été transformés. Cela a fait l’objet d’une partie particulière dans notre dossier.

A l’issue d’un transport du Juge d’instruction dans les locaux d’Airbus en 2005, on est resté cinq jours avec lui et sa greffière avec mise à disposition des archivages. On nous avait expliqué comment étaient disposées les archives d’Aérospatial. C’est un service qui s’appelle Diderot Aérospatial sur micro fiche ou papier, on a eu accès à ce qu’on demandait. C’est surtout là qu’on a pu refaire un historique un peu plus complet sur les différents évènements. On avait les rapports du constructeur qui avait lui-même procédé à l’archivage de ses propres papiers et des échanges qu’il a eu avec les compagnies, ses sous traitants et le bureau Veritas. On a eu accès à des archives de Veritas qui nous ont été envoyées en vrac et de la DGAC qu’on a aussi trouvé en vrac. Cela nous a permis d’avoir les différentes positions sur telle ou telle position, qui a fait quoi. On a eu beaucoup de papiers d’Air France. On a pu collecter dans ces deux missions, à la fois pour la mission à Toulouse et ce qui a été envoyé par Veritas et la DGAC une grosse documentation et on a  pu se faire une idée de ce qui s’était passé dans les incidents.

La Présidente : vous avez eu des connaissances des dépositions faites par les prévenus ?

M GUIBERT : non, nous n’avons pas assisté aux entretiens du juge d’instruction avec les prévenus. Cette instruction a manqué de contradictoire. La seule audition à laquelle nous avons assisté : M REGNARD (le juge d’instruction) avait fait venir M PERRIER pour avoir des précisions sur un déficit éventuel de poussée du Concorde, le jour de l’accident, hypothèse très répandue dans la presse dans une période. C’était une question complexe, nous avions suggéré à M REGNARD de faire venir d’aérospatial des gens que nous connaissions dont M PERRIER. La seule fois que nous avons été avec M PERRIER  et le Juge d’instruction, c’est à cette occasion là. Après nous n’avons pas eu accès aux auditions.

La Présidente : à l’époque, M PERRIER n’avait pas encore été mis en examen.

M GUIBERT : non c’était en 2004, c’est pour ça que je dis qu’il faut bien séparer les questions. Il était venu en tant que témoin sur la poussée, si elle était nominale ou pas au moment du décollage.

La Présidente : on nous a expliqué en quoi consistait la certification, le suivi de navigabilité, on ne reviendra pas dessus.

M GUIBERT : s’il y a des questions, je répondrais. Il y a peut être des questions sur la définition, c’est en fonction de cela qu’on a fait nos recherches et donné notre avis.

La Présidente : je dis juste que le tribunal a posé des questions sur ce sujet, on a répondu longuement sur cette question. Les prévenus ont été entendus, cela a été vu. Sur les notions de certification, suivi de navigabilité, le tribunal a été suffisamment informé, cela n’a rien à voir avec votre compétence.

Me DALMASSO : il peut intervenir sur la méthode. La mission des experts vous l’avez rappelé, il y a deux choses à distinguer. Vous avez deux rapports, celui de 2005 est complètement. Celui de novembre 2004 : sur quoi avez-vous travaillé ? Dès novembre 2004, vos conclusions sont péremptoires, p 50 : « le suivie de navigabilité du Concorde s’est révélé déficiente sur le plan technique ». On est sur le premier rapport, je voudrais savoir ce qui autorise les experts, à tenir ces propos ? Page 48, c’est outrageant, on parle de « chance ». J’en arrête avec la polémique, vous avez travaillé sur le suivi de navigabilité.

Pour moi, le suivi de navigabilité, le retour d’expérience, c’est un ensemble de réunion entre les parties, pour savoir comment le service après vente, répertorie les incidents,… les services bulletins, c’est tout cela le suivi de navigabilité

M GUIBERT : oui, je vais répondre à votre question. A une condition, il faut que le retour d’expérience fonctionne. S’il ne fonctionne, le processus de navigabilité sera déficient. C’est important.

Me DALMASSO : encore une fois pour porter un avis sur la qualité de la navigabilité, il faut avoir pris connaissance de tous ces documents. Ce qui m’étonne, c’est que toutes les pièces vous ont été transmises le 25 février 2005, Da 3934. Vous avez dans cet envoi, un feuillet qui énumère les documents dont « suivie de navigabilité ». Vous avez pris ces conclusions au couteau alors que vous n’aviez pas ces documents et vous ne les avez pas eu de la part d’Airbus. On vous présente 17 cartons relatifs au suivie de navigabilité. La suite du procès verbal montre que vous n’avez pas examiné l’ensemble de ces cartons, vous avez examiné les fichiers informatiques et vous avez rentré des mots clés. Vous ne prélevez que quelques pièces par sondages et vous partez.

J’ai du mal à comprendre comment vous avez travaillé et sur quoi, je constate que la matière première, vous ne l’aviez pas en main quand vous avez rendu votre rapport en 2004.

La Présidente : qu’avez-vous à dire ?

M GUIBERT : les annexes 17 et 18, sont celles de notre rapport, c’est une partie des documents que nous avions à notre disposition. Nous avons pensé à l’époque, peut être à tort, sans avoir vu tout ce qui venait après, au vu de l’analyse du Juge d’instruction qui a dit qu’il fallait aller plus loin, c’est l’objet de notre deuxième rapport. Nous avons fait ce que le Juge d’instruction nous dit de faire et dans le cadre qu’il nous donne ou nous suggère.

Me DALMASSO : c’est péremptoire et grave.

M GUIBERT : nous n’avions pas l’ensemble des documents qu’on avait.

Me DALMASSO : je disais que 30 ans après on va avoir des preuves. On considère que comme on n’a pas trouvé des pièces, elle n’existait pas

M GUIBERT : est ce que vous m’avez entendu dire ça ?

Me DALMASSO : je vous demande sur quoi vous avez travaillez ?

M GUIBERT : est ce que vous m’avez entendu dire qu’on s’est basé sur les pièces qui n’existaient pas ?

Me DALMASSO : vous avez pris des documents de synthèses. Pour les annexes 17 et 18, vous y verrez Madame La Présidente, que cela concerne des pièces saisies chez Air France, je ne vois pas en quoi elles sont opposables au constructeur,… il est fait allusion à deux services bulletins alors que vous aviez 20 ans de suivi de navigabilité. On a pris des conclusions à l’emporte pièce sur les constructeurs sans examiner ce qui avait été fait en 20 ans. Sur votre rapport final, j’ai compté qu’une vingtaine de page, sur le suivie de navigabilité.

M GUIBERT : sur 240 pages, cela représente effectivement 10 %.

Je reviendrais sur la méthode. Nous sommes allés à Airbus pour accompagner le Juge d’instruction sur sa demande, c’est comme ça que ça marche. Si le juge n’a pas trouvé nécessaire de nous amener au STPA, c’est pas à moi qu’il faut demander.

Me DALMASSO : c’est pas une critique, c’est un constat.

M GUIBERT : si c’est pas une critique, je veux bien savoir. Le Juge d’instruction est allé dans les archives de Matignon.

J’ai su que le Juge d’instruction avait fait d’autres investigations, on ne l’a pas accompagné.

Je crois qu’il a cru nécessaire parce que c’était des affirmations un peu brutal, il lui semblait que malgré les documents produits, qu’il a organisé ce voyage à Air Bus et il nous a demandé de l’accompagné pour voir ce qui était intéressant. Le but de la deuxième expertise était de confirmer.

La Présidente : si vous aviez estimé qu’il était peut être important d’avoir des informations utiles ailleurs où le Juge d’instruction nous emmenait, vous l’auriez demandé ?

M GUIBERT : oui bien sur.

Me DALMASSO : soit on prend tout et on examine tout. Il était de votre devoir de dire qu’en l’état des documents

M GUIBERT : je suis le seul expert qu’on ait demandé à mettre du contradictoire dans la procédure depuis 2000.

Qu’il y ait des faiblesses, qu’on me les impute, j’ai du mal. Je vous assure, si y en a un qui a cassé les pieds pour avoir du contradictoire et qui a fait des groupes de travail sur la structure, les pneus… c’était pour mettre du contradictoire. C’est vrai s’il y avait eu plus de contradictoire…

La Présidente : qu’entendez vous par contradictoire ?

M GUIBERT : le fait que le témoin en présence du Juge d’instruction et des experts donne son point de vue.

La Présidente : c’est au Juge d’instruction de faire le contradictoire. Pour vous, c’est que tout le monde parle en même temps des choses du dossier.

M GUIBERT : je comprends l’exposé de Monsieur DALMASSO…

Je suis technicien, je donne mon éclairage très sincèrement, je ne pense pas être mauvais. J’ai fait une partie de ma vie dans les services officiels, j’ai fait ce boulot au centre d’essai en vol. Je sais comment cela marche. Je suis le seul expert à avoir cette expérience. Je sais ce que c’est d’être exploitant. J’ai eu une expérience comme gérant. J’ai vu toutes les parties. Je peux faire des erreurs comme tout le monde.

J’ai une personnalité affirmé mais on était trois à avoir signé ce rapport.

….

Me RAPPAPORT : une observation, je tiens à dire que Me DALMASSO est quelqu’un de sérieux. Je suis surpris qu’il puisse dire que le rapport des experts ne repose sur rien. Nous avons trois annexes au rapport, 17, 18 et 14. L’annexe 14 est constituée par des recherches effectuées auprès du service de la DGAC sur le suivie de navigabilité. En avez-vous eu connaissance ?

M GUIBERT : oui.

Me RAPPAPORT : vous avez remarqué qu’interrogé au regard de l’activité de l’OCV, c’est l’annexe 14, il n’y avait pas de contrôle de l’OCV sur ces questions.

L’annexe 14 figure au rapport des experts. S’agissant des évènements antérieurs, à l’annexe 18, j’ai résumé l’annexe 18, vous avez traité des risques de feu, p 21 vous avez traité des mesures correctives qui ont été prises. Vous avez traité des éclatements de pneus et vous avez même reproduit le rapport de M HECKMANN au regard de la protection des réservoirs

M GUIBERT : oui.

Me RAPPAPORT : c’est à la page 102, vous avez pris soin de reproduire les propos de M HECKMANN. Vous avez aussi reproduit dans votre rapport, p 142, le rapport de M COLLAR, sur les essais et les conclusions qu’il en tiré.

M GUIBERT : oui.

Me RAPPAPORT : des éléments majeurs au regard du suivi de navigabilité. Nous savons que la décision sur les réservoirs de ne pas prendre des mesures particulière est dans les annexes. Nous avons ce qui a été fait par les uns et les autres.

Je ne peux pas laisser dire que dans les annexes 14, 17 et 18, que les questions de suivi de navigabilité n’ont pas été traitées de manière sérieuse.

Le Procureur : M PERRIER après avoir été mis en examen, s’il y avait eu des pièces majeures n’avaient pas été saisies par le Juge d’instruction, il était encore possible pour M PERRIER  de les verser au débat.

Me DALMASSO : quand le système deviendra accusatoire, nous le ferons. Votre annexe 14 n’est pas visée dans le rapport, en haut à droite, annexe 17 et 18. L’annexe 14 n’a rien à voir. (Les bulletins constituaient les seules pièces pour examiner comment le suivie de navigabilité avait été fait)

Me MIGNON : sur votre deuxième rapport, sur le point 4 de la mission, quelles ont été les règles aéronautiques que vous avez utilisées ?

M GUIBERT : dans l’avis qui est donné là-dessus, on reprendre service par service la réponse à la question. On n’a pas marqué à chaque fois la règle suivie. On n’est pas des juristes, on en a déjà parlé. Le regard des experts, c’est un regard de technicien, ce n’est pas un regard de juriste. On répond à la question en se basant sur ce qu’on connaît.

Me MIGNON : je pensais plus aux règles techniques que vous avez utilisé, il y a un règlement standard, le TSS standard, est ce que vous l’avez utilisé ?

M GUIBERT : oui pour les pneus,… mais on ne l’a pas cité.

Me MIGNON : c’est plus facile de l’avoir pour se référer, je n’ai pas retrouvé les traces du TSS.

M GUIBERT : on a utilisé les extraits du TSS standard qui apparaissait dans les documents.

Me MIGNON : lesquels ?

M GUIBERT : on a fait 6 ans d’instruction, je ne peux pas tout réciter.

Me MIGNON : mais c’est important pour savoir sur quelle règle se fonder.

M GUIBERT : on va prendre un exemple : le BEA fait des recommandations, est ce que je dois citer les textes ?

Me SOULEZ LARIVIERE : est ce que la loi de Murphy est plus important que le TSS standard ?

La Présidente : est ce que vous pensez que la loi de Murphy est de circonstance ?

M GUIBERT : c’est pour un juriste ridicule mais pour les gens qui sont dans les avions, cela n’est pas ridicule. Les ingestions de pneus dans les réacteurs. Nous on pense que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu ingestion depuis longtemps, qu’on ne doit pas y penser.

La Présidente : il y a d’autres éléments qu’on a…

Me MIGNON : vous vous basé sur la base de la loi de Murphy ?

Me NDIAYE : nous savons que le suivie de navigabilité ne se limite pas à la France, qu’est ce qui a été fait coté britannique ?

M GUIBERT : le Concorde avait une certification double, nous on a regardé ça du côté français essentiellement. On a vu qu’il y avait des différences d’appréciation…

Il faudrait que je me replonge dans les documents, on ne peut pas tout avoir en mémoire le même jour.

Me NDIAYE : donc concrètement rien n’a été fait du côté anglais ?

M GUIBERT : les questions d’ingestion de pneus sont traitées par Roll Royce. Pour le feu, il y a des documents anglais. Mais le Juge d’instruction ne nous n’a pas emmené à l’AAIB pour voir leur archive.

Me NDIAYE : si dans le cadre de votre audition, vous avez estimé utile d’entendre les anglais, vous l’auriez fait ?

M GUIBERT : oui…

Quand il y avait des différences, on le disait. Est ce qu’on a fait une recherche complète sur les anglais, non on ne l’a pas faite.

Me SOULEZ LARIVIERE : y compris les incidents avec les anglais ?

M GUIBERT : oui on les a mis dans le dossier.

Me SOULEZ LARIVIERE : c’est un dossier tronqué.

L’expert est l’optique du Juge d’instruction, s’il n’a pas proposé quelque chose au Juge d’instruction, il en prend la responsabilité.

La Présidente : oui il l’a exprimé

Me SOULEZ LARIVIERE : l’instruction est tronquée, on ne s’est pas intéressé aux Anglais et aux Américains.

M GUIBERT : on est allé voir le NTSB mais pas sur ces questions là.

Me SOULEZ LARIVIERE : sur CONTINENTAL AIRLINES.

M GUIBERT : on a leur réflexion sur les problèmes qui se sont posés à Washington sur le fait que l’équipage d’Air France n’a pas appliqué les règles sur la sortie du train… Les réflexions du NTSB ont été intégrées. Mais je ne me voyais pas interroger le NTSB sur le suivi de navigabilité de Concorde. Ils ont été intégrés dans les discussions, la FAA est beaucoup intervenue sur les règlements de certification. Dans notre rapport, nous ne traitons pas de la certification car c’était spécifique. Nous avions pensé que nous n’avions pas notre avis à donner.

Me SOULEZ LARIVIERE : il ose parler de la certification, en parlant du principe de précaution mais derrière tout ça, on fait le procès à cet avion dans le suivi de navigabilité, sur l’intrados.. On ne parle pas du complot mais on n’en parle.

La Présidente : vous avez estimé que ce n’était pas nécessaire d’interroger les britanniques ?

M GUIBERT : ce qu’il faut voir, les incidents sont communiqués au constructeur qui était réparti chez les deux pays, à Toulouse, à Washington et ailleurs…On a été à Toulouse.

La Présidente : on a vos expertises, avec les questions qui ont pu se poser. J’aimerais que vous nous parliez de votre expertise sur ce plan là, on y inclut l’incident de Washington.

M GUIBERT : la période considéré va jusqu’en octobre 1982.

Je pense pour rester dans votre plan d’audience, qu’il est plus intéressant de prendre les incidents antérieurs au 14 juin 1979 et de voir, la façon dont ils ont été traités par le constructeur. Et s’intéresser plus tard aux incidents de la période successive.

Ce que je vous propose c’est que je commence par un brin de conclusion. Dans le deuxième rapport, vous vous souvenez du diagramme de Farmer, on parle de la fréquence d’occurrence des incidents et de leur gravité. Ce qui a déclenché les travaux après Washington : on a une prise de conscience. On avait un accroissement du nombre d’éclatements de pneu mais surtout de l’éclatement du pneu adjacent. C’est l’accroissement de l’occurrence et la gravité des conséquences résultant d’éclatement de pneus qui faisait une situation suffisamment grave et un défaut dans le processus normal de suivi de navigabilité. Cela vous a été expliqué par M FRANTZEN et par M PERRIER, il y a eu une mobilisation immédiate pour rompre la chaîne causale : mettre des barrières à certains endroits, pour diminuer l’occurrence et la gravité. On est en plein suivi de navigabilité basique.

Tous les travaux qui ont été faits pour couper la chaîne causale, il y a eu une action tout à fait évidente sur le problème du double éclatement : il fallait faire des pneus capables de supporter la charge supplémentaire quand le pneu adjacent était percé, et que le pneu restant puisse faire le travail des deux pneus et ainsi éviter l’atteinte à la jante. Les travaux ont amélioré le mitraillage par les morceaux de jante, les problèmes de cheminement et de renforcement des faisceaux électriques, des circuits hydrauliques. Un énorme travail a été fait. C’est un avion différent après mai 1982. Il y a eu beaucoup de changement technique, après les évènements de Washington.

Il reste quand même des mais. L’espoir est qu’il y ait une diminution très sensible du nombre, d’éclatements des pneus. Il y a et il y aura toujours des pneus dégonflés par un évènement extérieur. Malgré tout ce qui a été fait, mais il reste que des pneus vont toujours éclater, donc anticiper les conséquences de ces éclatements. Il faut réfléchir sur les conséquences possibles, même de l’éclatement simple. Cet avion gardait comme problème : les ingestions dans les réacteurs, les dommages possibles sur des performances trains sortis, les protections des entrées d’air et des réacteurs, et éventuellement, les problèmes de percutions de l’intrados par des morceaux de pneus importants.

C’est les choses que je voulais exposer pour en discuter longuement. Avec deux observations qui nous ont interpellées. On en parlé hier, au niveau du BEA, et de l’enquête de M BOURGEOIS, qu’on n’a pas compris que les résultats d’essai de bombardement par aérospatial avec le concours du CHSCT ne soient pas communiqués au BEA et à M BOURGEOIS. Pour cet essai : le choc était plus important pour un réservoir vide qu’un réservoir plein. Il aurait fallu essayer avant d’avoir cette conclusion.

Il  n’y a pas eu de rapport du NSTB sur la question.

(si répond tout le monde)

Je n’en ai pas eu connaissance. Sur l’ensemble des décisions prises et de différentes consignes de navigabilité, j’ai cru comprendre que les anglais n’étaient pas tout à fait d’accord.

Quelle méthode employons-nous. Je veux bien reprendre et lire des parties de notre rapport.

La Présidente : là où vous pensez que tout n’a pas été fait après Washington, c’est sur les conséquences d’un éclatement simple ?

M GUIBERT : oui, les conséquences d’un éclatement simple, avec un nouveau pneu. A l’époque, on ne peut pas savoir. Dans leur idée, on pense que si on règle la question du pneu, on va régler l’occurrence de l’éclatement de pneu.

La Présidente : vous avez indiqué p 63, Db 385, qu’il y avait « une sous-estimation systématique, par les constructeurs, des dangers potentiels consécutifs à la survenance de ces pannes, alors que les études effectuées par les constructeurs établissent pourtant clairement que les taux de pannes sont supérieurs aux prévisions ET aux normes et que les événements réels en exploitation, durant la même période, confirment la gravité de la situation », est ce que vous maintenez cette positon ?

M GUIBERT : oui on a eu les comptes rendu de ces incidents, on a pensé que cela avait été sous estimé. Mais ça c’est l’exploitant, il ne faut pas imputer à quelqu’un d’autre, c’est une mauvaise analyse de la panne au niveau de l’exploitant et une prise de risque de l’exploitant.

Il y a deux échelons, l’échelon de l’exploitant et l’exploitation qui est fait : le compte rendu de l’exploitant au constructeur.

La Présidente : quand vous dites que c’est un incident précurseur de Washington, à votre niveau, qu’est ce qui vous fait dire que c’est un incident précurseur ?

M GUIBERT : c’est au décollage de cet endroit là, on s’est rendu compte… Ce n’est pas ça qui a posé problème immédiatement. Au niveau du vol, Aérospatial a accordé le droit de voler 15 jours et disait qu’au bout de ce temps, cette partie structurelle devait être réglée.

Il y avait un problème de percussion dans l’intrados, des listons qui étaient tordus, il y avait des présences de criques. On est page 26 du rapport, il y a des enfoncements au niveau de l’intrados et du réservoir 6, l’enfoncement de l’extrados, avec des enfoncements sensible de…

La Présidente : qu’entendez-vous par criques ?

M GUIBERT : c’est le début d’une fissure.

La Présidente : on voit quoi concrètement ?

M GUIBERT : le métal est séparé à ce niveau là mais ce n’est pas forcément une ouverture. La crique n’est pas forcément traversante.

Me LEGUILLOU : c’est comme une fissure.

La Présidente : vous êtes d’accord ?

M GUIBERT : oui, le métal commence à se séparer à la surface, mais cela peut être une crique sur un panneau. C’est une faiblesse dans le métal dont les molécules se sont dissociées sur une certaine longueur.

Cela nous parait évident qu’un premier choc avait fragilisé cette partie et en général, la partie supérieure du caisson de train.

Je crois qu’à l’époque, personne n’avait conscience de l’énergie qui existait dans les morceaux de pneus projetés après l’éclatement ou des débris projetés par un morceau de pneu. Pour chaque projectile, sa masse compte mais c’est le carré de la vitesse qui est le facteur le plus important. On n’avait pas la notion qu’il y avait un effet canon produit par la libération de l’azote contenu dans le pneu, cela permet aux morceaux concernés d’acquérir une vitesse supplémentaire, cela pousse les morceaux.

Précurseur cela veut dire que cela annonce, que c’est antérieur.

La Présidente : quand vous dites que c’était annonciateur, c’est pour qui ? L’exploitant ? Le constructeur ?

M GUIBERT : j’ai dit qui annonce.

La Présidente : mais à qui ?

M GUIBERT : à ceux qui en ont besoin de connaître.

La Présidente : pour Washington, pour vous c’est plus un accident qu’un incident, p 24 et 25, de votre rapport, déjà pour l’incident de Dakar, vous parliez d’un accident.

M GUIBERT : je ne pense pas que cela soit très important, accident ou incident : ce qui est important c’est ce qui va être fait derrière. L’essentiel, c’est que cela soit rapporté au constructeur, qu’il l’étudie et fasse les aménagements utiles ou nécessaires. Le reste est une querelle secondaire.

La Présidente : il y a des textes, pour les accidents c’est enquête obligatoire mais pour vous, ce n’est pas ça qui a été l’essentielle.

M GUIBERT : normalement, en cas d’accident, on fait une enquête obligatoire mais en cas d’incident grave, on en discute. Ce qui est fondamental, c’est que cela soit rapporter au constructeur qui a les moyens d’analyser de dire que c’est important, faut faire quelque chose. L’essentiel c’est le retour d’expérience.

La Présidente : à l’époque, en 1979, n’existait pas cette notion d’incident grave.

J’aimerais savoir, après Washington, si les mesures qui ont été prises ont été suffisantes, insuffisantes, qu’est ce que vous avez à dire la dessus ?

M GUIBERT : on ne peut pas estimer ce qui aurait du être fait en 1979 et 1980 avec des essais fait en 2000 et 2003.

La Présidente : je parle des essais de 1980.

M GUIBERT : il y a un organisme chargé de faire des enquêtes, sa mission c’est de faire des recommandations. Si on ne lui donne pas tout, en particulier les résultats de ces essais, il ne peut pas donner des recommandations.

La Présidente : qu’est ce qui vous fait dire que le BEA n’a pas eu accès aux résultats de ces essais ?

M GUIBERT : c’est le contenu des auditions de M BOURGEOIS. Quand M REGNARD lui a montré ce document, il nous dit n’avoir jamais vu ces documents.

Le fait que l’Aérospatiale avait estimé qu’un réservoir plein atténuerait les chocs plus sensiblement qu’un choc sur un réservoir vide, avec les essais qui ont été fait est quand même curieux, d’autant que, lors des essais sur réservoir vide, cela avait été percé 5 fois sur 11…

Nous avions été autorisés à venir voir les essais de bombardement sur réservoir plein en début 2001. Lors du premier essai, nous constatons les faits et on voit des choses étonnantes…le constructeur était pressé de voir si l’adjonction de kevlar marchait, ce premier essai était fait avec un caisson revêtu de kevlar à l’intérieur. Nous avons indiqué que cet essai – dans ces conditions – ne pouvait permettre de conclure si un réservoir plein était plus résistant aux impacts qu’un réservoir vide. Il ne faut pas mettre là-dessus des notions du bien ou du mal. C’est un essai aux résultats techniques valides ou non.

La Présidente : vous en avez tiré des conclusions sévères. Dans votre rapport, p 46 et 63, p 47 « La collection des éléments pertinents par les exploitants, les constructeurs et les autorités de l’événement de WASHINGTON du 14.06.1979 apparaît techniquement adaptée et relativement complète » sur les décisions prises après Washington, « Selon les experts, les mesures prises et mises en place définitivement en octobre 1982 ne satisfont pas réellement aux items:

1- postulat de base de certification «un événement simple — comme un éclatement de pneu — ne doit pas avoir de conséquences catastrophiques »,

2- aucune panne ne doit conduire à une combinaison probabilité/conséquence telle que définies dans les objectifs de Sécurité (tableau de la page 8) », « Les mesures prises ne pouvaient pas empêcher l’éclatement des pneus au décollage, en particulier sur FOD, c’est à dire par agression de corps étrangers. La propreté continue et totale des aires de stationnement, de roulage et de décollage sur tous les aéroports commerciaux du monde est un objectif illusoire (BEA) »

M GUIBERT : c’était une recommandation du BEA.

La Présidente : Vous dites également qu’il y a eu ce défaut de compte rendu au BEA, vous indiquez pour l’incident du 2 juin 79, qu’il n’a pas été rapporté au BEA, mais d’après les éléments que nous avons, il est à la cote Da 3072 et a été rapporté au BEA. On en a parlé.

Vos conclusions générales, p 70, « les investigations ont-elles été satisfaisantes ? L’analyse initiale des évènements de 1979 et Ide leurs conséquences potentielles nous apparaît techniquement adaptée et relativement complète. En effet, les dommages possibles aux réacteurs, intrados et réservoirs, train d’atterrissage, circuits hydrauliques et électriques, les risques d’incendie sont bien mis en évidence initialement et paraissent pris en compte ».

Est-ce que vous confirmer cela ?

M GUIBERT : oui. Si les conclusions sont inutilement blessantes, je m’en excuse mais sur le fond, nous maintenons ces conclusions.

Suspension de l’audience à 17h02, reprise à 17h38

La Présidente : M GUIBERT avait été entendu sur son rapport et sur ce qu’il y avait dans son rapport, est ce qu’il y a des questions ?  On va laisser la parole à la défense.

M PERRIER : nous avons longuement exposé comment était organisé le retour d’expérience. La situation était la suivante, deux seuls exploitants, deux autorités. La compagnie Air France et Aérospatial formait un binôme et British Airways et Bristish Aerospace formait un autre binôme.

Toutes les informations étaient transmises à chacune des sociétés, nous publions chaque mois un rapport dans lequel on répertoriait l’ensemble des incidents, passés dans chaque compagnie, avec l’immatriculation de l’avion, l’ATA, la réparation et des lignes de commentaires. Tout le monde était destinataire, pour que tous les secteurs concernés puissent en connaître.

Je ne vois pas quel peut être la critique des experts judiciaires quant au retour d’expérience, quel peut être le défaut ?

M GUIBERT : ..on ne voyait pas les transmissions vers les organismes habituelles.

La Présidente : quand vous n’avez pas vu ces transmissions, vous pensez au BEA ?

M GUIBERT : oui, il faut que tous les éléments soient transmis.

La Présidente : sur quoi repose cette affirmation ?

M GUIBERT : pour répondre à M PERRIER, le système peut être très bien prévu, mais il faut qu’il soit alimenté complètement. De mémoire, c’est soit le Dakar, y en a un des quatre.

La Présidente : au BEA, on a le Dakar, Washington, NY, et Washington.

Dans les évènements antérieurs, cet évènement est mentionné.

M GUIBERT : quel rapport du BEA ?

La Présidente : De 26, après l’incident de Gonesse. On a dans ce dossier deux rapports du BEA, sur l’incident de Washington. Il est bien fait allusion à cet incident : Dakar et Washington après retour à Roissy.

M GUIBERT : il me semblait qu’il y avait 4 incidents.

M PERRIER : il y a des événements qui ne sont pas transmis en urgence au BEA. Le BEA reçoit tous les incidents par un bulletin mensuel et s’il le juge nécessaire, il l’adresse en parallèle au BEA.

La Présidente : M GUIBERT  sur ce point ?

M GUIBERT : on a eu la liste des incidents du BEA et on a essayé de retrouver les incidents signalés, on a retrouvé d’autres incidents hors de cette liste. Cela manquait de contradictoire, on aurait du demander au constructeur l’ensemble des évènements répertoriés. Le suivi de navigabilité c’est l’envoi à la DGAC et au SFACT, c’était toujours envoyé aux services concernés.

La Présidente : c’est qui les services concernés ?

M GUIBERT : c’est l’administration. M PERRIER parle de service après vente, on a un correspondant du constructeur, pour avoir une antenne sur place et être au courant. On n’a pas investigué auprès du service d‘après vente de Airbus.

La Présidente : le retour d’expérience, il ne faut pas faire une généralité. On ne peut pas se contenter de dire de façon générale.

M GUIBERT : pour que le service fonctionne, il faut que tout le monde fasse son travail. Le constructeur peut estimer qu’il n’a rien à faire sur l’incident en question. Si les services et le BEA ne sont pas informés en même temps.

La Présidente : quels sont les incidents dont vous avez la preuve qu’ils n’ont pas été rapportés ?

M GUIBERT : j’ai bien saisi votre question, dans les incidents antérieurs,…

Me PRADON : p 36, Db 326, vous indiqué que le BEA n’a pas été informé de Washington.

M GUIBERT : mais ça serait faux.

La Présidente : vous estimez anormal que l’incident de Roissy n’a pas été porté à la connaissance du BEA, mais il s’avère que cela a été transmis.

M GUIBERT : je pense qu’on va se référer à la page 31 de notre rapport de 2004 (Db 326) : on a écrit « Les Experts, lors de leurs travaux, ont constaté) que le listing des événements antérieurs significatifs, établi par le BEA (DE 27) dans ses différents Rapports sur l’accident, était incomplet :

  • La liste établie par le SFACT/N (DA2978) dans] son Rapport d’activité suite à l’accident du Concorde F-BTSC était beaucoup plus exhaustive, mais nécessitait cependant d’être complétée par des informations en provenance des archives des constructeurs, de la DGAC, d’Air France ou du BUREAU VERITAS.
  • La liste des évènements caractéristiques établi le 22.03.94 par les constructeurs « Study of consequences of tyre burst » (Note A/DET/C 406.007/94 DA 3105), si elle n’était pas complète quant au nombre total d’incident, comportait de nombreuses précisions intéressantes sur les dommages collatéraux, provoqués par les incidents de roues ou pneus survenus en exploitation.».

Oui on n’est pas allé directement vers le constructeur, on a trouvé un papier suffisant.

En faisant la liste finale avec tous les éléments, on a pensé pouvoir dire que certains organismes de l’administration qui devaient être destinataires, ne l’ont pas été.

La Présidente : je vous cache pas que j’ai fait ce même travail, certains évènement sont notés mais d’autres ne le sont pas. Vous estimez qu’à partir du moment où toutes ces personnes qui auraient du avoir connaissance de ces incidents, ne l’ont pas eu, est ce que c’est assez important ?

M GUIBERT : la liste la plus importante, c’est la liste du constructeur. Il existe une liste en anglais : Da 3685.

La Présidente : j’ai sous les yeux une liste qui a été faite par le constructeur, il y a même des incidents qui ne sont pas dans la liste du BEA. Il y a plus dans la liste du constructeur que dans le BEA, cela va un peu à l’encontre de ce que vous dites ?

M PERRIER : le BEA n’a inscrit l’évènement dans la liste que quand il avait une double liste.

La Présidente : est ce que M ARSLANIAN confirme ?

M ARSLANIAN : nous avons fait un travail de collationnement, la liste que nous avons transmise ne fait apparaître que quand l’évènement a été signalisé par plusieurs sources. Il y a 21 évènements qui nous ont été signalés mais ils ne sont pas en annexe.

Pour aucun il n’a été fait mention de dégâts au réservoir.

Ce n’était pas la liste de tous les évènements. Pour être honnête, cette liste, le BEA n’était pas capable de la fournir sur la base de nos seuls archives.

Nous n’avons pas gardé archive que sur des évènements sur lesquels nous travaillons. Je ne jugerais pas que le BEA au moment où l’incident de Washington s’est produit qu’il connaissait les évènements antérieurs.

La Présidente : ils sont quand même cités dans le rapport préliminaire de 79.

M ARSLANIAN : j’ai vécu un peu la liste de ces évènements.

L’efficacité du système : il faut la considérer du point de vue des évènements distincts. Un mois c’est trop tard, il n’est pas possible d’avoir une valeur ajouté. Pour nous, il y a la notification dans les quelques heures de l’évènement, …

On a bien deux processus différents, un qui est en temps réel, qui ne sera pas abreuvé de tous les évènements en service mais ceux pour lesquels il existe un problème d’importance.

Le deuxième processus, qui explore tout, parce qu’il implique tout. Je ne voudrais pas prétendre qu’un tel système soit pratique à 100 %.

M PERRIER : l’ensemble des évènements survenus dans les deux compagnies. Ils ont fait l’objet d’un premier tri. Chacun en fonction de ses responsabilités techniques, fait l’analyse des évènements produits.

Chez le constructeur quand on fait cette analyse, vis-à-vis de ces conséquences, des dégâts qui ont pu se produire sur des structures, nous avons à les classer, en fonction de l’aspect réglementaire, est ce que c’est mineure, majeure ou critique ? Le travail d’un constructeur est d’affecter à chaque incident s’il présente un caractère majeur ou mineur. J’ai été très choqué que pour critiquer le suivi de navigabilité des constructeurs, des bureaux d’études des deux  sociétés, aucun incident, avant modification 1982 et après, … On regard si on remet en cause la navigabilité de l’avion. Tous ces incidents sont mensuellement informés.

Ce suivi de navigabilité qui ne repose pas sur une référence au critère du règlement est une appréciation qui m’a beaucoup surpris, surtout quand on a pris connaissance du rapport de 2005.

M GUIBERT : ce premier degré d’analyse sur le plan réglementaire me semble normal sur le plan du constructeur. C’est vrai qu’il aurait pu été plus astucieux de prendre des exemples et de montrer sur quoi on s’est appuyé. Il y a  eu une étude sur les potentialités de feu, cela vient après Washington qui est fait. On a parlé longuement du report mais il faut que le travail soit fait.

La Présidente : est ce qu’effectivement que vous avez pris l’incident au sens réglementaire ?

M GUIBERT : sur certaines analyses, oui, l’appréciation qui était faite, et qui partait d’une considération majeure, à l’issue de l’étude, venait à le mettre dans mineure à la fin. C’est vrai qu’on aurait pu donner quelques exemples.

M PERRIER : j’aimerais reproduire la place vue par les constructeurs.

La Présidente : elle est dans le rapport des experts.

M GUIBERT : est ce qu’on a passé chaque incident à ces critères là, non.

La Présidente : vous aviez le diagramme de Farmer, non ?

M GUIBERT : j’ai mal traduit vos propos. On n’a pas regardé chaque incident en fonction de cette échelle.

La Présidente : est ce que vous n’avez pas envisagé de faire votre travail en fonction de cet échelle ?

M GUIBERT : on n’a pas étudié chaque incident, avec cette échelle là, c’est vrai.

M PERRIER : je comprends qu’ils n’aient pas analysé chaque évènement en fonction de cette échelle. Il y avait lieu de rouvrir un chantier de travail après l’avion 1982. Voilà ce qu’est ce pour un constructeur.

Le constructeur doit prendre des mesures temporaires et d’éventuelles mesures nécessaires. J’aimerais comprendre où nous avons failli.

La Présidente : c’est peut être un peu trop tôt. On va entendre M GUIBERT qui va nous dire si…

M GUIBERT : quand j’ai fait un moment de conclusion, j’ai dit que l’optique retenue par le constructeur et l’exploitant pour régler les problèmes de 1982 était revenue dans l’optique de la navigabilité. Par contre, il nous semblait que dans les investigations faites, qu’il y avait des choses qui auraient pu être mieux faites. On n’a jamais dit que la navigabilité était mise en cause.

La Présidente : on vous reproche d’avoir porté un jugement sur la portée de la navigabilité.

M GUIBERT : mais après.

La Présidente : dans votre rapport de 2005, p 72, vous indiquez « les interactions entre les pannes, pour des raisons formelles de certification », est ce que ce n’est pas sciemment que vous avez voulu vous éloigner….

M GUIBERT : nous l’avons expliqué, on s’était interrogé sur la différence d’appréciation entre M AUFFRAY et M PERRIER. Sur le plan opérationnel, cela ne nous paraissait pas assez satisfaisant. Le but des règlements n’est pas de répondre également aux règlements.

L’interprétation des idées et mots techniques sur le plan juridique que vous faites me dépasse.

La Présidente : là on utilise la terminologie aéronautique.

M GUIBERT : si, si à chaque fois il y a ingestion de pneus dans le réacteur et il y a non rentrée du train, cette double panne doit être étudiée. C’est la vue opérationnelle du technicien que je suis.

La Présidente : j’aimerais qu’on revienne, c’est un point important, vous reprochez sur les mesures prises après Washington, la séparation des pannes. C’était normal d’agir sur le plan de la certification, mais sur le plan de la navigabilité ce n’est pas normal ?

M PERRIER : j’ai mal compris la question du magistrat instructeur, doit on considérer que s’il y a non rentrée du train, c’est un cas à ne pas prendre en compte sur le plan de la certification. Je n’ai pas dit que cela n’est pas pris en compte sur le plan des performances.

Dans une des premières audiences, j’ai fait remarqué que les performances d’un Concorde, avec un moteur et un train sorti était supérieur à n’importe quel avion. Nous n’avons jamais nié la même approche.

Cette séparation nous la faisons pas dans notre raisonnement. Dans la note annexée, de M Claude LENSEIGNE, du 10 août 1979, tous ces sujets là sont de la responsabilité des britanniques.

Quand nous faisons adopter toutes les CN, on a bien le souci qu’il n’y ait plus cette combinaison de pneus qui vont massacrer les circuits hydrauliques, qui vont perturber l’atterrissage. Nous n’aurons plus jamais la concomitance d’un pompage moteur et d’une non rentrée de train. On n’a pas saucissonné, on a bien regardé le problème.

Tous les incidents hydrauliques futurs seront 99 % au sol, au roulage. Nous n’avons pas pratiqué cet esprit de saucissonnages. Cela peut apparaitre jusqu’à la période de 1982, comme quelque chose comme un pompage,… On a pris toutes les mesures pour que ces mesures ne se reproduisent plus.

La Présidente : on va demander à M GUIBERT.

M GUIBERT : je pense à la situation de l’avion dans cette configuration. La consigne de sortie de train, elle reste. Cela diminue les performances. Le fait qu’on ait considéré à l’époque dont on parle, mais après c’est revenu dans les études le fait que pratiquement, on avait toujours constaté des pertes de poussée faible, on n’envisageait pas des pertes complètes du moteur. Cela nous a choqué nous en tant que commandant de bord.

A partir du moment où des critères mécaniques, des positionnements physiques des entrées d’air réacteur font qu’à chaque fois qu’un pneu explose, le moteur a toutes les chances d’ingérer les morceaux, c’est normal qu’il y ait une double panne : le réacteur et le fait de laisser le train sorti. C’est une consigne à partir du moment où un pneu éclate, on laisse le train sorti. C’est un voyant qui l’indique (problème au train). Là les performances sont affaiblies sérieusement.

M PERRIER fait remarquer que les gros problèmes hydrauliques en 1984, une perte nouvelle de système hydraulique, le vert et le jaune, ce n’est pas très  grave puisque l’avion reste au sol et ce n’était pas « majeur » puisque cela ne se passait pas en vol.

Vous voyez notre différence, on est dans l’avion, la perte de deux systèmes hydrauliques, ce n’est pas une perte négligeable.

M PERRIER : à partir du moment où on a installé la signalisation, il y a zéro éclatement de pneu avec pompage.

La Présidente : pour l’instant, j’essaie de cerner, on n’a pas vu encore les incidents postérieurs après 1982

M PERRIER : au-delà de 1982, il n’y a pas de critique à faire sur la manière dont les constructeurs ont géré les évènements en service. C’est pour cela que je m’autorise à faire des commentaires sur certains incidents examinés par les experts judiciaires.

Dakar, il n’y a pas de défaut sur les roues, il n’y a  pas de rupture des tuyauteries, …

Si vous voulez, je ne peux pas accepter les choses qu’ils disent, qu’on n’a pas assez regardé ces évènements avec gravité…

Enfin dire que l’équipage a pris un risque en traversant avec les trois circuits hydrauliques, il a rentré le train, l’équipage a constaté qu’il n’y avait pas de fuite. Quand il approche New York, le tuyau qui avait permis cette fuite, va fuir le même nombre de seconde. Qu’est le risque, on peut demander à n’importe quel pilote du Concorde, il vous répondra que non.

Ce n’est pas un grief à l’exploitant, c’est l’équipage et le constructeur qui a manqué de tact.

Dans les incidents de Dakar, les experts judiciaires ont vu le niveau de vibration mais le niveau de vibrations n’a été détecté qu’au moment de l’étude du DFDR. Je trouve que pour des experts judiciaires, ils auraient pu faire de la réflexion. ?

Le vol de Washington n’a pas étai de 1h mais de 68 minutes.

Pour la transmission au BEA des essais du CEAT, je tiens à rappeler que M BOURGEOIS connaissait l’existence de ces essais. Il assiste à la réunion le 19 décembre, dans laquelle il est mentionné que ces essais commencent. Il n’avait qu’à demander à voir ces comptes rendus au service technique. Ce n’était pas au CEAT d’envoyer ce rapport. Je pense que l’interview de M BOURGEOIS, sa mémoire devait lui faire défaut. Dans ce rapport, il n’y avait rien à chacun.

La Présidente : il savait qu’il existait, qu’il avait moyen de l’avoir ?

M PERRIER : oui, il savait l’existence de ces essais, il l’aurait pu avoir connaissance de ce rapport.

Me LEGUILLOU : Da 3087, c’est la cote de l’audition de M BOURGEOIS.

La Présidente : le débat est ouvert.

Me BUFFAT : sur le bosselage de l’extrados lors de l’incident de Roissy, du 2 juin ?

M PERRIER : il n’assure la continuité de l’air, ce n’est pas un panneau travaillant, c’est pour quoi les ingénieurs de structures avaient donné l’autorisation de vol. Nous n’avons pas trouvé de corrélation entre le 14 juin et le 2 juin.

Le Procureur : pour les problèmes de pente de décollage, de puissance de décollage, les calculs qui certifiaient que l’avion était suffisamment puissant pour décoller, trains sortis. Da 3842, du 31 avril 74 qui émane de l’aérospatial. On a certaines courbes, quand je les ai étudiées, je me suis aperçu qu’il y a des courbes en fonction de l’altitude. Je me suis intéressé à l’altitude 0, c’est-à-dire au décollage, je tombais à 2% pour une masse de 185 tonnes.

M PERRIER : c’est ce que je vous ai rappelé. Cette information figure pour l’équipage dans le manuel de vol. Tout ceci figure dans le manuel de vol approuvé par la DGAC en octobre 1975.

Le Procureur : cette étude de l’aérospatial a participé à la certification de l’avion ?

M PERRIER : ce n’est pas le mémo interne mais il reflète bien la situation…C’était la société Roll Royce qui était responsable

Le Procureur : suite à cette étude, arrivent les évènements de Washington. Là apparemment toujours Aérospatial, vous avez décide de faire une nouvelle étude sur la pente disponible en cas de panne double, avec non rentrée du train, Da 3851.

M PERRIER : je n’ai pas directement participé mais je vous crois.

Le Procureur : après j’ai été étonné, on n’est plus sur des courbes mais sur trois dimensions : poids, hauteurs et pentes.

M PERRIER : il n’y a pas la température, je vous écoute.

Le Procureur : ce qui m’a semblé curieux, c’est qu’à l’altitude 0, si on croise 180 et 0, je trouve une pente de 1%. Est-ce que entre la certification qui dit 2%, on s’est aperçu d’une erreur ?

M PERRIER : honnêtement je ne peux pas vous répondre. Je pense que l’exigence réglementaire du TSS 2, était d’avoir une pente positive quand on a perdu un moteur. Mon souvenir est qu’on a de la marge. J’ai donné ce chiffre en toute bonne foi.

Le Procureur : expliquez nous la clé de lecture de ce schéma.

M PERRIER : comme ça, je suis désolée.

M RAFIN : je pense qu’il y a une courbe de décollage et une courbe puissance sans contingency.

Le Procureur : je vais vous expliquez ce que j’en ai compris : le schéma qui nous intéresse est à gauche. Sur le diagramme, j’ai choisi comme point celui qui croise 180 tonnes et l’endroit où il est marqué 0. Ce point là, il est à 1% de pente et pas à 2% de pente.

M PERRIER : c’est le fait de couper le moteur, quand le régime tombe en dessous de 58%, automatiquement, est déclenchée la surpuissance.

Le contingency n’est pas laissé à l’appréciation de l’équipage, c’est pour avoir le maximum de sécurité, quand un moteur tombe en panne.

Dans l’accident de Gonesse, le moteur 2 est coupé, les autres moteurs sont en surpuissance.

Le Procureur : je ne comprends toujours pas, on a fait dans la certification ces recherches, on les refait après l’incident de Washington, ce qui m’étonne c’est qu’on ne fait pas des recherches sur le cas avec un train sortie et deux moteurs en panne.

M PERRIER : les deux moteurs et les trains sortis, c’est le crash d’un avion à 185 tonnes. On n’a pas besoin de faire d’études.

Le Procureur : c’est ce qui est arrivé à Gonesse ?

M PERRIER : c’est pour des raisons que personne ne pouvait imaginer, l’ingestion de carburant…

Le Procureur : je vous entends, vous ne citez que des avions qui ont des nacelles indépendantes mais pas collés.

M PERRIER : il y a des travaux qui ont été faits, vis-à-vis de l’installation des moteurs faits comme sur le Concorde. On sait qu’il y a une interdépendance, quand il y a un pompage moteur au dessus de Mac 1. Quand il est en condition limite, on a une interaction assez fréquente, avec le moteur voisin mais après c’est auto récupérer par l’entrée d’air.

On s’était fait à l’idée que le pompage d’un moteur pouvait se faire à l’autre. On coupe un en interne et quand on a pris les mesures nécessaires, on en coupait deux du même coté. On savait très bien le problème potentiel lié à la géométrie de l’avion, on a pris toutes les précautions. Tous les problèmes ont été réglés.

Le Procureur : je vous entends bien, vous faites part des essais à Mac 2 mais vous n’avez pas coupé les moteurs au décollage ?

M PERRIER : on a fait des essais à des vitesses minimum au sol, au moment du roulage au sol.

Le Procureur : les gens que j’expose, sont au décollage.

M PERRIER : au décollage personne n’intègre la même panne à deux moteurs.

Le Procureur : pourquoi on n’intègre pas cette panne, alors que les pneus sont en dessous ?

M PERRIER : avez-vous des exemples ? Même abîmé, ils peuvent pousser. On ne peut pas confondre l’abîmage avec la perte de poussée. Aucun incident mécanique n’a fait perdre la perte de poussée. On nous oblige à travailler avec les résultats de l’exploitation.

Le Procureur : des moteurs abîmés au décollage et qui se sont arrêtés dans les 20 minutes, il ya eu quatre exemples, on sait très bien que ces moteurs ont été abîmés par des ingestions de pneumatiques.

M PERRIER : je le sais parfaitement et ceci revient à un phénomène qu’on a déjà vu : le phénomène de clashing. Tous les moteurs qui sont arrêtés, se sont arrêtés sur une réduction de régime, on arrive à une croisière subsonique, au dessus de 5000 pieds. Le problème de navigabilité n’est pas la coupure d’un moteur en route mais c’est le problème au niveau du décollage, de la contrôlabilité de l’avion avec deux moteurs d’un coté.

Me DALMASSO : lorsqu’on renvoie les experts au TSS 1-1, c’est l’analyse de sécurité qui conditionne le suivie de navigabilité. Rapport p 44, chapitre 6, §1 de M AUFFRAY, c’est quoi le rapport de suivie de navigabilité « le suivi de navigabilité… qui permet de maintenir en exploitation… certification de type…espéré par tel oui tel particulier » êtes vous d’accord ?

La Présidente : êtes-vous d’accord M GUIBERT ?

M GUIBERT : je ne connais pas ce document, il ne m’a pas été transmis. Le suivi de navigabilité est là pour retrouver si la situation pratique s’écarte du niveau de sécurité.

Me DALMASSO : après avoir rappelé ces principes, votre analyse procède à un regroupement en trois périodes, où vous séparez les incidents. Voilà ce que dit M AUFFRAY : « les incidents survenus …remplacement d’un réacteur endommagé ». Est-ce que vous partagez cet avis ?

M GUIBERT : il parle de maintient de navigabilité. La navigabilité eut être remis en  cause s’il y a entorse… C’est deux choses différentes : le suivi de navigabilité et le maintient de navigabilité.

Me DALMASSO : ce n’est pas parce qu’on a remplacé un moteur que le suivi de navigabilité sera maintenu.

M GUIBERT : le changement de réacteur rentre dans le cadre du maintien de la navigabilité, c’est une opération de maintenance non programmée dans ce cas.

Me BUFFAT : vous nous dites que si un utilise l’avion en dehors du domaine de vol qui n’est pas le sien, il y a un problème de navigabilité ?

M GUIBERT : si on prend une compagnie en flagrant délit d’utiliser ses avions en dehors de son domaine de vol, oui.

Ce qui intéresse les avions, c’est le certificatif de navigabilité individuelle. Si l’avion est employé en dehors des normes pour lesquels il est autorisé, l’administration peut être amenée à annuler son certificat de navigabilité individuel.

Me BUFFAT : circonstance qui n’intéresse pas le constructeur ?

M GUIBERT : c’est Me DALMASSO qui a soulevé la question. Par exemple, une compagnie ne paye pas ses taxes d’atterrissage, son avion est bloqué par un huissier sur un parking… Si son propriétaire n’organise pas immédiatement les opérations de maintenance indispensables sur place.

Dans le cadre du maintien de navigabilité, l’avion sort des clous, il perd son certificat de navigabilité mais qu’il pourra récupérer après.

La navigabilité est la capacité pratique et administrative de pouvoir transporter des gens en sécurité. Il faut obtenir un certificat de navigabilité type, ensuite démarre deux processus : le suivi de navigabilité et le maintien de la navigabilité. J’ai répondu sur le maintien de navigabilité et sa perte, par des exemples curieux.

Me DALMASSO : je parle du sens commun. Le fait qu’un évènement de service conduise à changer un moteur, le fait de changer ne menace pas la navigabilité.

M GUIBERT : vous ne parlez de la même chose. Ce dont vous parlez c’est le changement d’un réacteur affectant la navigabilité. Le changement d’un réacteur qui a subi des dommages est effectué dans le cadre du maintien de la navigabilité de l’avion affecté.

L’incident qui a amené au changement du réacteur peut s’être produit dans ces circonstances qui posent un problème de suivi de navigabilité plus général. On a  une appréciation différente des dites circonstances.

La Présidente : M FRANTZEN sur ce qui a été dit par M GUIBERT est ce que vous avez des questions ou des observations ?

M FRANTZEN : je risque d’être un peu confus, je suis un peu surpris par le débat, les conclusions auquel abouti l’expert en matière de suivi de navigabilité sont un peu intemporelles alors qu’aujourd’hui nous sommes sensés parler que des évènements avant Washington.

A Présidente : j’aimerai avoir votre position sur ce qu’on dit les experts.

M FRANTZEN : je risque d’être confus. Je tenais à dire que le suivi de navigabilité est un morceau, une continuité dans le processus de certification. C’est un continuum pendant toute la vie des avions. L’expert nous a indiqué à condition que le suivi de navigabilité continue  mais il y a les arrêtés de 1975 et 1986 ( ?) disant que tout ce qui serait susceptible de remettre en cause la navigabilité doit faire l’objet d’un compte rendu adressé au BEA.

J’aimerais prendre le rapport des experts et ce qui serait me concerné. Si je vais à la page 9,…Dans les réflexions conséquences probabilités, elles sont confirmées. Les probabilités ne sont pas changées par l’occurrence d’un évènement, elles sont toujours les mêmes mais si on les réexamine, on peut s’apercevoir qu’on s’est trompé dans le temps. On peut parler de probabilité, si on s’aperçoit qu’on a un nombre infini. Mais sur des chiffres plus courts, comme l’exploitation d’un avion, on a une estimation de probabilité. Les décimal sont à caution.

Je passerais à un autre paragraphe, dans lequel on lit le rôle bien compris du SFACT.

Il n’appartient au SFACT de provoquer directement des travaux dans les centres d’essai, si on a des questions, on les pose au STA, qui peut s’appuyer sur d’autres laboratoires, CNRS. Le SFACT ne met pas en action les centres d’essai du SFACT.

Arrêt prise de note à 19h25.

Journée du 6 avril

6 avril 2010


Début d’audience à 13h42.

La Présidente : j’indique pour les experts qui n’étaient pas présents la semaine dernière qu’ils seront interrogés. Sont présents M ARSLANIAN, vous assurez toujours le BEA ?

M ARSLANIAN : oui bien sur Madame La Présidente.

La Présidente (s’adressant aux experts) : la semaine dernière nous avons parlé de la certification et du suivie de navigabilité. Cela nous a été expliqué par les prévenus et par les témoins. Le tribunal a les connaissances suffisantes pour poursuivre le débat. Nous avons examiné l’incident de Washington et j’avais entendu M ARSLANIAN pour le BEA, l’exploitant Air France et nous étions à l’audition des prévenus. Aujourd’hui, je vous demanderais de déposer une première fois sur les incidents inclus Washington, la façon dont vous avez analysé, ensuite on prendra les incidents postérieurs à 1979. Je vous demande d’être présents cette semaine.

J’indique aussi que j’ai un problème de boite mail, je ne reçois plus aucun message.

L’incident de Washington avait été constaté une fois l’avion atterri (avec plusieurs dégâts).

Je vais procéder à l’audition des prévenus, je vais commencer par M PERRIER, j’aimerais que dans votre audition que vous nous expliquiez comment le constructeur a envisagé l’accident, quelle a été sa réaction, quels ont été les rapports entre la DGAC et le constructeur. On a compris que cet incident vous mettez au pied du mur.

(M PERRIER vient à la barre)

M PERRIER : J’ai peur de répéter quelques mots que j’ai dit en fin de séance, vendredi dernier. Cet incident s’est passé le 14 juin, c’était la période du salon aéronautique. J’ai rejoins Washington, j’ai vu l’état de l’avion, tel qu’il était immobilisé sur un taxiway où il sera réparé. Le rapport du BEA tant le préliminaire que le pseudo définitif, (pour avoir travaillé dans la commission d’enquête), je considère que ces rapports étaient de bonne qualité et avaient cerné les problèmes sur l’analyse des dégâts et proposé des mesures recommandés.

Le constructeur avait conclu qu’il y avait une présomption que le deuxième pneu avait éclaté sur l’effet d’un phénomène de surpoids. L’incident de Washington était une seconde vérification.

Il y avait une défaillance potentielle des fusibles d’étanchéité des roues. A Washington, l’avion avait fait une escale, où il n’y avait pas eu de vérification de pneu. L’Officier mécanicien navigant fait le tour de l’avion. A l’œil vous ne pouvez pas détecter cela. La déflection n’est pas suffisamment visible pour porter un doute. Washington c’est typique d’un dégonflage au départ du parc. Le pneu se détériore sous l’effet du dégonflage. La réflexion a été vérifiée avant chaque départ la pression du pneu.

Dans les jours qui ont suivi, nous avons été conscients que pour les hypothèses associées pour la certification, dans les années 1975, la probabilité d’éclatement de pneu voisin était élevée. Nous n’avons pas imaginé (nous et les britanniques) l’hypothèse de perforations multiples à l’intrados. C’est deux aspects : fréquence et importance. Il fallait des mesures importantes pour restaurer le niveau de navigabilité pour la remise en service.

Le travail se met en place du côté constructeur. La DGAC qui certifie, suit le projet. Le dialogue sur les solutions à apporter se fera par M FRANTZEN, avec les sachants sur le point de vue technique, qui se trouvent sous la tutelle du ministère de la défense. Le dialogue se poursuit pour obtenir le rétablissement de la navigabilité, entre le constructeur et la DGAC. Voilà le schéma général qui va se dérouler.

Je vais commenter le délai supérieur qui avait été envisagé pour retrouver les conditions de navigabilité, vous voulez que j’en parle ?

La Présidente : oui allez y.

M PERRIER : quel sera le schéma critique pour y parvenir ? On comprend très vite qu’il faut refaire le pneu. On pose la question à trois constructeurs : Kléber, qui se fait racheté par Michelin qui abandonné l’activité aéronautique. On poursuit avec les deux autres. Ils nous informent très vite de la possibilité de tenir la charge sur des conditions minimale.

La Présidente : sur ce point, on en reparlera avec des témoins cités par la défense

M PERRIER : la découverte négative, c’est que pour accepter ces nouveaux pneus, il faut renforcer la roue et là nous n’avons pas la possibilité de mettre des équipes entières en concurrence. On ne peut monter les pneus que sur une nouvelle roue. Dans les conditions que nous fixons à l’équipe entière, malgré le travail fait, si l’avion venait à rouler sur la jante, il fallait renforcer le bourrelet de la jante. On leur impose ceci : changer le type de fusible, passer de l’ancien type à des fusibles vissés. Ceci sera fait mais le constructeur travaille lentement.

Nous avons eu beaucoup de difficulté à faire pression sur cette société britannique. Il y a dans cette période, une certaine croyance, les incidents sérieux ne sont que chez Air France, il faut chercher chez Air France. Cette situation va perdurer jusqu’à l’été 1981.

La Présidente : je vous laisse terminer.

M PERRIER : tous les incidents de 1982 sont à regarder dans la ligne des incidents de Washington.

Les britanniques ont comme conclusion : il faut appliquer les conclusions décidées après Washington. Cet incident a la même origine, c‘est une accélération arrêt.

La Présidente : c’est celui de 1981 ?

M PERRIER : oui, en analyse technique, il est de même type que juin 1979. On a l’impression que les britanniques considèrent qu’il y a une urgence industrielle. L’axe majeure c’est pneu roue.

La Présidente : le gros problème c’était les roues jantes et pneus ?

M PERRIER : absolument. Washington s’est traduit par des problèmes de rétraction de train. Donc on lance le travail vis-à-vis de l’hydraulique, de l’amélioration de la sécurité du circuit de freinage.

On va refaire un cheminement des câbles dans le train. L’hypothèse de l’allumage de la fuite de carburant me paraissait peu probable compte tenu du travail fait précédemment.

Le dernière point : la détection de sous gonflage. L’histoire a montré que beaucoup d’accidents étaient la suite de dégonflage progressive. L’équipage devait être informé que le pneu se dégonflait par un système de jauge de contrainte.

Nous lançons toutes ces pistes dès l’été 1979 et on en lance une autre. Faudra-t-il renforcer la voilure pour éviter le phénomène de perforation multiple ? On va regarder chacune de ces choses là. Le dialogue va s’installer avec les autorités techniques du ministère. On se disait en ayant fait tout ça, faut-il renforcer la voilure ? On a rediscuté tout cela. Voilà les pistes de travail lancées pour lesquelles le BEA est tenu au courant. Les gens du service techniques sont tenus au courant. Les gens de la DGAC sont tenus au courant sans participer.

On va lancer des essais de pneus, en vol, ou en roulant, pour qualifier le système de détection de sous gonflage…

La Présidente : des petites questions, ma collègue a indiqué que des essais ont été faits. J’ai relu les auditions que vous avez eues avec le magistrat instructeur, j’ai travaillé sur la note faite par votre conseil et les annexes. C’est par rapport à ces éléments que je voudrais vous poser des questions. Vous vous poser comment ? Vous en tant que constructeur, comment cela se passait ? On a bien compris comment les choses se sont passées. Mais vous en tant que représentant du constructeur, quand vous lanciez ces pistes, comment cela se passait ?

M PERRIER : toutes ces initiatives et ces réflexions, lancement d’axes, ont été toutes faites par le bureau d’étude. Je me suis retrouvé impliqué indirectement par ma casquette de directeur des essais de vols, pour définir le système de sous gonflage avec des pneus renforcés. J’ai participé au dialogue pour retenir la vitesse de 135 kt, pour montrer qu’au delà, l’avion perdant un pneu, devait poursuivre un décollage, le pneu avait la capacité de supporter la surcharge. Dans le sens où on lance une accélération.

La Présidente : ce n’est pas le sens de ma question.

M PERRIER : je suis le seul sujet. Je dialogue avec mes camarades qui s’occupent des pneus, sur la question du sous gonflage. C‘est là que s’arrête mon vol. Ces modifications seront présentées pour la certification. Je n‘interviens pas dans le dialogue directement entre le bureau d’étude et le service technique de l’aéronautique. C’est M Claude LENSEIGNE qui a ce rôle. Je n’ai pas ce rôle.

La Présidente : vous êtes quand même le mieux placé, je ne parle pas au niveau de la responsabilité, mais au niveau du terrain, pour parler avec le bureau d’enquête.

M PERRIER : j’ai été mis dans le bureau d’enquête pour l’aspect opérationnel. Pour les enseignements techniques, c’est M LENSEIGNE. Celui qui mène toutes les études, c’est lui. Si j’avais été le seul représentant dans la commission d’enquête, j’aurais servi de rôle de courroies de transmission. Moi je regardais le côté opérationnel. J’ai assumé ce rôle.

La Présidente : néanmoins, lors des réunions, notamment le 19 juin 1979, le 29 juin 1979, le 27 août 1979, (Da 3079, 3038, 3691), le 31 août 79, vous étiez à ces réunions ?

M PERRIER : oui.

La Présidente : vous étiez impliqué en tant que représentant du constructeur ?

M PERRIER : je suis un des représentants du constructeur. Je n’ai pas de rôle dans l’orientation des travaux.

La Présidente : qu’est ce que qui nourrissait la réflexion du bureau d’étude ?

M PERRIER : à partir du moment où un problème est posé par des évènements antérieurs, la première démarche est qu’est ce qu’on peut faire pour éviter l’étalement du pneu. Tout le monde en doute.

La Présidente : le bureau d’étude était saisi par qui nommément ? Est-ce qu’il y a une note ?

M PERRIER : il n’y a pas de note. M LENSEIGNE fait travailler tel ou tel sur un sujet, son rôle en tant qu’ingénieur en chef est de faire la synthèse de ces éléments. On travaille sur ceci et cela, pour montrer aux autorités…

La Présidente : quel est le statut de l’avion ?

Me DALMASSO : vous trouvez cela à la coté Da 2992, on y voit la place occupée par M PERRIER.

La Présidente : vous en tant que constructeur, vous aviez votre domaine, mais comment ça s’articulait, j’ai du mal à comprendre, par rapport aux essais, aux décisions qui étaient prises. C’était M LENSEIGNE qui était la corroie de transmissions ?

M PERRIER : j’étais en parallèle dans la responsabilité. Dans la casquette de directeur de programme. J’ai dit que si j’avais eu le sentiment qu’on ne faisait pas ce qu‘il fallait, je n’aurais pas attendu que les autorités se plaignent en disant que vous avez mal travaillé. J‘aurais vu avec le directeur des études s’il avait été assez loin dans les recherches. Ce qui ne s’est jamais produit. J’ai un rôle dans le suivi de l’incident, dans l’aspect opérationnel.

La Présidente : dans cette phase, comment ça se passe, quel est le statut de l’avion ?

M PERRIER : les mesures, cette vérification de l’avion se fera peu de temps avant l’envol. Cette consigne va être immédiatement appliquée. On interdit de décoller avec la moindre impasse du circuit bleu. On va vérifier les fusibles de pneus…

Quand un incident se produit, quand on a une piste d’accident, on prend des mesures qu’on espère le plus temporaire possible. On est toujours bloqué par la production industrielle de la roue.

La Présidente : il n’a jamais été envisagé la suspension des vols du concorde après 1979 ?

M PERRIER : non. Mais  nous étions conscient que nous avions dit que c’était négligeable, les autorités auraient refusé l’envol de l’avion. Nous avons travaillé dessus.

Jusqu’en 1982, la situation de l’avion est mauvaise par certaines conséquences. Vous venez dans les années suivantes, elle est meilleure.

La Présidente : avez-vous eu des contacts avec l’administration, pendant cette période ?

M PERRIER : j’ai eu des contacts avec l’autorité des essais en vol, avec les deux exploitants pour leur expliquer le principe de la détection sous gonflage. On a travaillé avec des gens qui avaient des aspects opérationnels.

La Présidente : j’aimerais revenir sur les essais, il y a deux types d’essais : le 7 novembre 1979 sur l’impact des morceaux de pneus sur l’intrados, achevés en 1980 (Da 3689) et il y a eu les essais en 1981 pour compléter l’étude d’impacts de pneus. Il résulte de ces essais et des éléments du dossier, ces essais ont mis en évidence que la projection de morceaux de pneus de masse de 1 kg pouvait conduire à des perforations. Quel a été votre rôle, par rapport à ces essais ?

M PERRIER : je ne connais que le résultat de l’analyse de tout cela, il sera conclu en juin 1980 sur la non nécessité de renforcer l’intrados. Je ne participe à aucun essai, ce n’est pas dans ma fonction. Nous pourrons en reparler avec les gens du bureau d’essai qui ont eu à connaître à cela. Moi je n’ai eu aucune information à l’époque.

La Présidente : est ce qu’il y a pas quelque chose qui peut surprendre dans le fait que vous intéressiez à des essais sur le dégonflage sans vous penchez sur la conséquence, qui est la perforation de la structure ?

M PERRIER : on s’en occupe indirectement. Toutes les perforations sont toutes imputables à des morceaux de jantes, la logique qui prévaut : si on a un pneu qui tient la surcharge, on n’aura jamais un pneu qui éclate et qui viendra mitrailler l’intrados. La conséquence la plus importante de Washington, c’est l’effet de mitraillage.

La Présidente : comment peut on travailler sur une cause, sans s’intéresser à la conséquence ?

M PERRIER : en ayant soigné les pneus, les jantes, le freinage, la rentrée des trains, on a retrouvé un niveau d’exigence.

Je participe à la pierre qui peut être la mienne, sur les conséquences à tirer de Washington mais je laisse les personnes affectées  à ce travail faire ce travail.

La Présidente : vous aviez été au courant de la réaction des britanniques après 1979 ?

M PERRIER : je l’ignorais, je l’ai appris au cours de l’instruction. M LENSEIGNE n’en a pas faire part.

La Présidente : la note de BAé critiquait les essais effectués ?

M PERRIER : le BAé avait accepté que tout ce qui devait être fait. On ne sait pas quel a été le dialogue fait entre eux. On peut toujours critiquer. Chacun a son domaine de responsabilité mais quand on est face à quelque chose de grave, chacun fait son travail. Les britanniques ne sont pas venus dialoguer avec nous mais quand on a réuni le faisceau de l’ensemble des modifications, on a eu l’avis des deux constructeurs. Pourquoi cette note, nous n’avions eu aucun écho et M LENSEIGNE n’avait pas communiqué cette note.

La Présidente : d’après vous qui s’est intéressé à cette note ?

M PERRIER : MM LENSEIGNBE et CORBERY avaient pris en charge ce secteur remis en service du Concorde, ce n’était pas des petites modifications cosmétiques. Les résultats de ces essais, je n’ai pas eu à en connaître et je n’en avais à en connaître.

Me RAPPAPORT : ce problème des réservoirs a été évoqué à plusieurs reprises. Il en a été questions quand M PERRIER a été entendu comme témoin lors de sa première comparution. Il avait déclaré : Da 2945 :

QUESTION : Au niveau des constatations des incidents, on peut noter une fragilité de l’intrados et le risque de perforation des réservoirs. N’avez-vous à aucun moment envisagé la protection de l’intrados ?

REPONSE : A Washington, avait été relevé un impact par un morceau de caoutchouc et des impacts par des pièces métalliques. Des essais avaient été faits au CEAT mais sur un réservoir vide.

Des déchirures avaient été constatées. Une autre étude avait été faite qui concluait que ces déchirures ne se produiraient pas sur un réservoir plein.

Pouvez vous préciser au tribunal, quelles étaient ces études ?

M PERRIER : quand M COLLAR viendra déposer devant vous, il vous expliquera comment il a fait la transposition avec les moyens qu’on disposait en 1980 et quand on a disposé en 2001 de la modélisation, on a refait fonctionné ce modèle dans l’esprit des essais de 1980. On a vu que l’effet réservoir plein était encore meilleur du bilan énergie perforation.

Pour répondre à la question, ceci a été étudié, est annexé à la note signé de M TOULOUSE et M HECKMANN, dont M COLLAR est plus disposé à venir s’en expliquer.

Me RAPPAPORT : il n’y a pas eu d’étude sur réservoir plein ?

M PERRIER : il vous sera présenté le mode de calcul, il figure en annexe à la note non datée de juin 1980.

Me RAPPAPORT : il n’y a pas eu d’études mais des calculs ?

M PERRIER : il n’y a pas eu d’essais. Le CEAT refuse de faire des études sur réservoirs pleins.

Me RAPPAPORT : on a demandé au CEAT de faire une étude et il aurait refusé.

M PERRIER : il ne pouvait pas réaliser les études d’essais sur un réservoir plein. Le CEAT a dit qu’on sait faire un essai sur réservoir vide. Il n’y a pas personne pour expliquer pourquoi ils ont fait ça. C’est ma seule chose qu’ils arrivaient à faire.

Me RAPPAPORT : cette étude a eu lieu au printemps…

La Présidente : on les a : Da 3689 et Da 3714

Me RAPPAPORT : on a la date, est ce qu’il y a eu postérieurement au printemps 1980, dans les années qui ont suivie, d’autres études ?

M PERRIER : non car les incidents postérieurs n’ont pas remis en cause les conclusions qui ont été faites. Les perforations faites en 85, 88 et 93 n’ont pas invalidé les conclusions agrées entre le constructeurs et les deux autorités.

Me RAPPAPORT : vous avez dit que vous étiez en relation avec le service du bureau d’étude ?

M PERRIER : non, le bureau d’étude, les ingénieurs spécialistes…. avaient comme interlocuteurs des gens qui dépendaient du ministère de la défense.

Me RAPPAPORT : les services avec lesquels votre bureau d’étude est en relation, c’est la DTCA (Da 4067),  rapport du 6 mars 80 et (Da 4068) rapport de juin 1980. Ces notes disent que la protection des réservoirs pose encore problème qui n’est pas réglé. Donc du coté de M LENSEIGNE et COLLAR, on dit que le problème est réglé et en même temps, la DTCA dit que le problème n’est pas réglé.

M PERRIER : cette note de mars 1980 est le reflet des contacts que j’avais avec M Louis GEORGE. Il fait cette réflexion car il est mon correspondant.

Me RAPPAPORT : il est question de cette indication en mars 1980 et elle est renouvelée : Da 4068 : « Les fuites des réservoirs structuraux de Kérosène ne sont toujours pas maîtrisées entièrement. Il est fort probable qu’on ne pourra pas éviter de faire passer les avions en chantier d’étanchéité (durée d’immobilisation 1 semaine) tous les 12 à 18 mois environ ». La question des réservoirs n’est pas réglée ?

M PERRIER : je pense qu’on est sur une grave contradiction. On ne mélange pas une fuite et un suintement de réservoir, qui sur Concorde, amenait à faire périodiquement des reprises d’étanchéité, avec un produit, ce qui était pour Air France et British Airways, un travail difficile. C’est un problème qui existait jusqu’à la fin de la vie de la flotte. Il y avait un taux de fuite, on n’intervient que si le taux de fuite est de plus de tant. Il ne faut pas mélanger les deux.

Me RAPPAPORT : ce qui se dit, c’est qu’il y a un problème qui subsiste, c’est la reprise de ce qui a été dit en mars 1980. Il demeure qu’en mars 1980, on dit bien que les problèmes de fuite, posés par la fragilité des réservoirs ne sont pas réglés, au moment même où on dit qu’ils sont réglés. L’appréciation n’est pas la même dans les bureaux d’étude et dans les bureaux d’Aérospatial.

M PERRIER : il y a un problème de chronologie. A la date en question, l’analyse des résultats au CEAT est en cours. La note d’analyse de M COLLAR est en mai 1980 et la synthèse est en juin 1980, la décision n’est pas prise au moment…

J’ai dit à l’époque que le problème n’était pas résolu, je ne savais pas si on devait renforcer la voilure.

Le directeur technique de ma société dit qu’on fait des études, des essais. Les essais sont trop courts. Regardez le problème de fin 1979.

Me BOUSSEREZ : après l’incident de Washington, nous vous êtes posé la question de savoir si un incident similaire pouvait survenir juste après ?

M PERRIER : non, nous avions un souci, qui se représente non pas une catastrophe, comme se le permet M BOURGEOIS, nous redoutions un évènement majeure, comme cela s’est passé chez British Airways en 1981. On était conscient qu’on s’était mis à l’abri après les modifications.

Me BOUSSEREZ : avant les modifications, qu’est ce qui pouvait empêcher un incident ?

M PERRIER : il fallait prendre des précautions.

Me BOUSSEREZ : des éclatements de pneus dus à autre chose, cela n’arrivait pas ?

M PERRIER : on les a tous examinés. Les experts ont relevé 13 incidents et j’ai un mot à dire sur chacun d’entre eux.

Me BOUSSEREZ : comment ce risque a été exclu ? Vous dites que vous avait résolu ce problème mais vu l’impact des pneus sur l’aile, on pouvait imaginer une autre cause pouvant entraîner le même effet ?

M PERRIER : notre souci, c’est les pneus, éliminer la projection de débris métalliques. Ils étaient petits à Washington.   C’est notre point clé pour que les roues modifiées sortent plus vite.

Me BOUSSEREZ : le risque continuait toujours ?

M PERRIER : le risque majeur mais pas le risque catastrophique. Mineure, majeure, catastrophique, critique, on était certain par l’analyse qu’indiscutablement, Washington n’était pas catastrophique.

Je suis désolé, nous ne sommes plus dans les hypothèses de certifications. Nous avons toujours surestimé la classification réglementaire.

Me BOUSSEREZ : les fuites de carburant dues à des débris étaient courantes ?

M PERRIER : je n’ai pas les éléments ici, oui il y a eu des fuites de carburant sur d’autres avions…

Me BOUSSEREZ : si vous aviez été au courant d’un risque, est ce que vous auriez eu le poids pour dire qu’on avait le poids pour arrêter ?

M PERRIER : je connais les gens. Si j’avais eu un grand souci, je serais allé voir le directeur général M CHEVALIER. Je serais allé voir le président par politesse mais M CHEVALIER connaissait mieux l’aspect technique.

Le Procureur : il y a environ moins d’une demie heure, vous avez dit que s’agissant des modifications post Washington, vous aviez le poste de directeur programme. Or à la date du 26 septembre 2005, vous avez dit que vous interveniez sous deux casquettes : directeur du programme concorde, directeur des essais ?

M PERRIER : pour la fonction de directeur des essais en vol, je vais me répéter, directeur de programme c’est pour ma relation avec M GEORGE.

Le Procureur : ce n’est pas ce que vous dites au Juge d’instruction : travail de surveillance et de contrôle.

M PERRIER : je ne retire rien à ma déclaration.

Le Procureur : vous aviez un travail de contrôle et de coordination

M PERRIER : il fallait que j’ai suffisamment de connaissance.

Le Procureur : c’est plus qu’un travail de simple corroie de transmission, c’est un travail de contrôle et de vérification.

M PERRIER : si vous le comprenez comme ça, je ne peux vous faire changer d’avis…

Le Procureur : est ce que vous contestez les propos de  M HERUBEL ?

M PERRIER : je n’ai rien à critiquer des déclarations de M HERUBEL. C’est comme ça que j’ai essayé de l’aider, car je savais qu’il n’avait pas la connaissance historique du programme Concorde. Je n’ai rien à critiquer dans ses déclarations, j’ai travaillé comme en gens qui s’entraident. J’avais responsabilité morale.

Me BUFFAT : quand M PERRIER a évoqué des noms, c’est des gens qui avaient des grandes compétences, qui étaient plus compétents que M HERUBEL.

Me METZNER : sur le sous gonflement du pneu, vous le situez à quel moment ? Vous dites que le pneu a éclaté en raison d’un sous gonflement, mais quand ?

M PERRIER : l’avion est parti du parc de stationnement avec un pneu sous gonflé, il n’avait pas été fait un contrôle de pression, à l’escale. Nous avons retenu l’hypothèse conjointement. Maintenant, je ne peux pas dire exactement. C’est une hypothèse retenue par tout le monde : le BEA et l’analyse du CEAT. On était dans un doute vis-à-vis de l’étanchéité du fusible.

Me METZNER : un simple sous gonflement ?

M PERRIER : oui il ne peut pas être détecté le sous gonflement.

Me METZNER : avec un objet qui traîne sur la piste ?

M PERRIER : non ce sont des processus différents, c’est un dégonflement progressif.

Me METZNER : vous excluez qu’un corps étranger soit responsable du dégonflement de pneu ?

M PERRIER : Je ne suis pas un spécialiste des pneus, je n’ai trouvé aucune objection à cette analyse conjointe.

Il y a eu un pneu gonflé, il a lâché, ce qui arrive à tous les pneus gonflés et chargés. Le deuxième qui     a du supporté plus de poids, il a dit adieu messieurs dames.

Me METZNER : est ce que vous aviez le souvenir que la tour de contrôle a prévenu un feu ? Da 2339, p 32, quel est le départ de ce feu ?

M PERRIER : c’est dans l’envol initial, c’est le coup de flamme de pompage du moteur n°2. On établira que le pneu a pompé après ingestion. Quand l’avion revient, il n’est pas question de feu. Ce coup de feu, c’est le fait du pompage du moteur.

Me METZNER : le commandant de bord dit qu’il  a vu une flamme.

M PERRIER : je ne peux pas répondre.

Me METZNER : si ce contrôle a été fait sur la piste ?

M PERRIER : oui sur la piste.

Assesseur : quand on lit la suite des dialogues, il y a juste écrit, « flame on the fusellage », est ce que ceci a un lien avec une autre réflexion qui avait été faite dans une réunion de 19 juin 1979, dont on a parlé la semaine dernière : 3038 : p 2 « A cette occasion, la MAS a attiré l’attention des membres de la Commission sur fine observation faite par un témoin à Washington (M. Betin représentant CESO) faisant état d’une visualisation de flammes à la rotation de l’avion, visualisation qui pourrait être caractéristique d’un pompage moteur pendant cette phase de vol.». Est-ce qu’on parle de la même chose ?

M PERRIER : c’est le groupe de suivi technique par les deux motoristes : roll Royce et SNECMA. Ce garçon dit qu’il pense que c’est un pompage au niveau de la rotation. Lui il le localise. Je ne peux pas vous apporter plus d’élément.

Assesseur : ce n’était pas quelque chose qui était resté au cœur du débat ?

M PERRIER : quand je vous ai parlé de Dakar, il était 2h du matin, il a été plus frappé par l’effet de flamme (le commandant de bord), il n’a pas été attiré par le bruit.

Me DALMASSO : après mis en œuvre des mesures correctives, est ce qu’on a assisté à d’autres phénomènes de mitraillages ?

M PERRIER : comme nous n’avons pas retrouvé de mitraillages, nous pensions que nous avions pris les bonnes décisions.

Me DALMASSO : pour la perforation dans l’intrados ?

M PERRIER : on a du noir autour du petit trou, on se dit que c’est un morceau du pneu qui est rentré. On ne le retrouve pas. On attribue cette perforation à un morceau pneu.

Me DALMASSO : est ce qu’il y a eu d’autres phénomènes de perforation dus à un débris de pneu ?

M PERRIER : non mais il est difficile d’avoir une certitude sure l’origine des pneus.

La Présidente : on va entendre M HERUBEL, mais je pense qu’il n’aurait pas de chose à dire, compte tenu de sa prévention. Par l’incident de Washington, vous en avez tiré quoi ? Comment en avez vous eu connaissance ?

M HERUBEL : je faisais parti du département… j’avais en charge les systèmes thermo dynamiques, systèmes de traitement d’air. J’avais appris ce qui avait pu se passer d’important sur le programme Concorde. J’avais appris qu’il y avait eu un incident important à Washington mais comme cela n’était pas de mon domaine, je n’ai pas suivi. Par contre, en 1993 et 1994, nous avons été amenés à reprendre les divers incidents des éclatements de pneumatiques depuis la mise en service de Concorde et à cette occasion, nous avons revu les divers éléments. M PERRIER m’a beaucoup aidé dans mes analyses. Le résultat a été une synthèse éditée en mars 1994, relative à la navigabilité du programme. N’était pas l’homme de structure mais de système, je n’ai pas de connaissance sur les interventions sur la structure de Concorde.

La Présidente : dans votre domaine, vous aviez à prendre connaissance des éléments faits après Washington ?

M HERUBEL : non cela n’était pas de mon domaine.

Me RAPPAPORT : je souhaiterais que M HERUBEL dise au tribunal dans ses conversations avec M PERRIER s’il était question de problèmes concernant le réservoir ?

M HERUBEL : en 1993 et 1994, nous avons revu les documents qui avaient été produits au cours des années sur ce sujet. M PERRIER m’a aidé dans cette analyse et il y avait dans ces analyses, la proposition d’une étude sur les parois de réservoirs. Mais cette idée n’avait été poursuivie dans les documents antérieurs.

Me RAPPAPORT : est ce que cela aurait été compliqué de renforcer les réservoirs ?

M HERUBEL : je n’ai pas d’avis d’experts sur cette question.

Me RAPPAPORT : M HURUBEL a succédé à M PERRIER ?

(tout le monde répond non)

à M LENSEIGNE ? Vous êtes devenu le patron de suivi de navigabilité ?

M HERUBEL : oui.

Me RAPPAPORT : en 1993 et 1994, la question n’est pas estimée importante. Est ce qu’en votre qualité de responsable et du suivi de navigabilité, la question ne se pose pas de savoir comment protéger les réservoirs de l’éclatement des pneus ?

M HERUBEL : la question ne se pose pas. Les conséquences des incidents de 1993 ne remettaient pas en cause ce qui avait été dit après Washington et les conséquences avaient toujours été limitées.

Me RAPPAPORT : est ce que d’après vous, il n’y avait pas de fragilité dans la voilure ? Vous êtes en charge du suivi de navigabilité mais il est apparu dans les années antérieures, la question s’est posée à l’époque. Le problème posé par les réservoirs donnait à des solutions ? Vous quand vous prenez vos fonctions, vous ne vous posez pas de questions, même si vous n’êtes pas compétent ? Il y a des services, vous auriez pu leur poser des questions ?

M HERUBEL : nous avons regardé la probabilité que ces fuites existent et que s‘il y avait un feu par ailleurs, dans une zone, comme les freins, que cette probabilité puisse être réduite.

L’étude s’est arrêtée à ces études d’amélioration de navigabilité. Les problèmes de perforations multiples de Washington (multiples et mitraillages) ont été résolus par le fait qu’on ne peut plus projeter des morceaux métalliques.

Me RAPPAPORT : vous ne vous êtes posé aucune question sur les réservoirs ?

M HERUBEL : le risque était l’éclatement, c’est tout le but de la note de mars 1993.

Me RAPPAPORT : cela aurait été compliqué de protégé les réservoirs ?

M HERUBEL : je ne peux pas savoir, si je n’ai pas suffisamment de connaissance sur le détail de ces structures. En 2005, dans le dossier pénal, j’ai vu des notes sur ce sujet mais je n’étais pas formé sur ces points.

Le Procureur : pour rebondir sur une réponse de M HERUBEL, vous ne vous êtes pas penché sur la question des fuites, mais pourquoi ? En 1993, il y a une fuite de 4,5 tonnes.

M HERUBEL : c’est une question de débit. A Gonesse, c’est un très gros orifice, avec un gros débit.

La Présidente : nous allons entendre M FRANTZEN : que pouvez vous nous dire ?

M FRANTZEN : l’outil de référence c’est la note de juillet à août 1979 (Da 3073).

Pourquoi suis-je amené à intervenir sur ce point ? C’est essentiellement parce que ces incidents paraissent soulever une diversité de questions transversales.

Il semble que les incidents récents affectaient Air France. Si c’est un problème Air France, c’est un problème de certification. Mesurer la pression des pneus est une opération de maintenance. Pour la visibilité de pression, l’Officier mécanicien navigant ne peut pas voir la pression, c’est une question opérationnelle. On verra le rôle joué par la piste. Une fourchette de question qui se pose et qui sont autres que la certification.

Pour attirer mon regard, je note que M CHAMPION, l’ingénieur Concorde au sein de la certification, fait parti de la commission de certification. Il a des informations utiles.

A cette époque, je suis sous directeur technique du SFACT, qui traite des questions de sécurité, donc je suis chargé d’organiser ce directeur.

La Présidente : nous avons ces éléments.

M FRANTZEN : ces bureaux sont composés de généralistes qui ne sont pas compétents pour les détails techniques, en profondeur, comme les roues, freins qui sont traités par le Ministère de la défense.

Je n’avais aucune fonction opérationnelle, c’est M DEBOULET, qui a demandé au ministère de la défense d’approfondir et de suivre les propositions que fournit le constructeur, cela va jusqu’à mettre en péril les vacances de ce service.

M DEBOULET avait les compétences de synthèses, les moyens (l’accès au service technique) et participait à l’enquête donnée par le BEA .

La note : c’est cette note qu’il faut suivre, on fait l’état de ce qui s’est passé, la signification en matière de certification, les pistes à suivre, à mener. Chacun rentre dans sa feuille de route. Une mesure de certification n’a de sens que si elle peut être mise en route.

La Présidente : dans cette note, clair et précise, sur les faits eux-mêmes, elle dit p 2

« a) La certification envisageait la double destruction de pneumatique à 10-8 par heure de vol, mais ce chiffre n’entrait pas dans une évaluation des risques qui étaient surtout couverts par les règles de 1 ‘ art . La certification a néanmoins très grossièrement sous-estimé ces probabilités, sur la base de données d’expérience très insuffisantes (note technique S\L.S 430 7s:/ 3 édition 2). L’expérience en service Concorde montre un taux de 10 -4 par heure de vol.

b) La certification n’avait pas pris en compte les risques de perforation de réservoir :

- soit par des éclats de roues (« la roue n’éclate pas au décollage »)

- soit par des éclats de pneus (une perforation constatée lors de l’incident du 14/06/1979 vient infirmer cette hypothèse de conception)

c) Les conséquences des -projections de débris remettent en cause des précautions prises relatives aux systèmes hydrauliques

d) la double panne hydraulique de l’incident du 14/06/1979 »

Ce qui est indiqué ensuite, sur les conséquences constatées, par rapport à la certification,

« Ces conséquences sont conformes à ce qui avait été prévu lors  de la certification sauf :

- La fréquence d’ occurrence des incidents pneumatiques et particulièrement des incidents doubles,

- La perforation de réservoirs par des débris de pneus

- La perte de deux circuit hydrauliques ; et plus généralement les conséquences potentielles sur l’hydraulique des projections de débris ( 0 ) ( Ce point est essentiellement dû au fait de l’occurence d’incidents de pneus et roues plus fréquents que prévu )

- Les risques de dommages dû s à des débris de pneus notamment parce qu’ ils ont été évalués seulement en rapport avec l’expérience d’ avions subsoniques »

Au niveau des causes, on s’est posé des questions pourquoi il y avait cet écart entre les avions entre Air France et British Airways, p 10.  La SFACT était conscient qu’il y avait un problème de certification ?

M FRANTZEN : la certification est un système de prévision. J’attire l’attention avec « faire quelque chose ». Il y a toutes les pistes qui sont envisagées. La note garde une possibilité de mobilité et en fonction des conclusions, au moment de la synthèse, on ne sait pas encore ce qu’on va faire.

On a deux générations de Concorde : les Concordes tels qu’ils sont jusqu’à ce qu’on leur applique les conséquences de Washington cad 1982 et un tout autre Concorde à qui on a appliqué les conséquences après 1982…

La Présidente : on parle de ce Concorde de Washington, et la connaissance dont en avait le constructeur et le SFACT. C’est de votre main, ce document ?

M FRANTZEN : oui, mais l’objectif de cette note bâtie rapidement au cours d’une réunion : ce document n’est qu’une façon de représenter visiblement ce qui est dans la note. Le dessin n’est qu’une façon de le rendre plus visible, plus frappant. Il ne faut pas lui donner une signification.

La Présidente : c’est une photographie ponctuelle de la situation.

Me MIGNON : il y a une précision à faire sur le fait s’il était l’auteur de la note.

La Présidente : on sait que c’est un travail d’équipe. Il en a pris la responsabilité, en tant que directeur de la SFACT, mais ce n’est pas vous qui l’aviez rédigé seul mais c’est l’ensemble de votre service qui l’a rédigé. Mais vous ne désavouez pas ce qui est dit dans cette note ?

M FRANTZEN : oui bien sur. C’est le travail d’un patron de rassembler le travail de tout le monde pour faire un travail de synthèse. Le schéma est de ma main mais le travail est collectif.

La Présidente : vous avez eu connaissance de cette campagne d’essais. Quelle a été la position de la SFACT sur des essais faits par le CEAT, quelle connaissance vous en avez eu, que pouvez vous nous dire ?

M FRANTZEN : M HERUBEL vous a expliqué que l’analyse des suites des incidents de Washington a donné lieu à divers essais.

Ces essais sont demandés par le constructeur en accord avec le service techniquement compétent du ministère. Le programme d’essai et le résultat des essais ne viennent pas au SFACT. A mon sens, mes collaborateurs n’ont pas reçu ces informations.

Le compte rendu d’essai ne vient pas au SFACT. Très souvent, le programme d’essai n’était pas fourni dans le dialogue entre le ministère de la défense et le constructeur. Je ne sais pas si les spécialistes ont probablement demandé à avoir le rapport d’essai. Ce type de document ne va pas au SFACT.

La Présidente : vous nous parlez du fait qu’il faut prendre les choses dans la globalité mais vous nous dites que ce n’était pas de votre domaine. C’est la globalité de qui, de quoi ?

M FRANTZEN : j’apprécie mon regard sur une série d’incidents.

La Présidente : je vous récite « les essais dans leur globalité » comment situez vous cette globalité ?

M FRANTZEN : J’estime que dans cette évolution dramatique de la certification jusqu’à l’accident de Gonesse, je suis satisfait de ne pas avoir été un spécialiste roue. Cela me permet d’avoir le recul, de pouvoir poser les questions à mes chefs de bureaux, aux personnels navigants, d’avoir une vision synthétique. Mais je ne dois pas rentrer dans chacun des détails. Des essais au CEAT, avec des morceaux de pneus, qui sont des approximatifs, dans des conditions approximatives, je suis incapable de me prononcer. La globalité c’est une synthèse.

La Présidente : lettre au bureau Veritas Da 3482, vous vous en souvenez ?

M FRANTZEN : oui, il y a deux regards : le contenu et le pourquoi. Le contenu : il s’agit d’un avion Concorde qui est dans un état qui n’a rien avoir avec l’accident de Gonesse. C’est un avion avant Washington, aucun lien de cause à effet avec l’avion phase 2.

Par contre, pourquoi ? On est totalement dans une vision transverse de plusieurs bureaux de ma division. M DEBOULET n’a pas d’autorité ici… Il est normal que le bureau de certification me dise que dans l’état actuel de non navigabilité, on ne satisfait plus les exigences de navigabilité. Il faut trouver des solutions transitoires, qui permettront de restaurer un équivalent du niveau de certification. Si on ne trouve pas, on ne peut pas continuer à voler. Les résultats de l’enquête montrent l’importance de la pression des pneus et les objectifs qui peuvent traîner près des taxiways et sur la piste. Il faut des mesures d’entretien et opérationnel pour restaurer le niveau de certification, le bureau de certification vient me trouver.

J’interviens à chaque fois qu’il faut élargir les débats dans le périmètre des questions.

La Présidente : un autre courrier, de M DEGOULET, Da 3088, en réponse à une lettre envoyée par Aérospatial : Da 3485, du 18 vérifier 80, « devant la situation créée face au retard important…».

M DEBOULET dit « votre lettre annonce un glissement important…» (reproduction impossible du document), vous en avez eu connaissance ?

M FRANTZEN : oui, surtout quand on prend ce ton, il faut corriger. M DEGOULET écrit et il m’informe que c’est en train de chauffer dans ses relations avec Aérospatial. Il me semble que cette lettre est envoyée au nom commun de la SFACT et l’autorité équivalente britannique.

M DEGOULET fait son travail et vous aurez les questions à lui poser quand il témoignera.

La Présidente : sur les pistes concernant la protection de l’intrados, vous avez eu des pistes ?

M FRANTZEN : la fameuse note donnait une feuille de route….

Je dois ajouter que ayant été informé du fait qu’une idée émise avait été d’utiliser le kevlar, je ne comprenais pas, car ces deux matériaux ont des propriétés différentes, je ne comprends pas comment faire mais je ne suis pas un spécialiste de matériaux. L’aluminium de Concorde était particulier…

La Présidente : on en reparlera.

M FRANTZEN : j’étais surprise de cette piste et je ne suis pas surprise qu’on n’ait pas poursuivie dans ce sens.

La Présidente : je ne vais pas vous entendre sur les mesures prises, pour ce qui a été dit par M FRANTZEN, est ce que vous avez des questions ?

Me RAPPAPORT : vous avez donné lecture de la lettre à Da 3082, cette note est précise. M FRANTZEN explique que s’il est l’auteur de cette note, c’est qu’il a autorité, il avait demandé qu’on lui représente les résultats qu’il prescrit avant le 1er décembre, à la cote 3084, on a la réponse du bureau Veritas. Il a veillé à ce que des mesures provisoires soit prises pour minorer les risques. Est-ce que ultérieurement il a été amené à faire prendre d’autres mesures par le bureau Veritas ?

M FRANTZEN : …non,…Je n’ai pas eu à réintervenir personnellement.

Me RAPPAPORT : une réunion s’est tenue au plus haut niveau sous la présidence de M ABRAHAM, Da 3087, en fin de cette note, dans la rubrique divers « Aucune date n’est fixé pour une prochaine réunion d’échange d’informations. Il appartiendra a la SKIAS d’en proposer une lorsque le programme de modifications sera suffisamment avancé ». Est-ce que M FRANTZEN, en sa qualité de plus haut responsable du SFACT a veillé à ce qu’une telle réunion se tienne ?

M FRANTZEN : je ne suis pas la plus haute hiérarchie mais sous directeur technique à cette époque là.

Cette réunion n’est pas décisionnelle, elle a pour but qu’un certain nombre de personnes soient informées. Quand doit-on tenir une nouvelle information ? En fonction des évènements, c’est par exemple, la lettre de M DEGOULET,… C’est un système information et pas décisionnel

Me RAPPAPORT : cette note, qui réuni les plus hauts responsables, est ce qu’une telle réunion a eu lieu pour prendre en compte ce qui avait été décidé à l’époque pour tirer les conséquences ?

M FRANTZEN : il aurait fallu poser la question à M ABRAHAM, cette réunion n’a pas d’incidence sur l’avance des études de navigabilité.

Me RAPPAPORT : je ne vois pas en quoi cette question est étrangère aux responsabilités de M FRANTZEN !

M FRANTZEN : je n’avais pas le souvenir d’une telle note, elle n’avait pas d’impact sur la sécurité et navigabilité. C’est une réunion qui pour moi n’a pas d’importance, elle est sans lien avec les décisions de navigabilité.

Me BOUSSEREZ : nous avons évoqué l’opinion de M BOURGEOIS, est ce que vous avez une opinion sur son avis ?

M FRANTZEN : les opinons sur les êtres humains sont subjectifs. M BOURGEOIS et moi, nous avons été collèges de 1966 à 1969. J‘ai été nommé chef de ce bureau, pour traiter que de certification. En 1970, il a souhaité prendre d’autres fonctions, je ne l’ai vu que de façon épisodique. J’avais les connaissances suffisantes de M BOURGEOIS pour décoder ses compétences, ses élans, ses angoisses… C’était un homme de grand métier avec qui j’ai toujours eu des rapports courtois.

Me BOUSSEREZ : vous n’avez pas eu l’impression que c’était quelqu’un de perturbé ?

M FRANTZEN : je n’ai pas de compétence psychiatrique, je serais prudent.

Me BOUSSEREZ : Da 3076, est ce que vous avez eu la note reçue par la SFACT, par l’AAIB, elle est en anglais et je n’ai pas l’impression qu’elle soit traduite. M BOURGEOIS l’a rediffusée ?

M FRANTZEN : il faudrait que je lise la note. Il est courant qu’un destinataire ne tienne pas compte de la nouvelle organisation des structures. Je ne sais pas si M BOUGEOIS me l’a envoyé.

La Présidente : qu’est ce que vous dit que cette note a été envoyée à M BOURGEOIS ?

Me BOUSSEREZ : c’est dans le bordereau d’envoi.

M FRANTZEN : si je l’ai reçu, j’ai du l’affecté au bureau de certification.

Me BOUSSEREZ : c’est la dernière phrase, que vous auriez pu parler, …

La Présidente : on ne va pas faire des traductions sauvages.

Me BOUSSEREZ : il dit qu’on n’a pas tenu compte de ce qui s’était passé…Il y avait eu un incident et après il y avait eu l’incident d’Ermont ville…

M FRANTZEN : pour l’incident d’Ermont ville, c’est la confusion et le désordre, qui a entraîné une paralysie du système. Les conséquences de Windsor n’ont pas été prises en compte.

Me BOUSSEREZ : le directeur de l’AAIB s’étonnait de la longueur des mesures prises.

M FRANTZEN : pour faire des enquêtes accidents ou en tirer des conséquences, c’est une attitude fondamentale qu’on tire les leçons. Là M CHURCH rappelle cette évidence.

Audience suspendue à 16h53 et reprise à 17h37.

La Présidente : M FRANTZEN revenez à la barre.

Le Procureur : vous avez reconnu la paternité de la note, la signature du courrier du 3 novembre, que vous avez été informé du courrier fait par M Du BOULLAY, est ce que vous reconnaissez qu’à partir du moment où tous ces documents sont partis, il appartenait de suivre leur réalisation ?

M FRANTZEN : pour la paternité, ce document porte ma référence. Le principe de la feuille de route est de distribuer le travail à chacun et chacun me rend compte dans le système normal de compte rendu. Les chefs de bureau pouvaient me rendre compte. Les hauts lieux de contacts sont la cantine pour discuter des sujets importants. Oui c’est suivi. Pour la signature du bureau Veritas, j’ai reçu une réponse, que j’ai réaffectée au bureau compétent. Pour la lettre de rappel de M Du BOULLAY, j’ai été informé de l’existence de consigne de sécurité. J’ai eu l’information sur la suite à donner à ces actions.

Le Procureur : est ce que la note de M HECKMANN n’était pas soit une pièce qui ne devait pas vous êtes communiqué ou ne devait pas vous êtes communiqué ?

M FRANTZEN : non elle ne devait pas l’être communiqué.

Le Procureur : c’était une information qui était de nature à remonter jusqu’à vous ?

M FRANTZEN : les informations de suite donnée,….

La Présidente : vous êtes expliqué avec le Juge d’instruction sur la façon de couper la chaîne causale, comme vous êtes celui qui vous vous êtes le plus expliqué dessus de manière claire, cela veut dire quoi ? En quoi il y avait rupture de la chaîne causale par rapport aux incidents de Washington ?

M FRANTZEN : la notion de chaîne causale n’est pas le propre de l’ingénieur. C’est un concept, qui limite beaucoup les ambiguïtés. Une discussion cause ou conséquence de telle situation est une approche de maîtrise des risques du futur.

Pour le mot chaîne, c’est une suite de phénomène qui peut entraîner des risques. Des disfonctionnement humain et technique, c’est une liste immense. Le risque conséquence est plus limité. Pour aller de l’un à l’autre, il y a tout un jeu de rencontre qui fait que si telle chose se voit ou pas, cela va entraîner telle ou telle conséquence.

Une approche peu utilisée dans le monde aéronautique : les nœuds papillons. On choisit des évènements centrés, on n’a pas envie qu’un avion n’ai plus de moteur, on va bâtir un arbre de conséquence. On a une approche très méthodique.

Pour éviter ce flux qui irait provoquer des conséquences, il faut mettre des barrières. Des auteurs dont moi, ont essayé de théoriser tout cela. On ne peut pas bâtir cet élément pour bâtir une réglementation. Il faut couper cette chaîne causale.

Cela ne constitue pas une réglementation de certification. Avec la certification, on a des évènements qu’on ne veut pas voir réaliser. On va concrétiser le concept de rupture de la chaîne causale mais cela ne permet pas d’être concret. En certification, on est en révision, on est face à un évènement concret. On se demande si on a pu couper les chemins pour couper la conséquence de cet évènement redoutable. Cela sous tend mais ne remplace le système de certification.

La Présidente : sur la question de la protection de la voilure, vous avez estimé que la chaîne causale avait été interrompue et la protection de la voilure n’était plus au cœur de la question dans cette chaîne causale ?

M FRANTZEN : on n‘était plus conforme aux règles de certification et on vérifier que les chaînes causales sont bien coupées. C’est une vérification supplémentaire au-delà de la certification.

A partir du moment où on a coupé les enchaînements qui peuvent se constituer entre plusieurs éléments élémentaires, jusqu’aux conséquences qui pouvaient être catastrophiques, je me suis rendu compte que tout le travail, chacun a considéré qu’une chaîne causale était coupée là ou là. La réglementation était à nouveau assurée.

Il y a eu rupture de la chaîne causale, il n’y a pas lieu d’imposer une solution à un constructeur, vu comment la voilure est faite. Même en faisant un autre avion, on n’aurait pas cette solution.

La Présidente : si vous n’aviez pas été d’accord sur l’endroit où couper la chaîne ?

M FRANTZEN : si un spécialiste du coté du ministère de la défense dit qu’on a rien changé à la situation, la chaîne causale n’est plus coupée à cet endroit. On n’a pas la remise en conformité de cet avion, cet avion perd son certification de navigabilité. Cela s’est rarement produit. Il y a un large éventail de solution. S’il n’y a pas de solution, on suspend le certificat de navigabilité, quand il faut on arrête de voler.

La Présidente : nous allons passer à la suite, nous allons examiner les mesures qui ont été prises et j’entendrais le BEA, l’exploitant et les prévenus.

Assesseur : dans le cadre des mesures recommandées et prises.

Pour les mesures prises : les RAT du 13 juillet 3 août 1979 : le premier interdit la rentrée des trains en cas de doute sur les pneumatiques, sauf en cas de nécessité technique. Le deuxième impose la surveillance des pneumatiques.

Pour les recommandations : celles du NTSB, à la suite de 1979 : il y a eu une recommandation sur l’introduction d’une procédure en cas de destruction de pneu et une autre sur la mise en place de programme d’entraînement d’atterrissage d’urgence.

Pour les recommandations du BEA : celles de juin 1980, (Da 2992 et 3563) pour les conclusions, p 17 et 18 : elles visent les études des fusibles des roues, l’amélioration de la surveillance des voies de circulations, la réduction des dégâts consécutifs, assurer l’exploitation en cas de destruction du train, l’amélioration de l’étude du CVR et du DFDR.

Ont été prises des consignes de navigabilité : la modification ders pneumatiques pour qu’ils puissent supporter deux fois leur poids (au lieu de deux fois et demie), modification des jantes pour éviter les débris sur la piste, modification des circuits hydrauliques dans la baie de train (elle n’a pas été rendue obligatoire mais les avions ont été modifiés début 1980 pour Air France), la modification des circuits électriques des jantes, la mise en place d’un système de détection de dégonflage des pneus.

La Présidente : M ARSLANIAN en tant qu’enquêteur du BEA, ce n’est pas vous qui avait fait ce rapport, mais que pensez vous ?

M ARSLANIAN : les recommandations sont cohérentes avec ce que l’on a. Il y a moins de pages qu’avec ce qu’on a à Gonesse. Elles avaient été appliquées, au moins pour celles qui avaient un lien avec Gonesse. Aujourd’hui, les choses sont plus sophistiquées. On met à qui s’adresse la recommandation. Dans ce cas, il n’y avait pas d’ambiguïté, il y avait très peu d’intervenants. Tout le monde comprenait. Par contre, pour les recommandations sur les enregistreurs, elles sont un peu vagues, implicitement, elles s’adressaient à la DGAC.

Ces recommandations, d’après ce que j’ai compris, ne sont pas arrivées pour obliger les gens à faire quelque chose. Il y avait déjà une certaine mise en œuvre. C’était un effet de poule.

La Présidente : le fait qu’il y ait aucune recommandation sur un renforcement de l’intrados, cela veut dire que le BEA est d’accord avec cette position : qu’il n’était pas nécessaire de se pencher à des problèmes d’intrados ou c’est quelque chose d’autre ?

M ARSLANIAN : je m’interrogeais, rien ne fait apparaître que les trous sont le problème le plus grave. S’il n’y a pas de recommandation sur la protection de l’intrados contre l’éclatement des pneus, c’est que les rédacteurs de la recommandation savent que les travaux sur les pneus sont en cours.

On ne pense qu’à ce qui apparaît comme posant problème.

La Présidente : dans le rapport (De 26) point 1.16.4.2.1 sous la rubrique évènement juin 1979 « Parmi les évènements qui ont conduit  à une perforation des réservoirs, celui du 14 juin 1979 survenu au F-BVFC à Washington est à la fois le premier du genre et celui qui a causé les endommagements les plus importants… ».

M ARSLANIAN : dans l’accident de l’enquête de Gonesse, les enquêteurs du BEA ne refont pas l’enquête de Washington, ils disent voilà ce qui s’est passé et voilà ce qui devait être fait.

Ce n’est pas une note faite à la demande des enquêteurs de Washington. Un rapport a été établi et une étude a été réalisée par Aérospatiale. On fait le bilan de ces deux documents. Nous disons ce qui est dit dans cette étude. Ils avaient été conclus qu’il n’était pas nécessaire de renforcer la voilure. Ceci ne me permet pas de répondre à votre question.

La Présidente : en 1980, la rupture de la chaîne causale n’avait pas lieu d’être au niveau de l’intrados ?

M ARSLANIAN : le processus de la navigabilité n’est pas un processus qu’on doit prendre en compte. On dit voilà ce besoin et à c’est à eux de dire quel moyen mettre en œuvre.

Qu’il n’y ait pas de recommandation sur le feu, ce n’était pas le travail du BEA. Il y a eu des perforations, ce sont des manifestions mais elles n’ont pas eu de conséquences contrairement au problème des circuits hydrauliques qui ont eu des conséquences et on a mis l’équipage en difficulté.

Pour l’absence des recommandations sur les fuites, il n’y a pas eu d’incendie. Ces fuites n’étaient pas suffisantes pour empêcher l’avion de prendre son envol. Cela n’a pas mis l’avion en danger, dans la logique de l’époque. Ces trous n’étaient pas un danger, on a vu beaucoup d’autres évènements qui amèneraient à des recommandations.

Les enquêteurs ont été influencés par ce qu’ils ne savaient pas ailleurs et qu’ils avaient refermé le risque potentiel liés aux perforations.

La Présidente : apparemment les enquêteurs ont pris en compte les arguments pris par les autorités et les constructeurs, dans votre dernier paragraphe « A l’issue des études menées sur les risques d’endommagement par des morceaux de pneumatique et des essais effectués sur éprouvettes au CEAT en 1980 pour justifier la tenue de la structure en cas de perforation directe, il avait été conclu qu’il n’y avait pas lieu de réaliser une protection de l’intrados de la voilure ». On sent qu’il y a interférence entre l’enquête BEA recommandation et l’enquête du constructeur ?

M ARSLANIAN : les enquêteurs de 2000 regroupent tout cela, ils parlent de la situation de 1979, ils ne disent pas comment le rapport de 1979 a été bâti. On ne peut pas dire qu’un des évènements de cette sortie de crise avait été conclu, qu’il n’y avait pas à aller au-delà du travail qui avait été fait en renforçant l’intrados. Qu’on prit en compte les enquêteurs de 1979 ? Je ne suis pas tenu par les conclusions et travaux des enquêteurs de 1979 car leurs conclusions sont des conclusions industrielles.

En 2000, nous n’avons pas refait l’enquête de 1979, nous avons fait le bilan. Nous avions le rapport de 1979 et la note de M LENSEIGNE. C’est l’ensemble de tout ceci qui est résumé dans ce paragraphe. Je ne peux dire si les enquêteurs ont pris en compte le travail fait en parallèle.

La Présidente : cela pousse un peu la donne si le BEA entérine ce que pense le constructeur ?

M ARSLANIAN : c’est un des risques de ce travail ouvert qui est obligatoire, sinon il est incompétent. Ce n’est pas simple. On est obligé de travailler avec tout le monde car c’est eux qui ont la compétence et on risque de ne pas les convaincre. Quand notre rapport sort, il faut que les gens soient d’accord. Les enquêteurs de 1979 ne pouvaient pas travailler en s’isolant mais cela ne veut pas dire qu’ils vont être influencés par le travail fait.

La Présidente : vous avez dit que le BEA ne donnait pas de recommandations autres que techniques.

M ARSLANIAN : je vais être plus précis. C’est plus une recommandation par objectif que par solution technique, c’est une recommandation apportant déjà la solution : faite les choses comme ceci.

Me RAPPAPORT : est ce que c’était compliqué de protéger les réservoirs ?

M ARSLANIAN : ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question.

Me RAPPAPORT : vous dites que vous avez eu le rapport de M LENSEIGNE, comment l’avez-vous eu ?

M ARSLANIAN : je ne sais pas, il était dans mon dossier.

Me RAPPAPORT : le rapport de M LENSEIGNE sur les essais de 1978 à 1980, du CEAT, qui ont fait l’objet de la note de M LENSEIGNE, comment en a-t-il eu connaissance, vu qu’il n’était pas joint ?

M ARSLANIAN : quand j’ai évoqué cette note, j’ai évoqué la note qui est évoquée dans votre rapport de 2001. J’ignore comment j’ai eu cette note, nous l’avons regardé. J’ignore à l’époque ce qui s’est fait. Je pense être partiellement cohérent avec ce que dit M BOURGEOIS qui dit ne pas reconnaître cette note. Je ne parle pas de la même note.

Me BUFFAT : il faut savoir si c’est une note ou une étude, quelle cote ?

Me DALMASSO : Da 3014, feuillet 5 : c’est la note HECKMANN TOULOUSE.

Me RAPPAPORT : je parle de la note de l’année 80 qui conclue qu’il n’est pas nécessaire de protéger les réservoirs. J’ai compris que M ARSLANIAN avait eu connaissance de cette note.

M ARSLANIAN : j’aurais du rester dans le cadre de la loi et ne pas citer de nom, nos rapports sont anonymes. Je remplace LENSEIGNE par Aérospatial. J’ai prononcé ce mot. Je me le reproche.

Me RAPPAPORT : je parle de mémoire, c’est en cote Da 3662.

M ARSLANIAN : je ne suis pas une partie civile, je n’ai pas accès au dossier, je suis en position de faiblesse, je ne peux parler que ce qu’on a eu accès. Je parle d’une étude d’Aérospatial. Je parle de la note que vous avez citée.

Me RAPPAPORT : est ce que c’était M ARSLANIAN qui est intervenu à la suite de l’accident de juillet 2000, qui a eu connaissances des rapports de 1979, selon lui, est ce que c’était compliqué de protéger les réservoirs ?

M ARSLANIAN : Me RAPPAPORT  me prête un rôle que je n’ai pas. J’étais responsable d’une enquête, j’ai regardé ce qui s’est passé, j’ignorais ce dont était fait le revêtement kevlar, ce n’était pas mon rôle, on n’a pas été consulté avant ou après.

La Présidente : si le BEA avait pu recommander un renforcement de l’intrados, est ce qu’il appartenait au BEA de dire si c’était facile ou pas ?

M ARSLANIAN : Cela aurait été de renforcer le réservoir contre les perforations.  Est-ce que c’est facile ou pas, ou comment ? Ce n’est pas l’objectif du BEA.

Me RAPPAPORT : est ce que c’était possible ?

La Présidente : on tourne en rond.

M ARSLANIAN : je ne répondrais pas à cette question, même sous la torture.

La Présidente : M ARSLANIAN  nous dit que ce n’est pas sa compétence.

Me RAPPAPORT : M ARSLANIAN s’est prononcé très activement sur cette question et a eu un rôle sur la suspension du certificat de navigabilité, la question reviendra.

M ARSLANIAN : j’en tremble.

Me BOUSSEREZ : avant de déposer son rapport, est ce que le BEA tient les choses pour argent comptant toutes les conclusions ou est ce qu’il y a un minimum de vérification technique ?

M ARSLANIAN : le BEA a fait le bilan des évènements antérieurs. Il n’a pas refait l’enquête de 1979. Mais implicitement nous constatons quelque chose sur le feu. Dans le cadre de l’accident de Gonesse, les études ont montré qu’il y a un processus de recirculation : une flamme peut remontrer vers la fuite.

Pour les autres éléments, ils ont été pris comme voici la situation en 1979 et après on dit voilà ce qui est fait.

Me BOUSSEREZ : est ce que vous vérifiez les données ou vous ne vérifiez pas ? Si un postulat est faux est à l’origine de la rupture de la chaîne causale ?

M ARSLANIAN : ce n’est pas comme ça qu’il faut réfléchir. Nous étions fasse à un accident, nous avons dit ce qu’était le passé, nous avions travaillé sur les faits de l’accident mais nous n’avons pas été vérifié qu’au cours des 30 années du Concorde. Les choses avaient été faites correctement. C’est dans cette logique que nous avons travaillée.

La Présidente : dans votre rapport de 2000 (De 26), vous imputiez aux enquêteurs et à ceux qui ont fait le rapport de Washington de s’être servis des études et des essais qui avaient été faits pour…

Me BOUSSEREZ : je voulais que M ARSLANIAN infirme ou confirme qu’il y avait une lecture pour vérifier qu’il n’y avait pas d’erreur grossière.

La Présidente : vous parlez de quel rapport, de 1979 ou 2000 ?

Me BOUSSEREZ : c’était pour savoir comment ça se passe, est ce qu’il y a une lecture de vérification. Le degré de contrôle.

M ARSLANIAN : en 1979, il y a une enquête, qui a ses propres conclusions et recommandations qui sont cohérentes avec ce qui a été fait. Il y a peut être eu pollution.

En 2000, nous avons accès à tous ces documents nous les regardons pour avoir le bilan de ce qui a été fait, pour le processus d’agression de la voilure, il s’agit d’un processus extrêmement différent. Nous avons étudié les causes de l’accident.

Pour les documents du passé, nous les avons recensés. Nous n’avons pas identifié les évènements de Gonesse comme précurseurs des évènements antérieurs.

S’il était apparu quelque chose d’énorme, nous en aurions fait état. Ce n’était pas le même accident.

Le Procureur : vous avez dit que les questions de perforations n’ont pas été mises au premier plan parce que les perforations n’ont pas eu de conséquences. A partir de quel type de conséquence la protection des réservoirs serait devenue prioritaire ?

M ARSLANIAN : j’essaie de me placer dans la situation de l’enquête de 1979, où on a un avion abîmé à la voilure, notamment on a un morceau de l’extrados, dans le prolongement du train, qui saute. Il y a des dégâts à l’hydraulique, à l’électricité, un pneu détruit, plus les jantes… Dans ce cadre, les points les plus critiques : l’éclatement des pneus eux-mêmes avec tout ce que cela implique, mais aussi ce qui avait réduit les performances de l’avion. Les problèmes d’hydrauliques avaient pour conséquence la tentative de rentrée de train.

Jusqu’où sont ils allés dans l’analyse des conséquences potentielles ? Ce n’était pas normal que les pneus éclatent comme ça. En réglant ce problème on se ramenait dans des conditions plus normales d’exploitations de l’avion.

Le Procureur : ma question était à partir de quelle conséquence, vous estimiez qu’il fallait s’occuper des questions de renforcement de la protection des réservoirs ?

M ARSLANIAN : l’approche n’est pas la même : on ne sait pas selon quelle démarche ils sont arrivés à ne poser des questions sur la voilure. Est-ce que par ce que le traitement de la cause réduisait cette cause à des possibilités moindres.

Connaissant les évènements de Gonesse, la lecture des évènements passés est différente.

La Présidente : avec la taille des trous, le nombre de trous, le débit… ?

M ARSLANIAN : à l’époque, en 1979, il avait été conclu qu’il ne pourrait pas y avoir de fuite. Pour 2000, il fallait une fuite beaucoup plus importante. En gros dix fois plus importante que la fuite que l’on avait en 1979 et en plus il faut que cela soit des fuites très proches et un énorme débit. Il faut une énorme fuite, pour expliquer la flamme et les conséquences de la flamme.

La Présidente : Air France, M RAFIN, quelle a été la position de l’exploitant ?

M RAFIN : ces modifications ont été des consignes de sécurités, elles ont été appliquées à la compagnie.

La Présidente : la compagnie était associée, d’accord sur ce qui était proposé, attendu par l’exploitant et les autorités ?

M RAFIN : oui mais associé, assez faiblement.

La Présidente : on va attendre M PERRIER, sur les mesures prises.

M PERRIER : le double éclatement, sa probabilité et l’importance des conséquences. Développement d’un pneu susceptible de supporter la double charge, ceci suppose la modification de la roue.

Pour l’hydraulique, j’en ai parlé, il y a la non rentrée de train. Il y a des conditions non analysées dans le rapport de juin 1980 de M BOURGEOIS. On a compris la double perte du circuit vert.

On n’a jamais réussi à comprendre pourquoi le circuit jaune avait perdu du liquide. Quand l’équipage a été interrogé, il a toujours nié avoir manœuvré la manœuvre du train de secours. On a reproduit cette fuite, sur le circuit jaune, sans assécher la bâche. Le circuit jaune permet de sortir le train si le circuit normal ne l’a pas permis. Je n’ai pas participé aux essais sur les circuits jaunes.

Pour la rédaction du rapport d’enquête, j’ai participé aux aspects opérationnels, j’ai eu accès à l’écoute de l’enregistreur de conversation. Je n’ai pas participé aux recherches sur l’hydraulique.

La Présidente : quelles ont été les mesures prises concrètement, comment ces mesures ont été appliquées ? Quelles conséquences elles permettaient de résoudre ?

M PERRIER : le fait de fabriquer un nouveau pneu c’est pour éviter qu’un pneu qui supporte une double charge, n’éclate.

La Présidente : le but c’était…

M PERRIER : c’était d’éviter la surcharge.

La Présidente : cela jouait sur la pression des pneus ?

M PERRIER : on a fait un nouveau pneu, on a augmenté d’une barre la pression des pneus existants, cela n’était pas une solution acceptable.

C’est la première idée, on découvre avec le marchant de roue, qu’il ne pouvait pas accepter le nouveau pneu (Dunlop) les contraintes qu’il y aurait eu sur la jante. En définissant une nouvelle roue, on a ajoute une nouvelle condition, elle ne se rompt pas au contact de la piste.

En fin on change de type de fusible, de type rivets pour vissés, cela ne sera pas une difficulté pour le fabriquant.

La Présidente : est ce que les britanniques et les français ont pris les mêmes pneus ?

M PERRIER : oui.

La Présidente : est ce qu’à l’issue de ces modifications, est ce qu’il était acquis qu’il n’y aura plus d’éclatement, quelles étaient les limites de la modification ?

M PERRIER : la limite était d’éviter le double éclatement, et non l’éclatement sous un corps étranger. Aucun pneu ne peut tenir sous l’éclatement. Cela aurait été une condition irréalisable. On ne savait pas qu’il n’y aurait d’autre incident. Cela écartait le phénomène de mitraillage.

La Présidente : est ce qu’on a envisagé l’hypothèse d’une sur résistance ?

M PERRIER : on ne peut aller au-delà d’une certaine limite. On n‘allait pas augmenter le diamètre du pneu, cela ne l’aurait jamais mis à l’abri d’une agression. On a fait le mieux qu’on pouvait, jusqu’à ce qu’on fasse un nouveau pneu en 2000.

Ensuite l’hydraulique était un souci grave. Deux circuits hydrauliques perdus étaient un phénomène majeur. Si on perd le troisième circuit, on n’a plus de commande de vol, c’est une situation catastrophique. La double panne en aussi peu de temps est une situation de risque majeure. Quelques soient les manœuvres faites par l’équipage, il fallait se mettre à l’abri contre cela. D’où le travail qui a été fait sur le cheminement, sur la tuyauterie endommagé. On se remet en cause par rapport à ces évènements. On va refaire l’hydraulique de façon complète. Dans la suite, on n’aura plus de soucis à ce niveau là.

Pour l’électricité, certaines protection : gainage sur le train.

Ensuite c’est la détection de sous gonflage.

Fin de la prise de note à 19h30.

Journée du 2 avril

2 avril 2010


Début d’audience à 13h45

La Présidente : il n’y a pas d’experts aujourd’hui, c’est normal, M ARSLANIAN est présent, Monsieur le Procureur a versé des pièces au débat qui ne seront pas étudiées aujourd’hui.

Nous allons reprendre les débats, nous avons envisagé l’incident de Dakar et je vais laisser la parole à mon assesseur pour nous parler de l’incident avant Washington.

Assesseur : le deuxième incident que l’on va examiner est  celui du 2 juin 1979, à l’aéroport CDG, il se produit un déchapage au vol, l’avion atterri à l’aéroport de JKF, à New York. Le freinage à gauche n’est pas disponible…

Au retour de l’appareil, il est constaté qu’il se produisait une fuite au niveau de l’extrados. Le déchapage du pneu est du à un dégonflage. L’avis du BEA est à la côte Da 3272 ( ?).

La question des pneumatiques sur Concorde revenait régulièrement : Da 3010, on relève une note d’Air France du 31 mai 1979 et une note du 25 mai 1979, sur les surcharges des pneus.

La Présidente : j’aimerais que les prévenus et Air France nous disent ce qu’ils ont pensé sur cet incident du 2 juin 1979. Vous êtes d’accord sur cette note, la position d’Air France, vous pouvez la résumer ?

M RAFIN : c’était sur le problème d’éclatement et le pneu adjacent ne tenait pas la double charge. C’était un phénomène nouveau. Le premier incident a été Dakar.

La Présidente : Air France a pensé que c’était quelque chose comme Dakar ?

M RAFIN : tout cela s’est passé en très peu de temps.

La Présidente : c’est Air France qui a signalé ce problème au BEA ?

M RAFIN : oui exactement.

La Présidente : M ARSLANIAN, rien à ajouter ?

M ARSLANIAN : non rien.

La Présidente : M PERRIER, comment se situait cet incident, après Dakar ?

M PERRIER : il n’est pas du même ordre, comme cela a été rapporté, l’avion a décollé et a traversé l’Atlantique nord après avoir rentré le train. La fuite hydraulique a été perdue, l’avion a traversé l’océan, avec tous ses circuits hydrauliques. Je voudrais faire une observation quand les experts seront là.

L’avion est arrivé à New York. Il y a eu un remplacement de la tuyauterie cassé par une plus souple. Les incidents ont été mentionnés sur retour à l’aéroport CDG, vis à vis de l’opinion du CHSCT, j’aurais des observations à lui faire quand il sera là.

La Présidente : en tant que prévenu constructeur, je voudrais votre opinion.

M PERRER : nous avions travaillé avec M RICHER. Nous avions les mêmes opinions, la même approche vis-à-vis de l’hypothèse que cela pouvait être la surcharge et c’est dans cette voie que nous allons continuer de travailler. Pour Washington, c’est la certitude que c’est la surcharge.

La Présidente : par rapport à Dakar, il n’y avait aucun élément nouveau ?

M PERRER : non. Il n’y a aucune manifestation visible pour l’équipage de ce déchapage et de la rupture hydraulique. A Dakar, elle ne s’était pas rompue. Les causes et les conséquences entre Dakar et ce 2 juin 1979, c’est un problème de fusible que j’avais mentionné hier comme quelque chose qui était pour nous un souci, nous partageons l’idée. C’est les fusibles qui sont la cause de dégonflage et sous gonflage et ils seront remplacés par des fusibles vissés.

La Présidente : malgré ce qui s’est passé, l’équipage continue le vol, cela vous parait conforme ?

M PERRIER : oui, il demande la rentrée des trains, il note une baisse de niveau du réservoir de liquide, lequel se stabilise. Il n’a perdu aucun élément. La croisière supersonique se passe sans problème. C’est dans l’approche finale de l’aéroport de Kennedy, à la sortie des trains, que c’est l’hémorragie. Il revient au parking sans difficulté.

Il était normal qu’il ne donne pas suite à la baisse se niveau. Il a perdu quelque litre de fluide hydraulique.

La Présidente : au moment où ils ont entamé leur vol, ils se sont aperçus de la baisse de niveau.

M PERRIER : oui. L’officier mécanicien navigant voit que c’est stabilisé. Une fois le train rentré, il n’y a plus de fuite.

La Présidente : une fois que le train est rentré, ils sont sur que c’est stabilisé.

M PERRIER : ils n’ont aucun des alarmes, je confirme que la décision prise par l’équipage est toute à fait normale. Le BEA, en juillet, dans leur rapport préliminaire, ne relève aucune critique ou défaillance quelconque vis-à-vis de l’équipage.

La Présidente : au moment de l’atterrissage ?

M PERRIER : ils arrivaient avec deux circuits hydrauliques sur trois.

La Présidente : M HERUBEL, vous avez quelque chose à ajouter ?

M HERUBEL : je n’ai rien à ajouter, cet incident a été repris dans la liste des incidents en 1993. Mais en 1979, je n’étais pas sur cette affaire.

La Présidente : même question à M FRANTZEN.

M FRANTZEN : je ferais les mêmes déclarations qu’hier, concernant l’incident de Dakar. Vu ma position et le recul, c’est un ensemble constitué par l’incident de Dakar, cet incident et l’incident de Washington. La fameuse note préparée le 26 juillet 1979 et mis à jour le 20 août 1979. Cette note est au pluriel et vise à traiter ces trois incidents. Il est fait référence à une note d’Air France, si elle a été transmise à mes services, elle a été étudiée par le service technique…

La Présidente : avez-vous des questions à poser ? Non ?

Me METZNER : pour Air France, est ce qu’il y a eu un phénomène d’enfoncement de l’intrados ? C’est un élément non constaté à Dakar mais à Roissy ?

M RAFIN : non pas l’intrados.

Me METZNER : c’est la première fois qu’apparaît un impact sur l’intrados ?

La Présidente (reprend ce qu’a dit l’assesseur à ce sujet). Il était indiqué qu’à la suite de cet incident de 1979, que la voilure porte plusieurs traces d’impact.

M RAFIN : ce n’était pas la voilure.

La Présidente : le rapport de M BOURGEOIS, p 19, reprend cet élément. Plusieurs impacts sous voilures sont constatés.

M PERRIER : deux choses différentes dans ce compte rendu : il y a des traces d’impact à l’intrados de la voilure. Et en revanche, à l’extrados, dans la case de train, sur cette zone qui serait si gravement déformée avec un panneau arraché, on relève de légères déformations de 3 à 10 mm. Le constructeur donne une autorisation spéciale de poursuite des choses avec une inspection de l’évolution.

Me METZNER : c’est une autorisation de 15 jours ?

M PERRIER : je ne peux pas vous dire.

Le Procureur : sur l’extrados, je voudrais rappeler à M PERRIER qu’il a été noté cinq criques.

M PERRIER : de la case de train. Dans la voilure, vous avez des parties résistantes, vous avez un panneau qui ne supporte aucun élément structural.

Le Procureur : justement comme c’est la même zone géographique, comme on a noté cinq criques, est ce que vous pensez que ce qui s’est passé à Washington est du aux criques qui n’avaient pas été réparées depuis ?

La Présidente : sachant que c’était le même avion.

M PERRIER : on n’a pas pu établir une corrélation à l’époque. L’hypothèse qu’on a noté : cela avait été arraché par un très gros morceau de pneu.

Même sans défaut préexistant, pour le résultat du 2 juin, nous avons toujours pensé qu’un énorme morceau avait emporté ce morceau de panneau. On n’a pas fait d’analyse métallurgique

Le Procureur : c’est la même zone ?

M PERRIER : oui.

Le Procureur : rubrique ATA 32, j’ai trouvé en Da 1884, p 5, qu’il y enfoncement de l’intrados, au niveau de la roue 6.

M PERRIER : si cela a été dit, c’est vrai. C’est un dommage qui nécessite une réparation locale, il nécessite de trépaner au niveau de la zone. Il faut procéder à la réparation.

Le Procureur : c’est la première fois que l’intrados est touché et laisse échapper de l’essence ?

M PERRIER : oui oui, mais je n’ai pas retrouvé ce document dans les archives, elles ont été saisies.

La Présidente : c’est les documents remis par Air France ?

M PERRIER : ce document n’est pas dans les archives.

La Présidente : oui

M PERRIER : Air France a été meilleur conservateur de Toulouse.

La Présidente : pas d’autres observations ? Nous allons passer à l’incident de Washington, qui va nous retenir plusieurs audiences. Mon assesseur va faire un compte rendu.

Incident de Washington :

Assesseur : je vais décrire l’incident avec les documents du dossier.

Un compte rendu est présent dans le rapport préliminaire du BEA à la cote Da 3072. On a également un rapport expertise à la cote Db 385.

L’incident se déroule à l’aéroport de Washington. Au départ, la V1 est à 166 kt,… au décollage, vers 175 kt, deux bruits d’explosion sont perçus dans le cockpit et l’équipage sent des vibrations. L’avion quitte le sol six secondes après le top décollage. Les deux pneus arrières du train principal gauche sont détériorés. Deux tentatives de rentrée de train sont essayées mais elles demeurent impossibles. Puis il est décidé de rentrer. Il est constaté la présence d’un trou dans l’aile gauche. Dans un premier temps, ils choisissent de se poser à Baltimore puis décident après d’atterrir à Washington. L’avion atterri en surcharge, il est immobilisé sur la piste. Les pompiers interviennent pour éteindre le feu.

Les dégâts : les pneus 5 et 6 sont détruits, il y a des pneus détériorés, l’intrados est troué, il y  a des perforations… du carburant s’écoule par 16 perforations, il y a des dégâts sur les réacteurs.

On retrouve le même descriptif des incidents chez le BEA.

En vol, on constate la perte du circuit hydraulique vert, la perte du circuit hydraulique jaune de secours. Lorsque l’avion a atterri, le commandant de bord a fait usage des freins de secours.

L’origine de l’incident est dégonflage de la roue 6, entraînant une rupture sous surcharge du pneu 5, avec une perte de poussée et un blocage d’un réacteur.

Dans le compte rendu d’Air France : on note de nombreux impacts sur l’intrados et sur les réacteurs, 13 perforations…

Cet incident a donné lieu à des commentaires :

- le 20 juillet 79, note du BEA (Da 3071) qui mesure la gravité de l’incident.

- le NTSB indiquait que l’appareil s’était trouvé dans une situation potentiellement catastrophique (Da 3283).

- M BOURGEOIS (Da 3999) estime que c’était un miracle que l’avion n’ait pris feu. Il qualifie cet incident d’accident.

Concernant les analyses techniques et scientifiques : à la lecture du dossier, nombre des travaux réalisés dans la deuxième partie de l’année 1979 sont le fruit de mises en commun de moyen matériel et humain. Les documents regroupent plusieurs services.

- Da 3038 : il y a une réunion du 19 juin 1979, et un compte rendu le 21 juin 79 décrit les taches à accomplir et la répartition de celles-ci.

L’incident de Dakar était une alerte et l’incident de Washington les a mis au pied du mur. A la lecture du document, on sent une période d’effervescence.

Les services de l’Etat et le SFACT, le 26 juillet 1979, ont rédigé une note, (Da 3073) où  il convient de déterminer si et quand la satisfaction des objectifs de certification seront remplis. A la fin, on retrouve une note de M FRANTZEN.

M BOURGEOIS, a commenté ces conclusions : « on se dit qu’on ne devrait pas laissé voler l’avion » Da 3999.

Plusieurs notes sur ce sujet sont citées, Da 4067.

Résumé de ces documents :

- Les analyses faites par le constructeur : note du 6 juillet 79 de M LENSEIGNE (Da 3662).

- Note du 10 août 79 (Da 3097) sur le risque éclatement pneu roue à grande vitesse (de M LENSEIGNE). Cette note constitue les pistes de recherches qui vont aboutir aux essais et aux autres investigations qui ont été entrepris.

J’ai parlé de la réunion du 22 août 1979 (Da 3691). C’est une réunion où il est parlé du fait qu’Aérospatial a présenté un document où il est procédé à l’évaluation des risques de l’éclatement des pneus et des mesures à envisager pour limiter les risques. Est joint une pièce manuscrite, remise par la DGAC, qui liste les objectifs « incident pneus roues, revues des actions prises par les constructeurs considérés, par les autorités de certification franco britannique ».

Du point de vue de l’exploitant, Air France, on trouve un rapport du 9 juillet 1979 (Da 3041) et un autre (Da 3039) du 8 octobre 1980.

Sous l’angle du BEA (Da 3067), on a un rapport de M BOURGEOIS, du 18 juin 1979, qui fait suite à une réunion tenue à Washington. M BOURGEOIS indique il est retenu que l’évènement est un incident et pas un accident, au regard de la réglementation américaine et l’annexe 13 de la convention de Chicago. Mais le NTSB estime qu’il s’agit un accident.

Le 23 octobre 1979, le BEA établit un rapport intermédiaire et qui fait suite à une réunion tenue à la DGAC (Da 3081).

Le BEA a également fait des recommandations (Da 2990). Dans son rapport (De 26), il relève que parmi les évènement qui ont conduit à la perforation des réservoirs sont les premiers du genre et ceux qui ont causé les dégâts les plus significatifs. Les dégâts résultent d’impacts, de trois perforations des réservoirs. L’un de ses perforations a été entraînée par un morceau de pneu.

Quant aux essais, il y en a deux séries : les premières ont été commandées le 7 novembre 1979 et portent sur l’impact de fragments de pneus sur la voilure Concorde (Da 3689).

Les seconds essais, le 1er avril 1981, complètent l’étude d’impact de pneus sur la voilure Concorde. Le rapport sur ces essais est rendu le 20 mai 1981 (Da 3714).

La Présidente : après ce bref résumé, on va reprendre les différents éléments sur ce qui s’est passé pour Washington. J’aimerais entendre la position de chacun. On va voir le constat fait par les différentes parties, les réactions.

On va commencer par le BEA, M ARSLANIAN venez à la barre. On sait que vous n’étiez pas au BEA à cette époque, c’était M BOURGEOIS qui y était. Mais en tant qu’ancien directeur du BEA, c’est intéressant de voir ce que vous pensez. Qu’est ce que ça vous dit la notion de « reportable incident » ?

M ARSLANIAN : aujourd’hui, oui dans la mesure où l’arrêté que j’ai signé en 1993 est une liste d’incidents pour lesquels il faut rendre compte. Nous sommes devant la notion d‘incident grave qui commence à émerger dont on verra la matérialisation dans l’annexe en 1994.

La Présidente : on peut traduire cela par incident grave ?

M ARSLANIAN : oui.

La Présidente : que pensez vous de la qualification de cet incident ? Il y a eu une discussion sur incident/accident hier. On a dit que cette qualification n’avait pas d’impact sur la manière dont les faits sont gérés. Est ce que c’est fréquent qu’il y ait discussion sur ces éléments, est ce que ces discussion avaient ses raisons d’être ?

M ARSLANIAN : pour la première partie de la question, c’est loin d’être exceptionnel. Les définitions sont générales et s’appliquent dans les cas clairs. Il y a malheureusement des cas à la marge, des incidents collatéraux. On est dans le hors norme. Effectivement, plus d’une fois et je dirais très probablement plus d’une fois par an, la question se pose, sommes nous devant un accident, incident gave, incident ?

Pour la deuxième partie de la question, l’annexe 13 ne gérait que le traitement de la question. Passer à un incident facilitait le transfert de l’enquête du NTSB au BEA. Le NTSB ne s’est pas désintéressé de l’enquête mais il s’agit d’une délégation d’enquête. Pourquoi ? Sûrement pas parce que la FAA a fait pression, c’est encore des fantasmes. Déléguer c’est difficile, cela peut apparaître contraire aux textes.

Avant la loi de 1999, ce n’était pas une chose aussi simple que ça. De ce point de vue, sous qualifier l’évènement, n’était pas inutile, cela ne portait pas sur la réalité de l’enquête. Personne n’en doute.

La Présidente : j’ai sous les yeux le rapport de M BOURGEOIS, quel intérêt cela avait pour le NTSB de faire cette délégation au BEA ?

M ARSLANIAN : ce n’est pas parce que c’est plus facile pour les français parce que c’est un avion français. Dans une enquête, il y a toujours le représentant de l’Etat constructeur et l’Etat de l’accident. On est plutôt devant quelque chose qui est effectivement souhaitable dans le cadre de l’accident. Il est plus facile de travailler là où est l’avion. Tout était là. Si cela avait une catastrophe aérienne, si l’avion avait été détruit en plein vol, les difficultés auraient été les mêmes. Le NTSB délègue l’enquête parce que c’est du bon sens et aussi parce qu’il a confiance dans les capacités du BEA à mener l’enquête.

La Présidente : je fais référence à la qualification sur la discussion, elle a eu lieu entre le BEA et le NTSB, ce n’est pas l’exploitant qui a donné la définition ?

M ARSLANIAN : oui c’est toujours le service d’enquête qui donne la définition. Ce sont des points qui sont très souvent à la marge. Pour la définition internationale, je l’ai relue, j’avoue que même avec le recul, les deux qualifications restent possibles. On a des dommages qui remettent en cause les qualités de vol de l’avion. Une non rentrée de train est qualifiée d’accident. Quelque soit la voie que l’on prend, on a des arguments en faveur de l’autre thèse. Les souvenirs de M BOURGEOIS ne sont pas ceux dans la déclaration qu’il a fait. De toute façon, cette discussion avait un objectif : faciliter le travail sur cet évènement, de manière sereine. Baisser la qualification avait un objectif de sérénité.

La Présidente : dans ce même rapport de M BOURGEOIS, qui dit que le responsable du NTSB est le seul à pouvoir répondre aux questions des journalistes et que les représentants du BEA et de l’AAIB en fassent de même. Il ne s’agissait pas de renouveau de faire renaître la polémique ?

M ARSLANIAN : oui en rajoutant la crainte qu’ont les services d’enquête, des déclarations irresponsables qui compliquent le travail.

La Présidente : j’ai lu le rapport, Da 3999, p 8 (fichier Da 3995 – 3999) de M BOURGEOIS (où il parle de la qualification d’incident), vu ses déclarations, vous dites que c’est une discussion qui n’a rien d’exceptionnel, vous dites que c’est le résultat d’une concertation entre les différents intervenants ?

M ARSLANIAN : je trouve qu’ils ont perdu beaucoup de temps pour parler de la qualification, il aurait du parler des moyens d’action. Non, M BOURGEOIS ne s’est pas fait influencer. Il devait être satisfait.

La Présidente : si quelqu’un devait imposer une qualification à l’autre, c’était le NSTB ?

M ARSLANIAN : oui l’évènement s’était produit aux Etats-Unis, c’était le NSTB.

La Présidente : sur la note du BEA, Da 3071, du 20 juillet 79, il est fait référence aux deux incidents antérieurs, pour l’incident de Washington. Que pensez vous de cette façon de s’exprimer, de parler qu’une catastrophe a été manqué ? Quel est votre sentiment ?

M ARSLANIAN : il ne s’agit pas d’un rapport du BEA, c’est une note confidentielle.

La Présidente : mais qui émane du BEA.

M ARSLANIAN : oui. Justement, comment fonctionne un service d’enquête ? Il fonctionne par rapports et par recommandations urgentes en cas de besoin. C’est une note rédigée dans la folie du retour de M BOURGEOIS. C’est une note faite à chaud.

La Présidente : il y a eu le rapport avant.

M ARSLANIAN : oui. « Une catastrophe a été évité ». On est à chaud. Ce n’est pas un rapport mais une opinion donnée par des gens compétents, qui donnent leur sentiment. Pourquoi l’envoie de cette note à Air France ? Il y a besoin de prendre des mesures. On veut attirer l’attention. Il est clair que tout le monde est conscient de l’importance de l’évènement.

Il y a une note qui est écrite, avec le style qu’il a, et qui veut montrer que cet évènement ne doit pas être oublié, il faut faire quelque chose.

La Présidente : dans la cote Da 3014, il dit :

QUESTION : Vous avez été désigné pour effectuer consécutive à l’incident survenu à Washington le 14 juin 1 de cette enquête ?

REPONSE : On m’a réveillé tin matin, je suis parti aux U personne n’avait touché à l’avion et l’équipage était déjà demandez si c’était sur décision d’Air France ou par décisi n’ai pas osé le demander. Mais vu les difficultés que j’ai eues titre d’exemple il m’a fallu trois mois pour obtenir une écoute du C.V.R. avec l’équipage concerné, dans le cockpit. Vous savez, l’enquête s’est surtout faite à PARIS, entre le directeur général de l’aviation civile, le directeur général d’Air France été celui de Sud Aviation. C’était des réunions politiques, personne n’y connaissait rien du Concorde, mais ça ne faisait rien, l’avion était réparé. En juin 1980, j’ai remis le rapport que Vous avez sous scellé BEA 2 en main propre au Ministre des Transports de l’époque, il s’agissait de Joël LE THEULE. Il est décédé depuis. Ca n’est pas un rapport officiel définitif. IL ‘a juste été remis aux autorités françaises, américaines, anglaises et aux constructeurs et compagnies exploitantes. D’ailleurs, il y a eu un certain nombre d’observations, notamment des autorités américaines.

QUESTION : Avez-vous pu mener cette enquête comme vous le souhaitiez ?

REPONSE : Non, j’ai eu du mal à faire cette enquête. Moi j’essayais de faire une enquête technique, mais je me heurtais aux autorités qui ne voulaient pas qu’on mette certains éléments sur la place publique. ; Elles voulaient éviter toute publicité. Dans le rapport, figure un certain nombre de recommandations qui sont raisonnées. Je constate que certaines n’ont été appliquées que 21 ans plus tard, après l’accident de juillet 2000. Cela étant, l’application de ces recommandations n’aurait pas empêché l’accident de NESSE. Le début est pareil : un pneu éclaté, mais la suite est très différente. A Washington dans l’intrados, il n’y avait que des petits trous. A GONESSE, il y a eu un trou énorme dans le réservoir. A Washington, il n’y a pas eu feu, même s’il est certain que ce feu aurait pu se déclarer.

Est-ce que vous pensez que M BOURGEOIS a pu être en difficulté face à ce manque de coopération ?

M ARSLANIAN : il est clair qu’il l’a ressenti et c’est peut être une des raisons de la note confidentielle dont vous avez mentionné. C’est difficulté de parler d’une enquête et des relations à une époque où on n’était pas présent. Dans toute enquête, on n’est pas devant quelque chose de serein. On a des gens motivés, qui veulent aller vite pour comprendre ce qui s’est passé. Le service enquête doit exercer son activité pour recentrer le débat et dire qu’il y a une règle à appliquer. Ce n’est pas toujours simple et encore moins à l’époque, le BEA était un tout petit organisme.

Il faut être prudent avec les mots, le BEA de l’époque n’est pas celui d’aujourd’hui. Les relations avec les différents partenaires ont été difficiles. Mais il ne faut pas croire que c’est plus le cas aujourd’hui. Il y a en permanence une tension et si vous ajoutez le caractère entier des personnes, il y a des ténors dans ce monde de l’aviation. On peut avoir des accrochages. Il a sûrement mal vécu que des personnes de haut niveau s’entretiennent de son enquête. Mais encore là, nous sommes là pour dire ce qui s’est passé. Il a fait son enquête, il a eu des difficultés mais c’est aussi le rôle d’un enquêteur.

Le BEA se retrouve face à des éléments qui sont compliqués. C’est beaucoup plus simple comme enchaînement que l’accident de Gonesse mais cela reste compliqué. Il y a des accidents qui sont simples, on comprend et on voit comment on est arrivé à cet enchaînement. L’éclatement du second pneu c’est par surcharge mais on ne connaît pas la cause du premier. Pour les dégâts, on se demande s’il aurait pu être plus grave. Il y a toujours une frustration de l’enquêteur face à une catastrophe et les accidents complexes.

Et à côté il y a les incidents. L’équipage est rentré en France. Cela me gêne. Il y a eu un accord du NTSB.

Il dit qu’il a eu mal à écouter le CVR. Revivre l’évènement avec le CVR n’avait rien de réjouissant pour l’équipage.

La Présidente : quand on va vu la difficulté pur interpréter un CVR, c’est nécessaire pour l’équipage de l’écouter pour donner des renseignements

M ARSLANIAN : il faut être prudent, il peut y avoir des erreurs d’interprétations qui influent.

La Présidente : le rapport qui figure au dossier du 26 juillet 1979, M BOURGEOIS indique que c’est celui qui l’a signé et non son supérieur hiérarchique, c’est normal ?

M ARSLANIAN : oui c’est normal. A cette époque, c’est l’enquêteur qui signait.

La Présidente : il dit que personne ne voulait faire le rapport. C’est lui qui a signé et non son supérieur hiérarchique, il dit qu’il ne voulait pas le signer.

M ARSLANIAN : je me demande pourquoi cette réflexion, cela n’a pas de sens. Je connais bien M BOURGEOIS et son caractère, tout n’est pas choquant dans ce qu’il dit. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Là je suis désarçonné. Je ne vois pas l’intérêt que le supérieur ne signe pas. Comme l’a rappelé M FRANTZEN, c’est celui qui signe qui prend la responsabilité.

La Présidente : pourquoi maintenant, c’est plus l’enquêteur qui signe ? Qu’est ce qui fait que maintenant qu’il n’y a plus de signature de l’enquêteur ?

M ARSLANIAN : y a des avantages et inconvénients à la signature d’un rapport. Le rapport est une œuvre collective, l’enquêteur est un coordinateur, ce n’est pas lui qui a fait tous les actes. La signature c‘est quelque chose de restrictive et elle créé une sorte de propriété de l’enquête. Or c’est le danger. C’est malsain de considérer qu’un Etat est le propriétaire d’un rapport.

Quand nous faisons une enquête, nous avons une responsabilité implicite d’associer ceux qui y ont participé et ceux qui ont un intérêt au retour de cette enquête.

La Présidente : on a parlé du rapport de M BOURGEOIS, qui est neutre, et cette note confidentielle, vous avez expliqué que la note avait été faite à chaud mais la note restait confidentielle contrairement au rapport, qui pouvait être diffusé ?

M ARSLANIAN : c’est moi qui l’ai fait mettre sur notre site.

La Présidente : le rapport n’a pas le même rapport de diffusion ?

M ARSLANIAN : les rapports confidentiels sont des assiettes de miel attrapes mouches.

Confidentielle oui elle l’était mais toute la correspondance échangée dans le cadre d’une enquête est confidentielle.

La Présidente : pas le rapport ?

M ARSLANIAN : tant que le rapport n’a pas été rendu public, il est confidentiel. Ce n’est pas toujours très simple. Nos partenaires, y compris dans les pays étrangers, sont souvent sous pression, on leur demande des choses, souvent par des organismes officiels.

Il est important que la confiance puisse exister entre les différents partenaires. Il y a besoin d’ordre, ce n’est pas aussi simple que ça.

Cette note faite à chaud n’a pas les caractéristiques d’un rapport. C’est plus une alerte d’un enquêteur qui a vu les éléments. Il a fait la note aussi ému, les mots sont aussi forts, c’est du à l’émotion. L’impression que ce n’est pas un évènement banal, qui amènera à modifier sensiblement certaine partie de l’avion, les roues. Peut être, cette crainte de M BOURGEOIS que vous avez ressenti de l’évènement de Dakar, il dit que c’est sérieux, il faut qu’on travaille.

Il y a l’intuition et la connaissance d’une personne qui connaît bien l’avion pour dire que ce n’est pas un évènement mineur et la crainte que d’autres n’aient pas la même évaluation de l’avion et que rapidement il s’en désintéresse ?

Assesseur : c’est inhabituel, pourquoi ne pas avoir fait des recommandations urgentes si la sécurité était en jeu, pourquoi avoir fait une note confidentielle ?

M ARSLANIAN : c’est pour ça que je dis que cette note est le désir de M BOURGEOIS de dire qu’on est face à un évènement grave, qu’on ne doit pas tourner la page.

La Présidente : qu’est ce que qui vous dit que c’est M BOURGEOIS qui a écrit cette note. Quand je regarde le document, je ne vois nulle part le nom de M BOUGEOIS ?

M ARSLANIAN : c’est une note très technique, je ne peux pas affirmer que la note est de M BOURGEOIS mais quand on a fait de la musique, on a de l’oreille, on reconnaît tel ou tel interprétation. C’est une intuition basée sur une connaissance des personnes.

La Présidente : des questions à poser à M ARSLANIAN ?

Me RAPPAPORT : une observation, M ARSLANIAN a dit que nous avons une vision aseptisée de ces évènements. Non ni les parties civiles ou le tribunal n’ont une vision aseptisée, l’émotion qui a précédé ces évènements demeurent parmi ceux qui sont victimes de cet accident…

Il a été question des raisons qui ont fait que ce n’est pas le NSTB mais le BEA qui a fait cette enquête, il a fait référence aux difficultés que la France a rencontrées pour que l’avion soit exploité aux Etats-Unis. J’ai cru comprendre dans votre rapport, que votre collègue faisait un lien entre les difficultés entre l’exploitation et on a chargé la France de faire cette enquête. Est-ce que M ARSLANIAN pense qu’il y a eu une relation de cause de relation à effet ?

M ARSLANIAN : bien sur je suis au courant, j’étais au courant de tout ce qui était en rapport avec le Concorde, les problèmes d’environnement. Mais un service d’enquête n’a pas à entrer dans ces considérations. C’est une réunion de technicien et il n’y a pas de raison particulière. Il n’y a pas de bonnes solutions.

Des techniciens se réunissent et décident qui sera le mieux à même de mener l’enquête. Vouloir rajouter un glaçage politique pourquoi pas mais ça relève du fantasme.

La Présidente : petite précision, pour cette note confidentielle, Da 3071, elle devait être diffusée à qui ?

M ARSLANIAN : ce sont les sigles du réceptionneur.

La Présidente : on voit des cachets.

M ARSLANIAN : n n’envoie pas de lettre avec un cachet.

La Présidente : on identifie Air France.

M ARSLANIAN : oui la lettre est envoyée clairement à Air France. Normalement il n’y a qu’un destinataire mais je n’exclus par qu’à un moment il y a eu d’autres bordereaux.

Je ne peux pas affirmer qu’il y a eu un envoie parallèle avec le numéro 703 C.

La Présidente : vous êtes d’accord M RAFIN ?

M RAFIN : il y a un premier tampon, oui et cela a été réparti dans les différents services.

La Présidente : elle a pu arriver à qui cette note ?

M RAFIN : le directeur général.

Me SOULEZ LARIVIERE : on tourne autour du pot depuis trois quarts d’heure. On ne parle pas du principal. Est-ce que dans le traitement de l’enquête, il y a eu un complot ?

La Présidente : c’est bien vous allez au-delà de ma pensée. Mais je ne suis pas d’accord. On est face à un témoin qui nous dit qu’il y a eu quelque chose.

Me SOULEZ LARIVIERE : il faut que cela soit dit explicitement.

Me RAPPAPORT : est ce que M ARSLANIAN a participé à l’enquête de Washington ?

La Présidente : est ce qu’il y a  eu complot au sujet de l’enquête de Washington ?

Me RAPPAPORT : non il ne le pense pas.

M ARSLANIAN : je suis d’accord, aucun complot.

Pour autant que je sache, sur la base des documents que j’ai pu consulté et des personnes que je connais, que j’ai rencontré, après les évènements en question, sur la base du fonctionnement de l’aéronautique, non. J’ajouterais pour rassurer ceux qui douteraient de ma parole, une enquête n’est pas le fait d’une personne. S’il y avait complot, il faudrait que tout le monde soit d’accord, ce qui est impossible, compte tenu de la diversité géographique ou en terme d’intérêt ou de métier, c’est impossible.

La Présidente : mais ce complot, s’il y en avait eu un, il serait à quelle fin ?

M ARSLANIAN : je bredouille, il y a un retournement de situation. Je me retrouve à défendre un complot auquel je ne crois pas.

L’intérêt de tous n’est pas de cacher, parce que d’abord la survie des entreprises est dans la sécurité, la manière dont elles traitent l’évènement.

Me MIGNON : j’ai juste une précision factuelle pour terminer la question. Le rapport du BEA de juin 1980 a bien été annexé au rapport du NTSB à la cote Da 3661.

La Présidente : il faut que les gens comprennent que je dois faire une instruction avec les témoins, les éléments du dossier, les experts. Le débat n‘est pas entre experts et prévenus mais entre les différents intervenants. Le tribunal avait vu ce point.

Me MIGNON : comme nous avons parlé de la note GUILLEVIC, je pense que ce rapport reflète la position du BEA à cette époque.

La Présidente : nous avions vu en voyant le dossier, que ce rapport était bien au dossier.

Me BUFFAT : l’importance qu’on donne à cette note est exagérée. Si on prend en sérieux cette note, on pense que le BEA et Air France seraient au courant de situations catastrophiques sur des gros porteurs, sans rien faire. Je partage l’opinion de M ARSLANIAN, cette note avait juste l’intention d’être alarmiste. Les conclusions de cette note vont être contredites par le rapport du BEA.

La Présidente : le rapport qu’indique Me MIGNON est à la cote Da 2992.

Me METZNER : M ARSLANIAN, nous n’aurons pas la possibilité d’interroger M BOURGEOIS. Est ce qu’il est habituel, normal qu’un inspecteur aille personnellement remettre un rapport au ministre en direct, sans passer par sa hiérarchie ?

M ARSLANIAN : pour la remise du rapport au ministre : il est exact qu’à cette époque, l’enquêteur (et pas inspecteur) aille présenter son rapport au ministre mais cela ne veut pas dire qu’il est seul. J’ignore qui l’accompagnait à cette époque. C’est normal car la relation de subordination était plus forte qu’aujourd’hui. L’enquêteur allait rencontre compte de son enquête. L’enquêteur qui avait fait l’enquête c’était M BOURGEOIS.

Me METZNER : dans l’administration, il est classique de passer au travers de la hiérarchie. Da 3014, en juin 1980, il dit qu’il a remis le rapport au ministre des transports, il ne parle pas d’autres personnes. Je pensais qu’il fallait mettre sous couvert dans l’administration ?

M ARSLANIAN : les enquêtes et le BEA n’ont jamais été une administration très classique. Il est aberrant dans l’administration française qu’un responsable de service ait autorité pour parler en son nom et pas sous les ordres du ministre. Je pense que M BOURGEOIS n’était pas seul.

Me METZNER : je ne pourrais pas lui poser des questions pour des raisons de santé.

Me RAPPAPORT : il était avec M CHAMPION.

Me METZNER : M BOURGEOIS était enquêteur, militaire, il connaît la hiérarchie, il respecte les procédures hiérarchiques.

M ARSLANIAN : encore une fois, le BEA n’est pas une administration normale. Le devoir de faire des enquêtes détachées de toute pression était net.

Me METZNER : vous parliez de M BOURGEOIS qu’il a pu être passé dans cette expression. A  mon sens, M BOURGEOIS était un militaire…

La Présidente : Da 3099, M BOURGEOIS dit qu’il n’est pas l’auteur de la note. On fait dire à M BOURGEOIS des choses qu’il n’a pas dit.

Me METZNER : il a déclaré Da 3999, p 8 :

« Le Ministre, je l’ai vu deux fois en fait, pour chacun de mes rapports : le préliminaire et le « définitif ». On pourrait presque dire mes projets de rapports. J’ai porté le premier au cours de l’été 1979. C’est le chauffeur de M. GUILLEVIC qui m’a conduit au Ministère des Transports.

Personne ne voulait expliquer au Ministre ce qui s’était passé, c’est pour ça qu’on m’a envoyé vu que j’étais l’auteur du papier. Vous remarquerez d’ailleurs, que ça n’est accompagné d’aucune signature, d’aucun bordereau et que ce procédé est un peu étrange. J’ai été reçu par le Ministre dans son bureau. Etait également présent son conseiller technique, M. FORGEARD, qui n’a quasiment rien dit. Il n’y avait pas de secrétaire et aucune note n’a été prise. J’ai présenté mon rapport préliminaire.

Le Ministre m’a demandé si ça pouvait se reproduire. J’ai répondu « bien sur, on ne pourra jamais empêcher totalement les pneus d’éclater ». C’est alors qu’il m’a dit « on arrête les avions ». Je lui ai dit « non pas comme ça, je lui ai fait un petit cours, lui ai expliqué que quelques mesures avaient déjà été prises par Air France, qu’elles étaient insuffisantes, qu’il fallait faire d’autres études, changer les procédures, etc. »

M ARSLANIAN : il ne m’appartient pas de dire qui est un militaire ou pas. M BOURGEOIS n’aurait jamais signé un papier auquel il ne croit pas. Il est y aller.

Me METZNER : on lui pose la question :

QUESTION: Quelqu’un d’autre a t-il assisté à cette réunion ?

REPONSE : Non. Vous me demandez si M CHAMPION du SFACT n’était pas là. Ca n’étonnerait

La Présidente : il faut lire la suite.

QUESTION : Avez-vous dit au Ministre qu’à Washington, une catastrophe avait été frôlée?

REPONSE : Je ne m’en souviens plus précisément, mais j’ai certainement dit que l’avion aurait dû prendre feu et que c’était un miracle que ça ne se soit pas produit. Il faut dire que l’affaire de Nice était encore fraîche dans mon esprit. Vous me donnez connaissance des déclarations de M. CHAMPION. Alors il aurait été là ? C’est possible. FRANTZEN n’y est pas allé, il aurait envoyé un petit nouveau. C’est possible.

Me DALMASSO aimerait entendre la position de M PERRIER sur ce point.

M PERRIER : j’ai rencontré M BOURGEOIS qui a dit qu’il était heureux de mener l’enquête. Cette position m’a été confiée.

Je tiens à signaler qu’on n’était pas dans une position de difficulté avec les Américains, qu’il n’y avait rien à obtenir d’eux. La FAA avait certifié l’avion.

Vis-à-vis de la position de catastrophe que M BOURGEOIS a exprimé dans ce courrier, je ne commenterais pas ce courrier. Je dirais que dans les extraits des deux dépositions devant le Juge d’instruction en 2004 et 2005, il n’est plus sous l’effet de l’émotion d’un incident. Il est quatre et cinq après à dire qu’on a frôlé le miracle, etc alors que ses rapports sont terminés.

Point suivant, vous avez lu qu’il avait considéré que cet enquête avait été faite par le directeur générale d’Air France… M BOURGEOIS a créé une commission d’enquête et m’a choisi pour y participer. Il n’a jamais manifesté le fait qu’il ait rencontré la moindre difficulté de travail que ce soit dans les groupes qu’il avait constitué.

Pour avoir travaillé depuis le jour où l’avion a eu cet ennuie le 15 juin 1979 et avoir travaillé jusqu’en 1980 en relation avec M BOURGEOIS, je suis loin d’imaginer un complot.

Le rapport préliminaire est très structuré et le rapport de juin 1980 sont de très bons rapports. Dire que l’enquête a été faite par des gens qui ne connaissaient pas le Concorde, c’est une contre vérité.

Pour l’écoute du CVR, la lecture avec les trois membres de l’équipage tardive est due aux vacances. On voulait les écouter en même temps avec tous les membres de l’équipage. Il n’y a pas eu de gênes de ce côté-là.

Je suis navré de voir que M BOURGEOIS en arrive avec un souvenir déformé alors qu’il a mené une enquête de qualité.

La Présidente : M ARSLANIAN vous pouvez regagner votre place.

Je voudrais que M RAFIN nous indique sur le rapport d’incident :  Da 3039 : est ce que vous souhaitez faire des observations ?

M RAFIN : je n’ai pas grand-chose à ajouter mais seulement que les autorités ont pris ce problème au sérieux pour trouver des solutions.

La Présidente : vous vous souvenez avoir été destinataire de cette note (enfin Air France). La note confidentielle était du 20 juillet 1979, vous vous souvenez ?

M RAFIN : non.

La Présidente : l’avion est revenu comment ?

M RAFIN : il a été réparé pour le rendre volable, il a été dépanné par les mécaniciens de New York et il a été convoyé en subsonique, sur les ateliers Air France.

La Présidente : il est revenu quand après ?

M RAFIN : je ne sais pas.

Me GARNAULT : c’est une réflexion. On est partie civile, M RAFIN n’est pas sachant mais représentant, il ne faut pas lui en vouloir s’il ne sait pas répondre. Il connaît des choses mais il ne faut pas lui faire grief s’il ne répond pas.

La Présidente : je le considère pas comme un sachant mais comme une partie civile. M PERRIER va nous donner la réponse à cette question.

M PERRIER : ce qui a été décidé, avec un ingénieur de notre service après vente : Air France a envoyé une équipe de CDG, remarquablement équipée, par un remarquable chef d’équipe. L’avion est resté sur le taxiway, il avait une tente. L’avion est rentré le neuvième jour en subsonique.

La Présidente : c’est vous qui était le représentant d’aérospatial ?

M PERRIER : oui.

Audience suspendue à 16h36.

Journée du 1er avril

1 avril 2010

Début d’audience à 13h44.

La Présidente : il n’y a pas eu de versement de pièces aujourd’hui. Comme nous l’avions décidé hier, nous n’avons pas procédé à l’audition de M HECKMANN, nous allons l’entendre maintenant.

(Règlement des dates où M HECKMANN sera entendu : il était prévu à partir du 14 avril. Il préfère être entendu le 15 et 16)

Audition de M HECKMANN : (cité par le Procureur et par M PERRIER)

M HECKMANN : j’ai 65 ans, je suis retraité d’Airbus.

La Présidente : vous souhaitez éventuellement présenter un power point, je n’ai pas d’opposition mais je souhaite recueillir l’avis des parties, pas d’opposition ? Non, pas de difficulté. Le tribunal vous écoute.

M HECKMANN : j’ai préparé une présentation pour le cadre réglementaire du Concorde.

La Présidente : nous avons entendu ce qu’est une certification.

M HECKMANN : je vais présenter du complément. On va passer sur des notions de bases, des définitions, sur la réglementation Concorde.

(M HECKMANN donne la définition du système) la structure ne fait pas partie du système.

La navigabilité dans un système : l’aptitude du système à suivre sa fonction.

La notion de risque : c’est une grandeur en deux dimensions, d’un côté la gravité des conséquences et la probabilité d’apparition.

Quand on parle des risques, au niveau des avions, on rentre dans la maîtrise du risque. Plus une probabilité est forte, moins les conséquences doivent être graves. On peut représenter cela par une courbe : zone risque acceptable et zone risque non acceptable, qui donne le critère d’acceptabilité. Pour ramener le risque dans la zone acceptable, on fait de la prévention.

La réglementation assure un niveau de sécurité.

Pour être certifié, le Concorde doit satisfaire à la réglementation : TSS STANDARD N°1-1. Cette réglementation présente des exigences pour les objectifs de navigabilité et pour les analyses de sécurité des systèmes. Cette réglementation demande la réalisation d’analyse de sécurité par système en utilisant des probabilités.

Ces analyses de sécurité doivent être faites par système, évaluer les pannes. Ces probabilités doivent être effectuées sur des arguments fiables.

Pour les échelles de classification et de probabilité. Un risque est une grandeur à deux dimensions (gravité des conséquences et la probabilité d’apparition). Il faut se faire une échelle de probabilité et on définit les relations entre gravité et probabilité.

Il y a 4 classes de conséquences : mineur (pas d’effet notable sur l’avion), majeur (augmentation significative des charges équipages…), critique (dangereuse augmentation des charges équipages, des qualités de vol, résistance des structures…) et catastrophique (perte avion ou décès des occupants). Ces classes déterminent dans quelle classe l’accident s’insère.

Pour les probabilités, elles s’échelonnent de 1 à 0. Il y a plusieurs classes : la classe fréquente, la classe raisonnablement probable, la classe rare, la classe extrêmement rare et la classe extrêmement improbable.

La Présidente : 10-3, c’est pas 10 plus trois zéros ?

M HECKMANN : 10-3 c’est un millième. On va aller jusqu’à 10-9. (M HECKMANN continue ses explications sur les probabilités des classes).

Une fois défini ces deux classes, on a les deux éléments du risque. Il faut les mettre ensemble. Cela permet de déterminer le risque objectif que l’on peut assumer. On va déterminer quel est l’objectif que l’on peut considérer comme acceptable, par rapport à cette classification.

Ces objectifs sont à deux niveaux : au niveau de l’avion et au niveau de chaque situation de panne.

Il y a des définitions dans la réglementation qui donne ces situations de panne à conséquence « catastrophique » ou « critique ».

C’est au niveau de la globalité de l’avion, c’est ce qui permet de mesurer la sécurité de l’avion.

Ceci on ne le sait que lorsqu’on a fait l’avion, on ne le voit pas au moment de la conception.

Aucune panne simple ne doit conduire à des conséquences catastrophiques…

On peut résumer cela : chaque configuration de panne catastrophique doit être extrêmement improbable. Chaque situation de panne à conséquence critique doit être au plus extrêmement rare….

(Diagramme de FARMER  : gravité des conséquences vs risque d’occurrence)

Voilà le cadre utilisé pour les études de sécurité au niveau du système. Ces analyses de sécurité étudient toutes les pannes possibles, fixation d’objectifs et on regarde si ces objectifs sont remplis.

Dans ces analyses, on trouve des phénomènes qui sont transsystèmes comme un éclatement moteur (répercutions sur le moteur et par les bouts peuvent traverser l’avion). Cela est fait avec la foudre. Les éclatements de pneus ne sont pas faits sur les analyses de trains, il est traité ailleurs. La réglementation fait cette distinction. Le paragraphe 5-6 est dédié à ce risque éclatement de pneus.

Il n’y a rien concernant la structure, il y a juste à regarder les effets de l’éclatement du pneu sur la baie structure ( ?).

Tout ce que j’ai dit, vous avez dans tous les cas, la référence sur les textes réglementaires.

Maintenant le suivi en service : à la fin l’avion est certifié, il est réputé pouvoir être mis en vol. Quand l’avion vole, il va devoir affronter des pannes, l’avionneur assure le suivi de cet avion. Il doit suivre tout ce qui se passe sur son avion.

Le TSS 1-1, § 4-2 est cité : les objectifs de la certification doivent être tenus.

Si au cours de l’exploitation, il y a des objectifs qui ne sont plus tenus (c’est la vie courante dans les avions). Comme l’avionneur suit tous ces incidents, il fait des études et voit qu’on ne tient plus les objectifs. Il faut rétablir à court et moyen terme les objectifs de sécurité de l’avion. Il définit des modifications et actions correctrices pour rétablir la condition de sécurité de l’avion. En attendant, l’avion est soumis à des contraires (voler plus bas par exemple). L’avionneur définit le planning de modification et assure le suivi du service, pour vérifier que l’efficacité des actions correctrices est bien celle qu’il a estimée.

Il y a deux types d’action correctrice : protection et prévention.

Exemple sur l’incident Concorde de Washington : traitement des conséquences (précaution) qui ont permis de diminuer la gravité des conséquences. Il y a eu aussi traitement des conséquences, pour diminuer les impacts sur l’avion.

Pour déterminer si on est dans la zone acceptable, on fait des calculs de probabilité pour savoir où on se situe. Mais cela n’est pas simple, car il peut y avoir peu d’évènements ou le risque peut être apparu avec quelque chose. On calcule deux probabilités : une optimiste et une pessimiste. On regarde dans quelle tranche on se situe. C’est la méthode d’encadrement. On a utilisé cette méthode dans l’incident de 1993.

Après on se demande si les méthodes correctrices qu’on a mises en place sont suffisantes. On essaie d’anticiper ce qui va se passer. On prend tous les éléments contributeurs à l’incident, en enlevant les éléments qui ne sont pas couverts par l’action correctrice.

La Présidente : petite précision sur le jugement d’ingénieur ?

M HECKMANN : quand on encadre une probabilité, de manière pessimiste, cela doit être à 10-6 et de manière optimiste 10-7. C’est quelque part là dedans mais où ? Suivant qu’on estime qu’on est pessimiste ou optimiste, lors d’une revue, on dit que la probabilité se situe au milieu ou un tiers ou deux tiers. C’est du raisonnement ou du bon sens des gens de conception.

La Présidente : c’est du bon sens aéronautique.

M HECKMANN : oui. Derrière cet aspect mathématique, il est inclus avec des chiffres, l’expérience qui fait dire qu’on doit être là.

La Présidente : expliquez pour la structure.

M HECKMANN : la réglementation est faite en intégrant des éléments de charges, de contraintes et de masses.

Lorsque l’on a un service, un incident se produit impliquant la structure, on peut utiliser les notions du TSS. On peut se servir des définitions. Il y a des notions de nombre d’heures de vols et nombre de fois où c’est arrivé. On peut calculer une probabilité.

La Présidente : ce recours à la probabilité, c’est une première en ce qui concerne le Concorde, cela a été étendu aux avions subsoniques, pourquoi ? C’est du à la spécificité de l’avion ?

M HECKMANN : oui. Il se pose des problèmes qui ne pouvaient pas être considérés dans le cadre des règlements anciens. On a du faire évoluer les règlements, qui s’appuient sur les anciens règlements. La réglementation telle qu’elle est maintenant, elle comporte deux types de règlements : systémiques, il faut tenir un objectif et les règlements forfaitaires : on met deux instruments de calculs.

La Présidente : est ce qu’on peut dire que la réglementation Concorde est plus exigeante que la réglementation des avions subsoniques ?

M HECKMANN : oui

La Présidente : expliquez nous, on aimerait savoir qui fait quoi à quel niveau, on a l’impression que c’est les mêmes.

M HECKMANN : les objectifs et les cadres sont faits entre l’autorité administrative et les ingénieurs. Une fois cela établi, cela devient la loi.

Dans les bureaux d’étude, il y a des gens qui font des systèmes. A côté, il y a des gens qui font des analyses de sécurité. Il y avait un département spécifique pour vérifier que les analyses faites par les concepteurs étaient bonnes. Ces gens discutaient des résultats d’analyses avec les autorités.

J’ai commencé ma carrière avec Concorde : je faisais des analyses de sécurité train,… en analyse avec les concepteurs.

Assesseur : pour l’analyse de risque sécurité : est ce que c’est là qu’on étude la concomitance des pannes, est ce que l’on calcule leur effet majorant sur l’autre panne ?

M HECKMANN : on regarde tout ce qui est impacté par le risque nécessaire. Dans chaque analyse système, on regarde les pannes qui peuvent être liées à l’environnement, à la maintenance, aux erreurs humaines. Ces études sont faites dans les systèmes. Quand cela touche plusieurs systèmes, on fait une analyse complète.

La Présidente : lors du crash du 25 juillet 00, deux moteurs sont tombés en panne. C’est une panne que vous classeriez comment ?

M HECKMANN : la panne des deux moteurs au décollage a de forte chance d’être catastrophique. Si elle se produit avant la vitesse de décision, cela est moins catastrophique. Mais la panne de Gonesse est unique.

La Présidente : cela n’avait jamais été envisagé ?

M HECKMANN : suite aux incidents, les baisses de poussée qu’on a vu, n’était …

La Présidente : on verra cela après.

Me BOUSSEREZ : il y a deux types de données élaborées sur le type de risque,… ces données sont ensuite rassemblés, c’est au moment du rassemblement des données que le diagramme s’établi ?

M HECKMANN : au niveau de la manière dont les analyses sont faites, on regarde toutes les fonctions du système et on regarde les scénarios et la manière dont ils peuvent être classés. C’est des objectifs donnés au concepteur.

Une fois la configuration du système faite, on va mettre des probabilités dessus et on calcule les probabilités d’apparition des pannes.

Me BOUSSEREZ : il y a une zone acceptable et pas acceptable, on ne peut pas prévoir dans quelle zone on va se situer.

M HECKMANN : quand j’ai les architectures du système, on va faire les calculs et dire où ils se situent.

Me BOUSSEREZ : vous faites ces calculs,… est ce qu’il est possible de revoir le jugement d’un ingénieur ?

M HECKMANN : quand on arrive au résultat, quand on trouve que c’est trop pessimiste ou optimiste, on reprend les calculs pour voir si on n’a pas fait d’erreurs. Dans les analyses sécurité, on est toujours pessimiste.

Le Procureur : est ce que le concept d’imprévisibilité est un concept formalisé en aéronautique ?

M HECKMANN : non pas comme ça mais il est pris d’une certaine manière. On sait qu’on ne peut pas tout prévoir, il peut se passer des choses qu’on n’a pas prévu. L’avion est prévu pour voler malgré les choses qu’on n’a pas prévu.

Pour se prémunir d’un certain nombre de choses de ce type là, on introduit des concepts. Notamment pour la sécurité, il y a un concept FAIL SAFE. On ne veut pas de panne simple qui entraîne des catastrophes.

Ce concept s’applique à des choses qu’on n’arrive pas à imaginer mais pas à tout. Il peut y avoir des choses hors de ce qu’on peut imaginer. Il y a des accidents qui arrivent, quand on analyse et on essaie que cela n’arrive plus.

Le Procureur : est ce que l’objectif du bureau d’étude n’est pas de réduire ce domaine de l’imprévisibilité ?

M HECKMANN : oui mais il le réduit jusqu’à un certain niveau. Un avion peut tomber en panne à cause d’une météorite.

Le Procureur : par rapport au panne plus ordinaire, est ce que cela serait faux de dire, plus on fait des analyses, plus on a de chance de réduire le domaine de l’imprévisible ?

M HECKMANN : non je ne suis pas sur, plus on fait de la recherche, plus on trouve ce que l’on cherche. Par contre, d’autres qui font d’autres recherches, peuvent trouver.

Le Procureur : quels sont les liens entre le bureau d’étude et ceux qui font des essais ?

M HECKMANN : pour les analyses de sécurité, tout ce qui est dit doit être étayé par des essais (au sol, simulateur…). Dans les essais en vol, il y a des essais de panne pour voir si c’est conforme à la classification ou pas.

Le Procureur : je pense à des essais sur des résistances de matériau, qui les décident et de quelle manière ?

M HECKMANN : si vous parlez système, les essais sont faits avec le concepteur système. Pour la structure, c’est les gens de la structure.

Le Procureur : c’est le bureau d’étude qui conçoit les essais ?

M HECKMANN : qui les décident.

Le Procureur : j’aimerais vous soumettre deux études au moment de la certification et une autre après l’accident, j’aimerais vous les soumettre.

La 1ère étude, au moment de la certification de l’avion Da 3693 : p 5, le calcul d’un double éclatement de pneu : on a transformé la probabilité d’éclatement de pneu en peu probable.

M HECKMANN : il faudrait discuter avec la personne pour savoir pourquoi elle a mis le coefficient 2.

Le Procureur : quand on vous écoute, vous avez une présentation claire, cela parait un système fiable. Comment ce système peut être fiable, si après le calcul, on introduit des biais sans les justifier.

M HECKMANN : je suppose que la personne avait des arguments vrais ou faux dans la tête. Ceci peut se produire partout quand on utilise des probabilités. Ici la personne ne s’est peut être pas trompée…

Le Procureur : dans tous les cas, le chiffre est faux, il a mis ce coefficient 10 pour l’améliorer.

M HECKMANN : oui. A un moment donné, il y a des hypothèses qui sont faites. Dans la logique des faits, je ne mets pas en cause la bonne fois de la personne qui l’a fait.

Ils ont essayé d’imaginer que Concorde était mieux que les autres avions subsoniques.

On constate quelque chose qui est non conforme aux hypothèses de la certification, on prend les actions pour ramener à ces hypothèses.

Le Procureur : est ce qu’on peut dire que cette division par 10, participe au jugement d’ingénieur ?

M HECKMANN : ne sachant pas pourquoi, je ne peux pas dire ça.

Le Procureur : on est dans des calculs théoriques, j’ai un 2ème exemple qui se passe après 94, on a une grosse expérience en vol.

M HECKMANN : ce n’est pas vrai de dire qu’on a une grosse expérience, il n’est pas exploitation.

Le Procureur : Da 3227, p 4, le paragraphe en bas : « statistique mondiale sur le risque incendie ». On est en plein calcul de probabilité. On procède à des calculs. Dans cette action de base, comment on peut se lancer sur des calculs de probabilité, si au lieu de calculer 5 accidents, on calcule 4 ?

M HECKMANN : je vais vous expliquer, quand on fait des statistiques, on élimine ceux qui sont déjà couverts par des modifications. L’accident de Washington, telle que couvert par des modifications, ne pouvait pas se reproduire. Cela a été vérifié à Gonesse, l’avion a roulé sur ses jantes, elles n’ont pas été touchées. Les modifications sur cet aspect ont malheureusement marché.

Il y  a eu des incidents qui ne peuvent pas se reproduire.

Le Procureur : vous avez dit qu’il valait mieux être plus pessimiste qu’optimiste ?

M HECKMANN : non si des modifications ont déjà été faites, on ne les intègre plus dans les statistiques. Si on prend en compte tous ces incidents, on devient ultra pessimiste et on va au-delà de la réalité.

Le Procureur : est ce que cela veut dire que comme tout avait été fait correctement à la suite de Washington pour éviter éclatement de pneus, pourquoi parler des autres incidents vu qu’ils ont été couvert par Washington ?

M HECKMANN : non Washington couvre un scénario type. Les incidents types n’ont pas à être comptés.

Le Procureur : en haut de la page 5 : l’analyse qui est faite est à deux niveaux : pouvez vous expliquer ?

M HECKMANN : on a un incident qui se produit sur la structure, qui n’est pas couvert par l’analyse système, risque structure, mais le problème est arrivé qui conduit à une perforation. On regarde la classification des conséquences. On dit que c’est critique, on devrait retenir 10-7, c’est pas dans la réglementation de base.

Le Procureur : on est bien d’accord, on y est pas ?

M HECKMANN : oui. Est-ce que la situation reste acceptable ou non ? L’objectif est à 10-5, qui est critique….On rajoute cette probabilité, on ne dépasse pas le 10-5.

Je mets en place des modifications pour éviter que cela revienne.

Le Procureur : vous avez dit que si la somme globale de la probabilité panne était dans la norme mais qu’on avait détecté une probabilité qui n’était pas dans la norme, on prenait des mesures à court terme, l’avion continue de voler. Ces mesures à court terme permettent de faire la modification par les ingénieurs. Le but c’est de réparer la panne système qui doit être prise en compte ?

M HECKMANN : il y a eu des fois, il y a une panne qu’on n’arrive pas à remettre au niveau.

Le Procureur : il pourrait arriver dans certaine configuration que la panne n’ait pas été réglée ?

M HECKMANN : non pas remontée au niveau de la certification.

Le Procureur : j’ai le sentiment à partir du moment où on a la certitude qu’on a une panne qu’on n’a pas réussi à solutionner, est ce qu’on fait pas prendre un risque aux passagers de l’avion ?

M HECKMANN : non. Cela n’est rien.

M PERRIER : quelques points au sens global avion. Je suis d’accord avec lui, je ne connais pas les hypothèses que le Procureur a mentionnées. Cela m’a choqué. Les incidents dont nous parlerons dans les audiences suivants, cette hypothèse de certif était erronée.

Vis-à-vis des incidents de Washington, ce n’est pas toutes les modifications qui ont été effectuées. On a éliminé le double éclatement. Il a fait des statistiques sur les incidents où il n’y avait pas double éclatement. A Gonesse, il n’y a eu qu’un pneu qui a éclaté, l’avion n’a pas roulé sur ses jantes.

Après le rapport de 94, c’est des éclatements de pneus liés  au blocage des roues.

La défense : sur la note de 94, M HECKMANN est intervenu sur cette analyse, il n’avait pas été interrogé sur ce sujet.

M HECKMANN : oui, mais la 1ère partie n’est pas sous ma partie.

Me DALMASSO demande à ce que M HECKMANN présente sa carrière.

Je suis entré dans l’aérospatiale en 70. Pendant 11 ans, j’ai travaillé sur Concorde, je m’occupais des analyses de sécurité, train, freinage…

J’ai été affecté au programme ATR, j’ai mis en place les analyses de sécurité.

En 94, je suis revenu à Airbus, j’étais responsable des méthodes et outils de sécurité pour certains programmes. J’ai participé à des groupes de travail de standardisation. Pendant la période 91 à 2000, je restais en charge de l’analyse sécurité de Concorde.

Actuellement je suis à la retraire mais je continue une petite activité.

M HECKMANN retourne s’asseoir.

La Présidente : on aurait du entendre la partie civile Air France, je voudrais poser la question à M RAFIN, sur la certification et le suivie de navigabilité….

M RAFIN : pour l’exploitant, on n’a aucun rôle sur la partie certification, qui débouche sur un certificat type et puis sur un certificat de navigabilité individuel, qui pour un avion donné, est renouvelé par l’autorité par l’intermédiaire du GSAC.

Le maintient de la navigabilité correspond à deux fonctions de l’exploitant : rendre compte de tous les accidents et incidents au constructeur et au GSAC. Il y a aussi un devoir de coopération avec le constructeur et les autorités pour analyser les incidents et accidents, pour soumettre les éléments à des expertises.

2ème point, entretenir correctement l’avion, sur un programme d’entretien, qui est déposé et approuvé par l’autorité, par un personnel qualifié, avec des moyens bien définis.

En 2000, c’était dans le cadre de la réglementation JAR 145.

L’avion est exploité en accord avec le manuel de vol, qui regroupe les consignes de vol, ce document est aussi certifié.

Pour Air France, le devoir de retour d’expérience a été rempli en fonction des différentes réglementations : au début, c’était le bureau Veritas, intermédiaire entre le constructeur et l’exploitant.

La Présidente : pour les incidents, c’est à l’exploitant de les faire remonter, après il se passe quoi ? Est-ce que vous êtes associés aux réunions ou vous êtes exclus ?

M RAFIN : la plupart du temps, les exploitants étaient informés de ce qui se passait.

La Présidente : quels rapports avaient l’exploitant avec le BEA ?

M RAFIN : la partie exploitant avait un retour d’expérience avec le BEA jusqu’en 1997. Après sont arrivés les JAR qui sont la réglementation européenne.

La Présidente : qu’est ce que cela a changé ?

M RAFIN : il y avait une obligation : il fallait que l’autorité définisse le correspondant pour adresser les comptes rendus d’incident (ici 2 : BEA et ancien SFACT : DCS)

La Présidente : j’avais compris que c’était le BEA qui avait la priorité ?

M RAFIN : oui c’était le BEA…

La Présidente : et après 97 ?

M RAFIN : Air France a une base de donnée, depuis 4, 5 ans il y a des versements de cette base de donné, au BEA et à la DCS.

La Présidente : vous êtes d’accord avec ce qui a été dit ?

M RAFIN : oui, la consigne de navigabilité est impérative, elle doit être applicable à partir de telle date

La Présidente : est ce qu’il peut y avoir une dérogation ?

M RAFIN : depuis la réglementation européenne, il ne doit pas y avoir.

La Présidente : s’il doit y en avoir une ?

M RAFIN : on la négocie avec la DCS mais avec un équivalent en terme de sécurité.

La Présidente : est ce que vous avez l’impression qu’en tant que client, vous pouvez influer sur les décisions, par rapport au constructeur ou vous n’avez pas beaucoup de marge manœuvre ?

M RAFIN : pour les impératifs de sécurité, il n’y a pas de négociations.

La Présidente : c’est toujours aux frais de l’exploitant ?

M RAFIN : pour une autre compagnie, à l’époque, les consignes de navigabilité étaient à la charge du constructeur. Le reste pour l’exploitant.

La Présidente : à quelle époque ?

M RAFIN : années 90.

La Présidente : est ce qu’il vous appartenait de dire s’il s’agissait d’un accident grave,… est ce qu’il y avait une classification particulière ?

M RAFIN : à l’époque, je n’étais pas assez vieux pour dire cela. Mais aujourd’hui c’est codifié selon la réglementation européenne. Il y a accidents, évènements graves,…

La Présidente : est ce que vous avez une marge de manœuvre sur la classification ?

M RAFIN : non c’est la réglementation.

Assesseur : la semaine dernière, M IZTUETA avait fait un parallèle entre l’audit fait à la CONTINENTAL AIRLINES et celle d’Air France. Pouvez vous nous dire comment est fait un audit ?

M RAFIN : un audit, c’est un certain nombre d’examen du fonctionnement de la compagnie aérienne (comme la formation de l’équipage, gestion de l’avion au sol…)

La Présidente : il y a bien un audit à Air France en ce qui concerne les problèmes sur l’absence d’entretoise, les mécaniciens qui ne comprenaient pas l’anglais ?

M RAFIN : je ne peux pas répondre, mais il y a eu un audit interne.

La Présidente : vos fonctions au sein de Air France ?

M RAFIN : je suis retraité, et je suis consultant pour Air France.

La Présidente : nous allons passé à une autre partie, on va voir la seconde partie : les incidents.

Je vais faire des généralités sur les notions d’accident et d’incident, je me sers des éléments du dossier. Ces définitions sont ici de :

- Annexe 13 de la convention OACI

- Directeur européenne du 21 novembre 94 qui établit les principes fondamentaux sur les enquêtes des incidents et accidents

- Da 4282.

- IGO 36 Air France

(la Présidente donne la définition de ces notions en fonction des sources)

On va revenir sur ces qualifications quand on va envisager les incidents avant le crash du Concorde. Avez-vous des questions ?

Me PRADON : les définitions que vous avez données ne sont pas celles qui étaient applicables au jour de l’accident. Au jour de l’évènement, il n’est pas sur que nous ayons des définitions d’accident ou d’incident. Au départ, on est parti avec l’annexe 13 qui n’a pas force juridique en France. La directive européenne a été transposée sans les définitions.

M ARSLANIAN : sur les définitions : un point exact : il y a un basculement qui se produit au moment de la loi de 1999. Avant les définitions utilisées en France étaient différentes de celles utilisées à l’étranger.

A partir de 99, la France se met en conformité avec le système international. Nous étions au moment de l’accident, dans un double système applicable en France et un à l’étranger.

Si j’ai réagi, c’est que je suis en désaccord avec la loi de 99 et la définition. Ce que dit la loi de 99, fait un renvoi à la définition de la directive de 1994.

(Discussion sur ce point).

M ARSLANIAN : nous basculions dans la définition internationale. La loi de 99 renvoie aux définitions de la directive. Clairement, pour ceux qui appliquaient la loi, les définitions avaient changé. On était dans les règles internationales.

Il y a aussi une complexification de la définition en créant l’incident grave, en 94.

La Présidente : on ne va pas en faire un débat.

Me PRADON : la loi de 99 renvoie à la directive mais le problème c’est que la loi renvoie à une directive qu’elle est sensée transposer.

La Présidente : donc cela ne serait pas juridiquement applicable.

Me PRADON : la loi de 99 renvoie à la directive européenne, la question peut se poser de savoir si c’est une loi française qui transpose une directive peut faire un renvoi à cette directive. C’est une question juridique.

M ARSLANIAN : ce point n’a jamais posé problème, que ce soit aux juristes du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation ou autre. Je pensais que la loi  n’appliquait.

Me GARNAULT : je ne comprends pas exactement si cela change quelque chose à notre problème, en ce sens, le fait qu’un évènement soit qualifié d’incident ou accident, est ce que dans le temps, cela a modifié les obligations des uns et des autres ?

M ARSLANIAN : incontestablement, on doit regarder si cela conduit à une approche différente dans l’enquête et à des obligations différentes. Pas pour l’approche différente.

Pour les obligations, quand intervenait une obligation d’enquête sur les incidents graves, cela appliquait d’en être informé et de déterminer s’il s’agissait d’un incident grave.

Il a fallu définir les obligations des exploitants et des navigants. Le cas de l’aviation civile avait créé une obligation de compte rendu pour le commandant de bord. Elle n’était pas transférée à l’exploitant, sauf si le commandant de bord n’était pas en mesure de la faire.

On analysait en temps réel, qui commençait par le commandant de bord, on était informé directement. Il y avait une procédure mise en place, qui reposait sur une information faite en temps réel via les gens avec qui il était en contact pendant son vol.

Pour l’incident grave, la question est qui va le définir comme tel ? Cela n’est pas aussi simple que ça. Il y a discussion. C’est un évènement qui indique qu’un accident a failli se produire. Un accident n’est pas forcément ce qu’on s’imagine, c’est des fois quelque chose que les gens ne remarquent pas.

J’avais donné une liste d’incidents qui devaient être rapportés au BEA. Ensuite cela était filtré, de façon à déclencher une enquête ou à renvoyer à la DGAC, qui gérait tous les évènements.

Je peux vous garantir que personne n’a pu considérer qu’après le vote de la loi de 99, nous appliquions les dispositions antérieures.

Me GARNAULT : si je comprends bien, il y a une fourchette d’incertitude dans la qualification des évènements avant 99 mais après moindre ?

M ARSLANIAN : oui, pratiquement, il y a le fait que toutes les définitions sont larges mais précises, il y a toujours une part d’interprétation.

Nous avions deux jeux de définitions qui s’appliquaient, selon que l’évènement s’était produit sur le territoire national et sur le territoire international.

Me PRADON : l’annexe 13 n’a pas de force juridique, la directive européenne n’a pas été transposée sur les définitions et en 2003, on a une liste d’incidents graves. Avant la loi de mars 99, deux dispositions pénales ont été introduites dans le code de l’aviation pour dénoncer ces incidents. C’est dans le cadre de ces modifications qu’on est venu distinguer les incidents et les accidents.

M ARSLANIAN : son application en droit français apparaît en 99.

Me LEGUILLOU : il me semble avoir compris que la notion d’irrégularité d’exploitation ne figurait pas dans les textes. Tout cela existait depuis 1957.

L’annexe 13, la France avait notifié des différences pour indiquer à l’OACI, qu’en France la définition applicable depuis 1957. On n’est plus dans une différence dans la notion d’accident ou d’incident. La France a ajouté d’autres modifications.

M PERRIER : j’ai l’impression qu’on perd notre temps depuis 30 minutes. La question qui se pose, c’est de savoir s’il y a eu enquête.

En dehors de ces discussions, il reste un point fondamental à regarder, est ce que c’est mineur, majeur ou critique. Est-ce que c’est dans une de ces catégories. C’est seulement la qualification d’un de ces trois éléments, qui permet de savoir si les constructeurs ont ou non failli dans le suivi de navigabilité.

Me DALMASSO : cela avait été rappelé p 45 note de fond d’août 2006. Nous écrivions qu’un évènement soit classé incident et non incident grave, accident, n’a pas d’effet sur l’enquête… Quelle est l’incidence de ces qualifications sur les obligations de l’exploitant ? Il n’y en a pas, son devoir est le même : est ce que le suivi de navigabilité sur l’aspect de sécurité est remis en cause et si c’est le cas, il faut que le rétablisse.

Me METZNER : une précision, vous êtes d’accord que le droit interne s’applique qu’en France ? Le BEA a des fois à statuer sur des législations étrangères.

M ARSLANIAN : c’est mon interprétation, celle de la doctrine du BEA. Nous avons eu l’enquête et le processus de suivi de navigabilité, avec un dialogue avec tous les processus. Nous restions dans deux processus distincts, ayant le même objectif. L’un est fait par les personnes qui sont responsables avant l’évènement, elles restent en charge de leur produit. Et il y a un regard externe de l’enquête qui se met en place.

Ils doivent contribuer à l’enquête, ils sont tenus à une certaine réserve, ils ne peuvent plus parler autant qu’ils le voudraient.

La Présidente : la qualification d’un évènement n’est pas anodine.

M ARSLANIAN : perte autonomie du processus de navigabilité.

Me RAPPAPORT : quand un évènement remet en cause les objectifs qui avaient été définis par la certification, comment doivent ils être qualifiés ?

M ARSLANIAN : cela ne peut pas être un préalable d’ouverture d’une enquête, mais une conclusion.

Me RAPPAPORT : il y a eu un évènement, un incident de Washington, dans une note dont M FRANTZEN a reconnu la paternité…

La Présidente : on va reformuler la question, si l’évènement remet en cause des objectifs de certification, la qualification la plus appropriée est laquelle ?

M ARSLANIAN : incident ou accident est une qualification évènementielle. On a cassé l’avion, il y a des morts…

La Présidente : pour qualifier, on ne prend pas en compte les objectifs de certification ?

M ARSLANIAN : par contre, si on les a perçu au moment de la décision de l’enquête, cela entre en compte. On tient compte des enseignements.

La Présidente : cela n’entre pas une qualification d’accident ou incident grave ?

M ARSLANIAN : oui.

M FRANTZEN : la note à laquelle Me RAPPAPORT fait référence, l’accident est …

La Présidente : ce n’est pas le sens de la question, la question est plus générale.

M ARSLANIAN : il est difficile à chaud de pouvoir conclure, il faut un certain temps avant d’avoir les circonstances et même un début d’explication pour dire qu’il y a tel ou tel élément de sécurité qui est en jeu. La 1ère étape de l’enquête consiste à préciser. Cela serait souhaitable dès qu’un évènement se produit, d’avoir les éléments qui montrent une faille dans le système… Dans la pratique, ce n’est pas comme ça que cela se produit.

Quand un accident se produit, les enquêteurs partent tout de suite.

Me RAPPAPORT : nous avons qu’il est exceptionnel qu’un certificat de navigabilité soit remis en cause ou suspendu. Or l’évènement de Washington, la suspension du certificat de navigabilité a été envisagé, quand la note…

La Présidente : on va en parler dans quelques jours.

Me RAPPAPORT : je reste dans les généralités, on a une note qui nous dit que les objectifs de certification ne sont pas plus atteints.

La Présidente : on rentre dans un autre débat. On a reformulé la question, à cette question plus générale, M ARSLANIAN a répondu. Quelle est votre question ?

Me RAPPAPORT : nous avons une note qui nous dit on le sait, M ARSLANIAN nous dit qu’une note qui est la conclusion d’évènements qui viennent de se produire, il ne peut pas nous dire. C’est une réponse stupéfiante.

La Présidente : on peut poser une autre question : si vous aviez su dès le départ, au jour de l’accident, qu’il y a une remise en cause certaine des éléments de certification, cela engendre une qualification d’accident ou d’incident grave ?

M ARSLANIAN : normalement, cela ne devrait pas changer la qualification, mais cela aurait une incidence sur les moyens à mettre en œuvre sur cette enquête. La qualification n’intervient pas sur la sécurité.

Audience suspendue à 16h53 reprise à 17h25.

Me SOULEZ LARIVIERE : quelle est la définition de l’imprévisibilité ?

M ARSLANIAN : il ne s’agit pas de l’imprévisibilité au sens commun du terme. Tout accident est imprévisible. Le même avion, dans les mêmes conditions, n’a pas eu d’accident. On ne peut pas dire que tel avion va avoir un accident. Imprévisible au sens de l’aviation, c’est les circonstances qui ont conduit à l’accident n’avaient pas été prévues, cette non évaluation, ne découlait pas d’une erreur flagrante de jugement. Beaucoup d’accidents sont imprévisibles. Les circonstances de ces accidents ne pouvaient pas conduire à un accident ou à un quasi accident.

La Présidente : qu’est ce qu’un quasi accident ?

M ARSLANIAN : c’est un accident qui a failli se produire (donne un exemple). Un autre exemple : un Airbus exploité par une compagnie canadienne : une partie de l’accident était prévisible mais une partie de l’équipage n’a pas vu que l’avion se vidait de son carburant, ils se sont posés sur une île de l’Atlantique, c’est un exploit. C’est un quasi accident. On découvre quelque chose qui n’était pas prévu et l’enchaînement des évènements était imprévisible.

La Présidente : je pense qu’on a terminé ponctuellement sur les notions. On va examiner les incidents.

1) Les incidents antérieurs :

* Jusqu’à Washington :

→ Incident de Dakar :

Assesseur : L’évènement qui s’est produit à Dakar, le 15 mars 79, Da 483.

Au départ, les paramètres du carton, le roulage s’effectue normalement. Entre 130 et 140 noeuds, on entend une détonation et elle est attribuée à l’éclatement d’un pneu. Avant V1, le commandant de bord décide d’arrêter le roulage.

Plusieurs dommages. L’hypothèse d’un pneu à l’occasion d’un roulage sur une dalle est émise mais elle n’a pas été retenue mais il n’est pas exclu qu’elle ait aidé à l’endommagement du pneu. Donc éclatement du pneu n°6, pompage dû à l’ingestion de pneu, éclatement du pneu adjacent et arrêt décollage.

Les conclusions : amélioration des pneus, vérification de la pression des pneus, faire que le commandant de bord décide seul de l’arrêt décollage, l’unique référence est V1 pour cet arrêt décollage.

Le BEA a évoqué cet évènement dans le rapport du rapport préliminaire à l’incident de Washington : Da 3072, p 18.

Avis du CHSCT : Da 2813 : éclatement d’un pneu, l’avion n’a pas été détruit, il y a eu des dommages collatéraux. Cet accident est un précurseur de celui du 25 juillet 00, il n’est pas cité dans le rapport du BEA.

Avis Da 4210 : ingestion de pneu mais pas de fuite hydraulique, pas de dégâts aux roues….

La Présidente : est ce que des questions sont à posées avant d’entendre les prévenus sur ce point ? Non.

M ARSLANIAN, est ce qu’au niveau du BEA, vous pouvez répondre à ce qui est dit par le CHSCT, qui indique que pour lui cet évènement n’était pas signalé dans le rapport du BEA, vous avez une observation ?

M ARSLANIAN : je n’ai pas été vérifié si le rapport préliminaire contient une liste d’incidents antérieurs. La liste d’incidents liés à des dégonflements ou éclatements de pneu a été regardée.

La Présidente : auparavant, il s’était passé des choses, dans les évènements antérieurs (De 26), il est indiqué qu’il y avait eu des problèmes d’éclatements de pneus.

Vous en tant que BEA que pensez vous ?

M ARSLANIAN : nous avons été informé des évènements qui se sont produits sur le Concorde français et pas britannique. Les anglais et les français menaient leur enquête dans leur coin. L’évènement de Dakar était connu avant.

Nous n’avons pas une vision de synthèse sur un avion ou une compagnie aérienne, cela peut ressortir au cours d’une enquête.

Les enquêtes sont déclenchées par un évènement.

La Présidente : il semblerait que les incidents chez les britanniques n’étaient pas portés à la connaissance du BEA ?

M ARSLANIAN : oui et l’inverse

La Présidente : et à la connaissance du constructeur ?

M ARSLANIAN : oui

La Présidente : mais est ce que ne risquait pas de fausser votre jugement du fait de ne pas savoir ce qui se passait chez les britanniques ?

M ARSLANIAN : cette période, c’est 30 années d’aviation.

La Présidente : je vous parle de 79.

M ARSLANIAN : c’est une période de grand changement, notamment dans les concepts. Nous étions dans un cas aberrant : c’est un avion qui a deux pairs (anglais et français). Si je prends un Airbus. Le BEA participe à toutes les enquêtes avec d’autres. Pour le Concorde, j’ai eu un doute d’associer ou pas les britanniques. Ce n’était pas l’état de constructeur. Je ne suis pas certain que les britanniques ont été très actifs dans l’incident de Washington

La Présidente : peu importe la cause de l’incident, il n’était pas nécessaire d’avoir des enquêteurs britanniques ?

M ARSLANIAN : je parle des enquêteurs de l’AAIB, mais on implique le constructeur.

Double réponse : il est nécessaire d’associer le constructeur mais à l’époque, c’était moins évident et je n’y étais pas. Je ne peux pas vous dire pourquoi cela n’a pas été fait. L’évènement de Dakar était avec un avion français.

La Présidente : M BOURGEOIS, le 4 avril 04, dans déposition, Da 3014

REPONSE : En 1960, j’étais au Ministère des Armées t j’ai été mis à disposition du Ministère des Transports et ai été affecté au bureau du matéçiel volant. A ce titre je me suis occupé de la réglementation internationale et de l’étude d s avant-projets des avions de transport supersoniques. Après l’accord des gouvernements ançais et anglais sur Concorde en 1962, j’ai été associé à un certain nombre d’études relative au Concorde. De 1970 à 1976, j’ai quitté l’administratio,n française pour l’O.A.C.I. J’y f sais ce l’assistance technique : certification, enquêtes accidents, rédaction de la réglementat on initiale et mise à jour, plus particulièrement sur l’annexe 8 relative à la certification sur l’annexe 13 relative aux incidents et accidents. En 1976, je suis revenu en France à l’viation Civile, à la direction des programmes aéronautiques civils et plus particulièrement at bureau Concorde. A ce titre, j’étais le secrétaire français du Management Board dont l’objectif était de suivre la mise ne exploitation des premiers Concordes. Je me suis également occupé du procès avec les autorités portuaires de New York (PONYA). J’ai participé à la rédaction des TSS standard et aux réunions du FAUSST qui s’occupait d’une réglementation commune avec les américains.

A partir de mi 1978, j’ai intégré le B.E.A. A l’époque, Concorde rencontrait un certain nombre de problèmes. J’ai voulu faire des enquêtes, notamment sur un grave incident à Dakar, un touché de queue ayant l’endommagement des réacteurs. Je n’ai pas pu. Il ne fallait pas gêner Air France.

QUESITON : Qui a fait obstacle à ces enquêtes ?

REPONSE : C’était très haut dans l’administration. On m’a fait savoir qu’il n’y aurait pas d’enquête.

QUESTION : Parmi les incidents dont vous avez eu connaissance, certains concernaient-ils des pneus ?

REPONSE A l’époque, l’avion a été abîmé à de nombreuses reponses après des éclatements de pneumatiques. Il y a eu notamment une accélération-arrêt Dakar en 1979. Il n’y a pas eu d’enquête, là aussi pour ne pas gêner Air France. Les autorités sénégalaises n’ont pas bougé. Elles obéissaient aux ordres.

QUESTION : D’où est venu l’ordre de ne pas faire une enquête ?

REPONSE : Un jour, un des innombrables inspecteurs de l’IGACEM, dont je ne me souviens plus le nom, est descendu me voir pour me dire qu’il n’y aurait pas d’enquête, mais j’imagine que les ordres venaient de plus haut.. le patron de l’IGACEM de l’époque était Jacques VILLIERS. Je pense que lui-même ne faisait que transmettre les ordres en provenance d’endroits différents.

QUESTION : Pour ce que vous avez pu en savoir, qu’avez-vous pensé de ce qui s’est passé à Dakar en mars 1979 ?

REPONSE : On pouvait considérer que c’était réglementairement un incident. Ca pouvait passer.

QUESTION : Mais ?

REPONSE : C’est tout, je n’ai rien dit d’autre.

QUESTION : Pensiez-vous nécessaire qu’une enquête soit réalisée ?

REPONSE : C’était indispensable. Il y avait eu deux moteurs très abîmés. Il est criminel de ne pas enquêter complètement sur un incident grave, même si’ miraculeusement il n’y a pas eu, de victime. Surtout en début d’exploitation.

La Présidente : comment ça se passait quand quelque chose se passait en dehors du territoire français ?

M ARSLANIAN : je n’étais pas au BEA à l’époque et quand je suis arrivé, beaucoup de choses ont évolué. Quand un évènement se produit sur un état signataire de la convention de Chicago, c’est cet état qui conduit l’enquête. Cet état avait obligation de conduire l’enquête accident.

Si un Etat n’ouvrait pas l’enquête, on avait fait modifié les dispositions pour que cela soit le BEA qui mène l’enquête.

Décision de ne pas faire une enquête sur ordre d’Air France, je n’y étais pas. Mais pour quelles raisons ?

La Présidente : cela peut mettre en cause l’exploitant.

M ARSLANIAN : j’ai connu M BOURGEOIS, c’est quelqu’un de très enthousiaste, il avait une relation d’amour haine envers le Concorde, c’est une relation particulière. Pour lui c’était pas un avion ordinaire, c’était l’avion qu’il a désiré et qu’il n’a pas pu avoir.

La Présidente : il a été de nouveau entendu : Da 3999 :

QUESTION : Dans votre précédente audition (I)a3014), vous nous aviez indiqué qu’en ce qui concerne l’incident survenu sur un Concorde d’Air France le 15 mars 1979 à DAKAR, aucune enquête n’avait été faite, ce qui était anormal, voire « criminel », surtout en début

d’exploitation. Pourvez-vous m’expliquer dans quelles conditions vous avez eu connaissance de cet incident ?

REPONSE : le B.E.A. recevait les messages sur un fax international, le RSFTA. Nous avons donc reçu un message de l’aérodrome de DAKAR disant que Concorde avait eu un problème, qu’il y avait eu une accélération-arrêt, mais ni mort ni blessé. Avec un collègue dont je ne me souviens plus le nom, je me suis tout de suite dit qu’on allait devoir partir à DAKAR pour faire l’enquête. On a même demandé un ordre de mission. On nous a dit en haut lieu : « on ne bouge pas, on laisse Air France faire l’enquête ». Ca nous a embêté, d’autant qu’il fallait prévenir les anglais et qu’on pensait qu’il fallait vraiment faire quelque chose. La décision de ne rien faire a été transmise au BEA par Jacques VILLIERS, le directeur de 1′IGACEM de l’époque. Mais ça venait de plus haut, à mon avis de la DGAC. Vous me donnez connaissance des déclarations de M. ABRAHAM, dans son audition en date du 27 mai 2005. C’est extraordinaire d’entendre ça, mais il se défend. Moi j’ai obéi aux instructions que j’ai reçues de M. VILLIERS. Ce qui est exact, c’est que le B.E.A. ne dépend pas de la D.G.A.C., il dépend de l’inspection générale. Mais tout cela n’est que théorique, d’autant qu’à l’époque l’IGACEM et la DGAC avaient leurs bureaux dans les mêmes locaux. Probablement vous ne trouverez aucun document sur ces points, tout a dû se traiter par téléphone entre M. VILLIERS et M. ABRAHAM.

QUESTION : Nos recherches nous ont permis de découvrir deux documents, le premier émanant d’Air France (Da3109) est le compte rendu d’incident en exploitation relatif à l’incident du 15 mars 1979. Il y est indiqué « des questions en relation avec la certification se posent » : « perte du pneu adjacent par surcharge, ingestion de morceaux de pneus dans les réacteurs, risque de ne pas pouvoir rentrer le train, risque d’incendie du train du à l’échauffement ou à l’endommagement des freins ». Air France déterminera avec le constructeur les recherches de moyens d’amélioration des marges de sécurité des pneus sur Concorde. Le second document (Da3694), daté du 08 mai 1979, laisse apparaître qu’une réunion s’est tenue à FILTON le 04 avril 1979 dans le cadre du Comité d’analyse des pannes. Que pensez-vous de ces documents que nous vous présentons ?

REPONSE : Je remarque que le premier document a été adressé à l’IGAC, ce qui est normal. Le BEA faisait partie de l’IGAC. Mais ce qui est sur, c’est que moi je n’ai jamais vu ce document. Je ne sais pas ce qu’il en est de la DGAC, notamment pour M. DU BOULLAY qui m’a succédé au bureau de certification de la DGAC. Cela étant, le bureau de la certification recevait les mêmes messages que ceux reçus par le B.E.A. Dont je vous ai parlés tout à l’heure. La DGAC a donc été avisée de l’incident de DAKAR. Maintenant, quand on recevait des messages à la DGAC, parfois on ne faisait rien, parfois on appellait le BEA. Pour un truc comme Concorde, il me semble qu’on aurait dû appeler le B.E.A.. Ce document d’Air France est très intéressant et très bien fait. Les questions utiles y sont posées. Il est dommage que ni le B.E.A. ni le .A.I.B. n’en aient eu connaissance. Pour ce qui est du deuxième document, le Comité d’analyse des pannes, me semble t-il, concernait les deux compagnies exploitantes. Je ne sais pas si le constructeur y participait. Cela étant, le document que vous me présentez a visiblement été adressé à BAé, l’un des constructeurs, et la réunion s’est tenue à FILTON qui, me semble t-il, est le siège de British Aérospace, donc les constructeurs y étaient. Ils étaient donc au courant du problème de Dakar. Ce qui est sur, c’est que un mois après, quand il y a eu le problème de Washington, personne ne m’a rien dit de ce qui avait déjà fait concernant Dakar.

La Présidente : il persiste ici, qu’est ce que vous en pensez ?

M ARSLANIAN : nous avons deux processus distincts, l’un qui est de suivi de navigabilité et où il y a un examen par le constructeur et la compagnie aérienne, et l’autre est l’enquête déclenchée en fonction des évènements.

Le BEA est un tout petit organisme, il a très peu d’enquêteurs (à l’époque). Il est prêt à travailler sur Concorde. Mais y avait-il besoin qu’il y ait enquête ? C’est M VILLIERS qui a pris la décision de faire cette enquête.

A l’époque, la décision d’envoyer des enquêteurs étaient prises par le chef du BEA et le chef d’inspection en relation. C’est M VILLIERS qui a pris la décision, ce n’est pas quelqu’un d’influençable. Et puis comment l’enquête aurait pu gêner Air France ? C’est l’interprétation d’une personne frustrée de ne pas avoir participé à l’enquête.

La Présidente : est ce que avec ce type d’évènement, cela aurait du suscité une enquête ?

M ARSLANIAN : oui avec le BEA que j’ai fait. C’est sous ma présidence qu’on a rendue l’enquête obligatoire sur les incidents à l’étranger. Le rapport n’était pas nécessaire public.

Pour Dakar, il y aurait eu une enquête, est ce qu’elle aurait évité l’accident de Gonesse, on ne sait pas.

La Présidente : c’est sous votre impulsion que pour les incidents à l’étranger, il y avait une enquête du BEA, mais c’est à partir de quand cela a été mis en place ?

M ARSLANIAN : je ne sais pas quand, certainement avant 91.

La Présidente : comment cela se traduisait les décisions que vous preniez pour réaménager le BEA ?

M ARSLANIAN : c’était uniquement dans les décisions. Rien n’obligeait ou interdisait de provoquer une enquête.

La Présidente : quand vous ne pouvez pas me dire quand vous avez réorganisé le BEA, cette décision avant 91, elle a été matérialisée par quoi ?

M ARSLANIAN : le BEA était plus familiale. Je m’impliquais plus à cette époque qu’à la fin de mon mandat. Dans un organisme, une partie des décisions se prennent par ceux qui ont les pouvoirs de les faire.

Pour les incidents à l’étranger, il faut être informé.

La Présidente : vous receviez sur un fax les informations, comme le dit M BOURGEOIS ?

M ARSLANIAN : c’est des télécommunications aéronautiques. Comme c’était un Concorde d’Air France, les Sénégalais avaient envoyé une information.

La Présidente : j’aimerais vous entendre M RAFIN, quelle position avait été prise par Air France ?

M RAFIN : rien ne nous gênait, il n’y a pas eu la faute de qui que ce soit dans cet incident. Les procédures ont été respectées.

La Présidente : en tant qu’exploitant ?

M RAFIN : un document a été transmis, il y a eu la réparation de l’avion qui a pris 3 ou 4 jours et l’avion a été convoyé en subsonique et des opérations l’ont rerendu navigable.

La Présidente : c’est Air France qui l’a traduit comme incident ?

M RAFIN : oui c’est une accélération arrêt.

La Présidente : ce n’était pas la 1ère fois que Air France avait ce problème, cela s’est traduit comment ?

M RAFIN : il y a eu une série d’étude et d’analyse des conséquences de cet évènement. La maintenance a fait des enquêtes pour voir si les procédures avaient été bien respectées et adaptées à la situation.

La Présidente : pour ces évènements là, vous ne vous êtes pas souvenu si dans les archives d’Air France, il y a eu une réaction suite à ces évènements ?

M RAFIN : toutes les enquêtes qui ont été faites sur le point de vue de la maintenance et des opérations aériennes, il y a eu une analyse. Il y a eu une enquête globale de l’ensemble des services d’Air France et cela n’a pas été caché.

La Présidente : oui j’ai compris, cela a été listé.

M RAFIN : la procédure à l’époque, c’était de déclarer l’incident au BEA, cela a été fait le lendemain.

Le Procureur : une question à M ARSLANIAN, vous avez dit que si l’évènement de Dakar serait survenu plus tard, le BEA serait intervenu. Quel apport aurait rapporté le BEA en plus des investigations faites ?

M ARSLANIAN : je l’ignore, ne l’ayant pas fait. Normalement l’utilité de l’intervention du BEA est double : technique : nous avons par rapport à d’autres composantes du monde aéronautique d’avoir accès à l’ensemble des éléments. Et c’est un regard extérieur, plus neutre sur l’évènement. Honnêtement, je ne sais pas. Il est probable que nous n’aurions rien trouvé.

J’ignore comment les choses se sont passées sur le plan de l’indemnisation.

Le Procureur : allez vous abordé le problème de certification ?

La Présidente : oui

Le Procureur : je réserve ma question après.

Assesseur : en attendant la déclaration de M BOURGEOIS, et M ARSLANIAN, est ce que lorsqu’il y a un incident et une suspension de la navigabilité, cela induit une perte financière pour l’exploitant ?

M RAFIN : oui. Un avion qui ne vole pas, perd de l’argent.

Me PRADON : (exemple) c’est au cas par cas. Pour tempérer les propos de M BOURGEOIS, l’Etat doit ouvrir une enquête qu’en matière d’accident.

Me GARNAULT : bien sur Air France a subi un préjudice. Je ne révèle rien, cela dépend des fois.

Me RAPPAPORT : pour compléter une information de Me PRADON, sur l’accident au Bourget au décollage, car l’avion a ingéré des oiseaux. L’aéroport de Paris a été condamné. Des responsabilités ont été retenus, car des mesures préventives ont été prises.

La Présidente : nous allons entendre M PERRIER.

M PERRIER : nous avons fait des recherches. Nous avons retrouvé la phase dans lequel cet incident s’était produit. C’était le 1er accident se produisant dans la phase critique. On n’a pas compris pourquoi il y avait plus d’éclatement de pneus chez Air France que British Airways mais l’activité d’Air France était plus important.

La Présidente : on parle de quelle époque ?

M PERRIER : on parle des années 76 à 79.

L’hypothèse que l’on a retenue, était que probablement que la cause serait un défaut d’étanchéité des fusibles dans les jantes. Ces fusibles sont là pour éviter une grand montée de température.

Après l’incident de Washington, on a repensé la définition de la roue, on a imposé au constructeur de remplacer les fusibles par des fusibles vissés.

Nous avons intégré que probablement un grand nombre d’incidents antérieurs étaient dus à un problème de fusible.

Dakar est le 1er incident dans la course au décollage.

Le CHSCT a considéré que c’était le précurseur du 25 juillet 00, c’est une erreur de rédaction. C’est un précurseur de Washington. C’est un pneu qui lâche, dans la phase de décélération, le pneu lâche sous la pression.

La Présidente : j’ai le rapport du CHSCT où il est inscrit le 25 juillet 00, inscrit deux fois. C’est pas une erreur.

M PERRIER : on aborde l’historique hors la présence des experts. Je ne peux pas traiter Washington sans la contradiction des experts.

La Présidente : je souhaite que les parties exposent les éléments et qu’ensuite on demande l’avis des experts par rapport à ce que vous dites. Cette affaire, ce n’est pas un problème entre experts et prévenus et le tribunal va compter les points. On peut en débattre, on peut en parler sans la présence des experts.

M PERRIER : dans l’ordre que vous avez élaboré, vous allez revenir.

La Présidente : on a prévu deux interventions des experts, pour éviter les redites.

M PERRIER : à l’époque, les souvenirs que j’ai, nous avons eu une remarquable relation avec Air France pour nous rapporter les éléments de leurs enquêtes internes, sur l’aspect opérationnel. Nous avons eu tous les détails par notre représentant permanent à Roissy.

Pour avoir rencontrer le commandant de bord de l’époque, le souvenir que j’ai de cet entretien, son déclenchement de l’accélération arrêt était lié à l’effet de boule de feu.

Air France nous a communiqué l’enregistreur de paramètres. Les rapports ont été excellents. Nous n’étions pas d’accord sur le fait que les tuyauteries n’affectaient pas le circuit de rentrée de train mais la fonction de la rétraction de l’amortisseur principal.

Pour cet accident, je n’ai pas compris pourquoi M BOURGEOIS parle d’arrêt miracle. On n’a jamais considéré que c’était un évènement grave. Après nous verrons que l’évènement que l’incident de Washington remettait en cause les critères de navigabilité.

La Présidente : Da 4203, p 7 : est ce que c’est Washington qui a entraîné ces réflexions ou avant, il y avait eu cette réflexion que cela pouvait avoir sur la navigabilité ?

M PERRIER : c’est l’inconnu qui plane. C’est une hypothèse que l’on partage par forte charge. L’enquête de l’époque ne laisse pas penser que ce débris ait été à la cause de la perte de pneus. Le premier pompage colle avec l’exploitation de l’enregistreur de paramètre. L’éclatement du pneu a été postérieur. L’accident de Washington nous a imposé que c’était du à la surcharge. On n’était pas dans la probabilité à 10-6, les conséquences de Dakar ne sont pas graves, alors que celles de Washington le sont. Dakar est une alerte et Washington, on n’est plus dans le coup.

La Présidente : entre mars et juin, vous vous posez des questions ?

M PERRIER : on réfléchit sur l’hypothèse de la double charge. C’est le fruit du dialogue entre Air France et le constructeur français.

La Présidente : suite à cet évènement de Dakar, vous avez eu des contacts avec la DGAC, le SFACTS ?

M PERRIER : je n’ai pas le souvenir.

Le Procureur : vous avez parlé des questions que vous vous êtes posé pendant cette courte période sur la certification. Je voudrais rappeler un document de la direction des opérations aériennes d’Air France : d’après ce que dit Air France ses inquiétudes au constructeur : Da 3106, § B, p 3.

M PERRIER : c’est le dialogue avec Roll Royce était en cours. (…)

Le Procureur : il ne parle de problème d’arrêt éventuellement des deux moteurs pendant la phase critique.

M PERRIER : je vous dis, ils ne détaillent pas à ce point là. Ce sujet a été étudié.

Le Procureur lit la suite du document.

M PERRIER : il a toujours été considéré que ceci rentrait dans la présentation de M HECKMANN dans les évènements qui ne sont pas pris en compte. La perte de deux moteurs sur un aéronef n’a jamais été prise en compte. La perte du moteur n’est pas lié à une double ingestion de débris de pneu, mais est lié à la perte de poussée. Il n’est pas nécessaire d’y revenir.

La Présidente : oui on a eu des explications.

Le Procureur : Air France s’inquiète sur l’ingestion de débris dans les deux moteurs.

M PERRIER : oui Air France a le droit de s’inquiéter, mais ce que je peux vous répondre, c’est ce que le sujet a été traité mais plus jamais, on est revenu dans toute l’histoire du Concorde, d’une double extinction des deux réacteurs pendant la phase décollage.

Le Procureur : le dernier point… On a effectivement les tuyauteries de l’amortisseurs ont été déformés.

M PERRIER : le fluide hydraulique passe. On met une seconde de plus pour rétracter l’amortisseur.

Ces questions ont été répondues au fil des temps et des études, le dialogue entre les compagnies et constructeurs n’a jamais été rendue. On a repensé les circuits hydrauliques.

Le Procureur : l’un des points soulignés dans cette 3ème interrogation d’Air France, c’est les dégâts sur les circuits électriques, il y a arrachement du harnais électrique du train gauche ?

M PERRIER : pas totalement. La pression est relâchée sur le frein, il ne freinait pas.

Le Procureur : ce document vous a été communiqué comme constructeur à l’époque ?

M PERRIER : j’en ai le souvenir. J’ai dit que Air France a été d’une totale transparente, je ne doute pas que ce document a été transmis.

Le Procureur : si rien n’avait été lancé, vous n’aviez pas eu le temps de vous plonger ?

M PERRIER : vis-à-vis de l’ingestion par les moteurs, nous avions commencé à travailler. Ce problème avait été regardé avant la certification.

Ce problème, on n’a pas entendu l’incident de Washington pour réfléchir au moteur. Ceci n’a rien de spécifique au moteur du Concorde, sur tout moteur, il faut travailler sur des indications annonciatrices de la perte de poussée.

Le Procureur : j’ai fait des recherches, j’ai pas trouvé d’étude visant Dakar, j’ai trouvé des études après Washington.

M PERRIER : oui ce problème de moteur, vous ne le trouvez ni après Dakar ou Washington. Il n’y a pas de dossier qui montre ce travail interne de réflexion.

Le Procureur : les réacteurs perdus en vol, il y en a eu ?

M PERRIER : oui il y en a eu 3 ou 4.

Me BOUSSEREZ : une observation, sur le 2ème moteur, M GAZON (pour l’accident de 2000), a dit que le 2ème moteur aurait subi le même sort que le premier s’il n’avait pas été coupé ?

M PERRIER : vous parlez de quel moteur ?

La Présidente : le moteur 2

M PERRIER : le moteur 2 n’avait pas été endommagé par des impacts. Je l’avais expliqué, avec l’entrée d’air. M BURTT avait voulu intervenir ce point. Le moteur 2 qui a été coupé, n’a pas été trouvé endommagé par des débris.

Me BOUSSEREZ : M GAZON avait dit que ce qu’il la sauvé, c’est d’avoir été coupé. Il aurait subi le même état.

La Présidente : mais de mémoire, il n’a pas dit qu’il aurait eu le même phénomène.

Me GUERIN : M BURTT n’a pas esquivé les débats. Il reviendra avant les plaidoiries, il reviendra avec plaisir pour débattre sur ce point.

La Présidente : je laisse la parole à M HERUBEL, la prévention vous concerne pour des faits commis entre 93 et 95.

M HERUBEL : j’ai lu les dossiers, je ne peux rien ajouter à ce qu’a dit M PERRIER, à cette époque, j’étais sur d’autres sujets.

La Présidente : M FRANTZEN même chose, avec une précision, c’est une prévention sur des faits commis entre 79 et 94.

Est-ce que vous souhaitez dire quelque chose sur cet incident de Dakar ?

M FRANTZEN : j’aimerais revenir sur deux points. Quand vous avez interrogé M ARSLANIAN sur des potentiels d’évolution. Dans l’aviation civile, mon service n’était pas lié sur comment le BEA devait travailler, à qui il devait rentre compte. Cela aurait été indécent d’émettre un avis sur cette structure.

Un 2ème point, il a été fait mention d’une enquête Air France sur cet incident Dakar, les enquêtes Air France était approfondies, à un point qui frôlait l’excès.

Personnellement par rapport à l’incident Dakar, 31 ans après, la mémoire de cet incident et la mémoire de l’incident de Washington se confondent. Je ferais appel à la cote Da 3073 : c’est la note de Washington. Le titre de cette note est précis, il n’est pas spécifique de Washington, il couvre la totalité du paquet d’information, à la fois Dakar et Washington. J’ai du mal à triller.

J’aimerais répondre à la question : est ce que quand on retire le certification de navigabilité sous une forme ou une autre, est ce que cela entraîne une pénalité financière ? Oui, il y a des conséquences financières.

La Présidente : les parties n’ont pas de questions ?  Non.

Audience suspendue à 19h24.

Journée du 31 mars

31 mars 2010

LA PRESIDENTE

Si j’ai bien suivi je n’ai pas reçu de pièces aujourd’hui

Me SOULEZ LARIVIERE

Sauf celles d’hier

LA PRESIDENTE

Oui mais j’avais indiqué les pièces 9 à 16 versées. Je les ai reçues par fax puis par courriel. Parlez m’en si vous souhaitez verser des pièces aux débats.

Au niveau des témoins, ils seront là vers 16h ?

La défense acquiesce.

LA PRESIDENTE

L’avocat de M HERUBEL souhaitait lui poser quelques questions.

M HERUBEL revient à la barre

Me LE GUILLOU

Est-il possible d’afficher la pièce 3937, p125, qui est un organigramme de la direction des études ?

La pièce est affichée

Me LE GUILLOU

M HERUBEL arrivez-vous à lire ?

M HERUBEL

Oui

Me LE GUILLOU

Comment fonctionniez-vous en rapport à cet organigramme ?

M HERUBEL

Il s’agit de l’organigramme de 93 à 94, y figurent les ingénieurs en chef des divers programmes : il y  a mon nom, dépendant de la direction des études, d’autres dépendent directement du directeur technique. C’est M THOMAS (direction des études) qui suivait mon salaire et ma carrière. Sur la colonne de gauche, sont répertoriés les départements responsables des divers sujets à traiter : ils peuvent être sollicités par les ingénieurs en chef en fonction des besoins avec éventuellement des priorités : ils peuvent être sollicités par les différents programmes.

L’ingénieur en chef anime les actions entreprises. Avec lui dans le programme des avions en exploitation, il n’a pas d’équipe directe à part un adjoint et une assistante.

Il existe aussi une direction de l’après vente, dont le rôle est la liaison avec les compagnies aériennes. Cette direction n’est pas dans cet organigramme, elle dépend directement de la direction avion. Les informations récoltées remontent à l’ingénieur en chef qui trie et classe les informations et leur donne un rang (mineur, majeur…°) j’ai formalisé en arrivant à ce poste une relation entre les spécialiste de la direction des études et les ingénieurs de la direction de l’après vente : j’ai organisé des réunions bimensuelles pour qu’ils échangent leurs avis sur les remontrées d’informations des compagnies aériennes et les actions entreprises en réponse à ces informations. Il y avait donc des réunions systématiques qui sont dans les pièces du dossier

Les directions de l’après vente tout les mois émettaient des rapports techniques des évènements en provenance des 2 compagnies aériennes. La diffusion était très large envers les autorités comme envers les compagnies aériennes, certains fournisseurs, les partenaires de BRITISH AEROSPACE et AEROSPATIALE notamment

LA PRESIDENTE

Sur les documents que vos avocats ont fournis, on voit la liste de tous les destinataires.

M HERUBEL

Oui c’est cela.

Un résumé de ces rapports était établi tout les 3 mois.

Entre les spécialistes de la direction des études et ceux de l’après vente, tout les 2 mois j’organisais une rencontre sur tout les sujets de responsable interne à aérospatiale.

Tout les 3 mois il y avait un technical support meeting, dont j’avais la charge de part ma note de fonction : ces réunions réunissaient les 2 compagnies et les 2 constructeurs, pour échanger sur tout les sujets.

Tout les ans avait lieu l’ARM, une réunion de revue de navigabilité, organisée par les ingénieurs en chef à tour de rôle : une fois par moi une fois par mon homologue britanniques. Les autorités participaient à cette réunion. Tout les ans un rapport de fiabilité de la flotte était établi, un pour les cellules, un pour les moteurs : ils étaient remis aux autorités de programme (ce qui est différent des autorités de navigabilité) ; qui étaient donc informées de l’ensemble des problèmes et du suivi des actions

Me LE GUILLOU

Concernant les compte-rendu de réunions bimensuelles, nous les avons communiqués, pièces n°5 et suivantes.

LA PRESIDENTE

Des questions à poser à M HERUBEL ?

Assesseure

J’avais cru qu’il y avait un bureau de gestion Concorde, où les autorités françaises et britanniques géraient les problèmes ?

M HERUBEL

Ce bureau a dû exister au début du programme. A mon époque il résultait les réunions annuelles entre les autorités de programme

Assesseure

Autorité de programme ?

M HERUBEL

DPAC pour les français et MOD pour les britanniques, qui vérifient que le programme se déroule correctement notamment du point de vue des autorités de tutelle.

M FRANTZEN

Je pense qu’il s’agit du Concorde managment board, qui était composé de la DPAC (qui traite de sujet très différents de la certification ) et leurs homologies britanniques : il s’agit donc d’un organisme de gestion du financement du Concorde par l’Etat

M HERUBEL

Ceci n’existait plus quand j’y étais car les financements dépendaient uniquement des compagnies aériennes.

Me RAPPAPORT

Est-il exact que M HERUBEL ait eu à s’occuper des incidents de Londres de juillet et octobre 1993 ?

M HERUBEL

J’étais en fonction à ce moment depuis début juillet 93

Me RAPPAPORT

En quelle qualité êtes-vous intervenu et quelle a été votre action ?

LA PRESIDENTE

Nous verrons cela à partir de demain. Vous pourrez alors poser votre question

Me RAPPAPORT

Puisque nous parlons des responsables à cette époque je souhaite que M HERUBEL explique quelle était sa responsable à cette époque.

LA PRESIDENTE

Il y aura des redites

Me MALGRAIN

Me RAPPAPORT n’était pas là hier

Me RAPPAPORT

J’ai quitté l’audience avant qu’elle ne prenne fin car j’avais des obligations mais j’ai eu des échos et je sais que les débats ont tourné autour des responsabilités de chacun donc je voudrais savoir quelle responsabilité avait M HERUBEL

M HERUBEL

J’ai été nommé ingénieur en chef (DA 3767) et j’étais chargé entre autre du suivi de navigabilité

Me RAPPAPORT

Pour résumer vous aviez une responsable pour la navigabilité ?

M HERUBEL

Oui

LA PRESIDENTE

Dans la continuité de cette question, devant le JUGE D’INSTRUCTION en cote 4121 vous avez dit que « M. PERRIER dirigeait dans la mesure où il initiait et contrôlait ce qui se faisait. Il n’était pas au quotidien dans les équipes qui faisaient ce travail. Il était le garant de la bonne continuité des opérations de cet avion à tous points de vue, à haut niveau, c’est à dire avec l’ensemble des directions de la société, avec les clients et avec les autorités. Moi, j’étais au niveau des personnels qui faisaient le travail.»

Confirmez-vous ?

M HERUBEL

Pas tout à fait car je regrette d’avoir parlé d’initiative et de contrôle pour M PERRIER. Certes il a attiré mon attention sur les points importants, puis il était avec moi pour les sujets intéressant le programme, pour la bonne utilisation des avions

LA PRESIDENTE

Dans ce même interrogatoire vous dites :

« QUESTIONS : Comment faut il comprendre cette répartition des tâches, notamment la question du compte rendu opérationnel ?

RÉPONSE : c’est par différence avec l’aspect fonctionnel. L’opérationnel est relatif à la coordination et l’utilisation des avions. Le fonctionnel est ce qui est lié aux différents métiers.

Quand une action était lancée, se présentaient des aspects techniques et des aspects relatifs aux délais de développement des actions. Je traitais ça au jour le jour. J’en rendais compte à M. PERRIER de façon globale »

Vous confirmez ces propos ?

M HERUBEL

A moins que M PERRIER n’ait à redire…

Rires dans la salle

Tel que je l’ai vécu oui.

LA PRESIDENTE

Merci

Nous allons en tendre maintenant M FRANTZEN

Il n’est pas toujours facile de comprendre la DGAC. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours et votre position dans la DGAC ?

M FRANTZEN

Pour répondre à vos questions, j’ai prévu quatre temps :

-Ma carrière

-Mes fonctions

-Qu’est-ce qu’une certification ?

-Le suivi de navigabilité dans la certification

Ma carrière :

Après une formation classique à Supaéro après polytechnique et une formation de pilote militaire j’ai travaillé de 62 à 68 aux essais en vol. Je suis affecté ensuite à la direction des transports aériens au bureau des matériels volants pour m’occuper à la fabrication des règlements TSS standard du Concorde. En 69 je succède au chef de ce bureau et entraine la scission des questions de certification et navigabilité sans interférences de stratégie politique, et les questions de budget : je prends en charge la fonction certificat. Je couvre à ce titre tout les avions.

En 75 je suis nommé sous directeur technique de la direction des transports aérien : à la certification s’ajoute la maintenance mais aussi la fonction exploitation (vérification sur les compagnies). Le poste du chef du bureau est repris par M DUGOULET qui interviendra à l’audience. Contrairement au rapport d’expert, le poste de chef de bureau n’a pas été remplacé par celui de sous directeur technique : il y a toujours eu ces deux postes. Notamment cela m’a fait passer d’une fonction opérationnelle à une fonction hiérarchique.

En 89 je deviens directeur du SFACT (ancienne direction technique) (qui couvre à la fois mes fonctions de sous directeur technique plus la surveillance du personnel naviguant, mais aussi le pilotage de 11 centres de formation (plus de 1000 effectifs) : le SFACT a deux casquettes : sécurité et production de compétences. Je réorganise le SFACT pour bien faire la scission entre ces deux fonctions.

En 1994, date apparemment clé dans la vision des experts et date à laquelle s’arrête mon expérience électronique : je deviens jusqu’en 2002 inspecteur général pour la sécurité nucléaire à EDF

LA PRESIDENTE

J’ai oublié de dire que les faits qui vous sont reprochés datent entre 79 et 94 en qualité de sous directeur technique puis de chef de la SFACT

M FRANTZEN

Mes fonctions :

Vis-à-vis de la technicité je me retrouve dans la même position : le périmètre est simplement plus ou moins grand. Seules les questions de circulation aérienne et d’aéroport ne relèvent pas de mes fonctions. La fonction essentielle de la sécurité aérienne est celle d’exploitant car c’est là que senoue la réalité du jour, avec à la pointe l’équipage : c’est là que se noue fondamentalement la sécurité : c’est vrai pour toutes les techniques. Il en est ainsi dans le nucléaire. Dans l’aviation c’est plus sophistiqué : le constructeur est un sous traitant de l’exploitant spécifique et l’Etat intervient dans le processus d’exploitation.

Il y a des dizaines de milliers d’avion en France : tous justifient une action d’Etat relative à la sécurité ; il y une centaine de compagnies (c’est-à-dire des entreprises de transport aériens : certaines n’ont qu’un seul avion et d’un seul pilote) : de plus à l’époque c’est la naissance des charters, ce qui mérite de l’attention des services de sécurité aériens. Il y a environ 700 ateliers d’entretien, et 12000 pilotes. Avec les hélicoptères et planeurs nés ou immatriculés en France on tombe sur 20 à 30000 aéronefs répartis dans le monde et la France a des obligations en la matière : mon témoin M COFFIN rappellera le cadre dans lequel s’exerçaient mes fonctions.

Au niveau hiérarchique mon rôle était d’organiser mon service de façon à chaque fois à rendre pures et nette les obligations de chacun. Je peux citer les pièces versés récemment qui traitent de ces réorganisations auxquelles j’ai procédé.

Un arrêté de 78 définit les missions de la DGAC, en son article 8.

LA PRESIDENTE

Quelle est la cote ?

M FRANTZEN

Il s’agit de la pièce N°3

A cette époque je suis sous directeur technique : on lit dans l’art 8 que ce service traite de la sécurité pour la conception, l’entretien, la conduite etl’utilisation de l’aéronef : ce service traite donc de l’aéronef en vol.

LA PRESIDENTE lit l’article 8 en son entier

M FRANTZEN

Les mots dans le chapeau de l’article 8 sont difficiles à comprendre : il s’agit du suivi du personnel naviguant et des personnels de formation.

Je pense utile de vous présenter l’organigramme de ce service à l’époque :

En pièce 5 vous avez un organigramme datant de 1982

LA PRESIDENTE

J’ai un peu de mal à le lire

Le technicien parvient à grossir le document

M FRANTZEN

Le chef du service est M PALAYRET : je suis son adjoint avec M JAMET. La sous direction formation est dirigée par M JAMET avec des questions de brevet licence pour les navigants et la formation. Dans la sous direction technique que je dirige, vous trouvez une fonction règlementation des aéronefs que j’ai crée pour éviter la prolifération d’arrêtés, vous trouver également des fonctions certificat, entretiens, coordination des services. Voilà en gros ce que je dirige à l’époque.

Lorsque je deviens chef du SFACT, même pièce, l’organigramme de 90 montre que je suis chargé du service : je suis à la tête des fonctions certificat, entretien, utilisation, aviation légère, réglementation personnel navigant, réglementation des aéronefs…

Voilà la structure du SFACT questions sécurité aérienne d’une part, et d’autre part, sous la direction de M TROADEC, les questions relatives à la formation dans les centres.

Quand je suis chef du SFACT deux grands pôles donc : entretien, certificat, exploitation, personnel navigant, et un pole « Etat producteur de compétences » : stagiaires, formations… Il y a donc dissociation.

La fonction animation traite également les moyens humains : notamment la sélection et formation : à l’école nationale de l’aviation civile je fais créer des stages spécifiques pour les futurs membres de notre cellule. Nous formons également le personnel aux langues étrangères, à savoir à l’anglais indispensable dans l’aviation et a fortiori sur Concorde : par exemple lorsque M AUFFRAY a rejoint la certification Concorde, il a fallu lui assurer une formation en anglais, tout cela s’organise.

L’animation c’est aussi les finances : une grande difficulté ce sont les frais de missions. La capacité d’aller en Grande-Bretagne pour se coordonner avec les britanniques nécessite de nombreux voyages : les crédits de missions sont donc un sujet important. De même les matériels (époque de l’informatisation), les locaux (nombreux déménagements, ce qui a eu un impact durant l’instruction : avec tout ces déménagements il y a eu un certain nombre de pertes).

Il y a également des services de soutien constitué en trépied : la DGAC, le ministre de la défense et le bureau Veritas. Depuis l’immédiate après-guerre le ministre défense a gardé les questions de la sécurité, cela ne relève pas de l’aviation civile. C’était le bureau Véritas qui avait par délégation cette fonction : l’organisation de ces délégations est pour le chef du SFACT une fonction essentielle.

Les industriels ont voulu améliorer l’efficacité du système : un conseiller d’Etat qui témoignera pour moi a été chargé de cette réflexion : pour un sous directeur technique ou un chef du SFACT comme je l’ai été, participer à cette réflexion est une fonction très prenante.

Normalement je rends compte à un directeur général de l’aviation civile, avec le chef du SFCAT comme intermédiaire puis directement quand j’étais chef. Celui-ci rend compte au ministre. Il est normal que le ministre ait besoin d’être informé. C’est une fonction importante. Lorsqu’il se produit des évènements qui peuvent avoir des conséquences sur une politique du gouvernement, il faut rendre naturellement en rendre compte à la hiérarchie. Rendre compte et être tenu au courant par la hiérarchie est important. Par exemple la DGAC est sous le contrôle de la cour des comptes tout les 3 ans. Dans ce cadre des créations des structures que j’ai engagée j’ai été supervisé. Une action d’enquête parlementaire donnée comme pièce récemment par le parquet, avec le sénateur qui s’est penché sur l’action du SFACT, a été initiée par un rapport de la cour des comptes : le chef du SFACT doit rendre compte : voilà une autre fonction d’animation.

En tant que chef du SFACT j’ai du signer parfois quelque certificat de navigabilité individuels car le chef du bureau était absent, mais je n’ai jamais signé de certificat type, y compris pour le Concorde : il a été signé par le chef du bureau M DU BOULLAY, qui s’en expliquera.

Alors comment puis-je savoir ce qui se passe dans les bureaux si je ne signe pas ? Il y a un contrôle interne par des réunions de tous les chefs de bureau qui rendent compte des évènements essentiels de leurs secteurs. Chacun évoque les moyens dont il dispose. Il ya également des dialogues bilatéraux : je recevais fréquemment les chefs de bureau ; ma porte était toujours ouverte : je suis au courant stratégiquement mais la décision prise par un spécialiste, avec le flux d’information quotidien de tout ces services, je n’ai pas à la connaitre spécifiquement. Par exemple sur un accident mortel avec un DC 10 il est apparu au cours de l’enquête qu’auparavant des circonstances similaires avaient eu lieu au canada, quelque temps avant : la FAA et Douglas se sont assurés que leurs services prenaient toutes les décisions. Malheureusement les chefs ont discutés entre eux et le problème concret n’a pas été traité. Ceci démontre que si les chefs court-circuitent leurs services, c’est l’insécurité. Le chef doit donc s’assurer que le travail est fait mais ne se substitue pas à ses collaborateurs.

Ceci se reflète en matière de délégation : dans l’administration nous agissons tous par délégation au nom du ministre. Il s’agit de délégations de signatures : je signais un certain nombre d’actes et en mon absence ce sont les chefs de bureau qui s’en chargeaient. Concrètement on nous dit qu’ « en l’absence du ministre » un tel peut signer : « en l’absence » veut dire « connaissance sur le dossier » : ainsi c’est la personne compétente sur le dossier qui se retrouve avec une délégation de signature. M DU BOULLAY signait au nom du ministre tout les actes de certification, de même ses collaborateurs : M CHAMPION par exemple pouvait signer les actes au nom du ministre sur les dossiers qu’il suivait.

Pour le cas du Concorde, les gouvernements en 62 ont souhaité que le type Concorde fasse l’objet de deux certifications indépendantes : il ne fallait pas bouleverser les anglais et français, qui étaient très différents : il fallait donc mener en parallèle deux certifications. Je suis bouleversé qu’on m’ait demandé comment se passait la certification en France et qu’on ne se soit pas interessé sur la certification britannique. La DGAC devait se cordonner avec la CAA pour obtenir des règles communes : des pièces vous ont été diffusées, il s’agit de la pièce 7 qui donne trois exemples de procédures Concorde. Ceci a demandé du temps

La certification :

Je crois utile de rappeler ce qu’est une certification. Je ne sais pas comment ne pas être excessif au sujet de l’instruction mas je suis tenté la qualifier d’« affligeante ».

La navigabilité est une aptitude de l’aéronef : par le certificat l’Etat vérifie cette aptitude. Il peut déléguer à des services ou aux industriels eux-mêmes. Pour faire une vérification, il faut un mètre étalon, la réglementation. Dans l’instruction j’ai trouvé du blabla sur la loi de Murphy, des références à internet alors que cela n’existait pas à mon époque. Je me réfère quant à moi à l’art R133-1 code de l’aviation civile : l’arrêté du 6 septembre 1967 s’applique : il s’agit de l’acte fondateur des certifications. Il a souvent été modifié en fonction des évolutions. Il prévoit notamment que la réglementation de certificat ce sont des conditions techniques notifiées au cas par cas par le ministre chargé de l’aviation civile. Pour ces conditions notifiées à la demande, le monde américain exerce une certaine pression : il vole deux fois plus qu’en France, dispose d’une expérience plus grande : on regarde donc toujours ce que font les américains. Les réglementations sont chez eux les minimum savety requirements : elles couvrent ce qui est nécessaire, sans quoi il y aura des glissements ou des réalisations techniques inappropriées : là où naturellement le savoir faire des gens fait qu’il n’y a pas de risque particulier il n’y a pas de réglementation.

Lorsque nous nous sommes rapprochés des britanniques, pour eux la réglementation est un guide pour mener l’avion à « fit to fly », c’est-à-dire pour qu’il soit prêt à voler, mais pourtant leur réglementation est parsemée de phrases qui reportent à une décision convenue avec l’autorité. Il y a donc une autre optique.

Pour Concorde il a donc fallu mixer ces deux cultures.

La réglementation doit ensuite être interprétée, car elle est écrite souvent en termes généraux. Il y a des interprétations standard c’est-à-dire que les autorités proposent une interprétation non obligatoire : l’industrie peut proposer une autre interprétation aux autorités.

Il y a également un autre type d’interprétation : quand il faut délivrer une certification, il faut des règles concrètes : l’industrie propose des interprétations détaillées, et dans un dialogue avec les autorités les interprétations qui paraissent acceptables sont décidées. L’interprétation en France relève des gens compétents : c’est affaire de spécialistes structure : cela se passe entre l’industriel postulant et les techniciens du ministre de la défense : la DGAC n’est informée que des conclusions, qui apparaissent dans un « grand livre ». Ces exigences réglementaires et leurs interprétations relèvent de deux grandes catégories :

Le premier regard est traditionnel, basé sur l’expérience : c’est un ensemble d’exigences forfaitaires, arbitraires : exemple : l’avion doit pouvoir résister à telle rafale de vent. Si l’expérience montre que c’est insuffisant, on modifie cette valeur arbitraire. Elle peut s’appliquer globalement ou spécifiquement par ex : la manette du train d’atterrissage aura telle forme (car tout le monde la connait)

A peu près à l’époque de Concorde, arrive une nouvelle génération de réflexion, basée sur un couplage entre la probabilité que l’évènement se produise et les conséquences que cela entraîne : à ce moment on commence à dispose d’ordinateurs assez puissants qui permettent de traiter de milliers de cas à la fois. La réglementation est plus analytique : ainsi du TSS A1 du Concorde. Les témoins qui vont entendrez vous en donnerons une analyse.  Ces approches qui rapidement conduisent à des réflexions probabilistes, sont une toute petite partie de la réglementation, contrairement à ce qui apparait dans le rapport d’expertise : la partie du TSS traitant de l’approche analytique ne fait que 6 pages sur un document de 10 cm de large : ainsi la certification est fondamentalement basée sur la réflexion traditionnelle et a un supplément d’âme pour vérifier que l’approche déterministe n’a pas laissé de trous. De plus quand on parle probabilité, la demonstration d’une réelle probabilité est physiquement impossible : on est toujours dans une prévision mais on ne peut pas démontrer les probabilités ; d’autre part une structure ne se décide pas par probabilité, par exemple concernant le vieillissement d’un avion. Je tenais à dire que cet élément n’est qu’un élément de la certification, qui ne s’applique que là où on peut l’appliquer.

Les TSS standard ont du être créés pour la double certification française et britannique. La certification française était largement américaine, la certification britannique était différente : pour marier les deux premières voies ont en a choisi une troisième. Les américains (FAA), lorsqu’ils ont envisagé la certification d’un supersonique et lorsque quelques années plus tard ils ont certifié le Concorde, ont appliqué leu standard à Concorde en ajoutant les conditions utiles à ses spécificités, par exemple pour le décrochage.

Qui procédait à cette certification ?

En France on se reporte au décret du 22 décembre 1945 et 20 février 1947 : c’est en vertu de ces décrets que le centre d’essais de Toulouse intervient. L’Etat ne contrôle pas tout. Dans votre traitement du volet américain, j’ai ressenti une hésitation sur la notion de contrôle : ce qui est clair, c’est que si l’on veut avoir confiance dans le travail fourni par quelqu’un, ce n’est pas en traitant ce qu’il a fait qu’on est efficace car la personne ne prend plus le recul nécessaire à ce qu’elle a fait elle-même : sa vigilance diminue car elle sait que quelqu’un la surveille : il faut donc contrôler par prélèvement et responsabiliser chacun. Il n’y a pas de contrôle efficace qui soit un contrôle à 100% : un tel contrôle est nuisible. Les spécialistes du contrôle exercent donc ce contrôle par prélèvement : ils rendent compte de leurs conclusions à la DGAC qui signe les certifications type.

Il y en permanence des modifications dans ces certifications : contrairement à ce qui a été dit dans certaines pièces du dossier, la DGAC ne signe pas ces modifications : c’est au sein du STPA que les avis des différents spécialistes sont recueillis : voir par ex la pièce n°8

LA PRESIDENTE

Veuillez parler plus doucement svp

Me SOULEZ LARIVIERE

Il parle doucement

LA PRESIDENTE

Je ne lui fais pas offense en demandent cela, il est utile pour le délibéré que le tribunal puisse prendre des notes.

M FRANTZEN

Sur ce document vous voyez que les spécialistes du ministère de la défense (STPA) donnent leur accord, puis la CAA confirme : le SFACT n’intervient que s’il y a besoin de consignes de navigabilité.

J’en viens au suivi de la navigabilité…

Assesseure

Il y a sur le document une signature d’un monsieur qui dépend de l’armée, et il y a un tampon de la CAA : une autorité administrative a approuvé ?

M FRANTZEN

La double certification se produit ainsi : par l’armée pour la France, par la CAA pour la Grande-Bretagne.

Concernant le retour d’expérience :

Ce n’est pas une vision de gaudrioles telles la loi de Murphy… Le retour d’expérience a trois finalités :

-Lorsqu’un accident intervient, il apporte des leçons : très tôt on décide de le traiter à fonds : l’annexe 13 de l’OACI se met en place. Une autorité spécifique est mise en place dans les pays ayant une grosse aviation : c’est le BEA en France. Ceci s’applique aussi aux évènements graves, où l’on s’est fait peur.

-On pense également qu’il serait bien que les compagnies rendent compte d’un peu tout au constructeur. On ne peut pas tout prendre en compte cependant : tout ce qui est constaté lors de la réparation ou du vol, constitue environ un million d’informations par an : il y donc un certain filtre des informations qui remontent. Il y une succession de filtres décrits hier par M PERRIER. On utilise ce qui est significatif.

-Le troisième niveau, c’est que l’on fait progresser un type d’avion, mais il y un savoir plus général qui mérite d’être réuni : on informe les autorités pour tirer des enseignements de nature quasi scientifiques pour faire progresser l’aviation dans son ensemble. Actuellement par exemple pour les Etats-Unis le premier problème c’est le risque d’intrusion sur les pistes (un avion entre sur la piste pendant qu’un autre décolle) : ce genre d’information ne peut remonter que si les compagnies font remonter : ainsi dès 75 un arrêté en France prévoit que les exploitants doivent faire remonter les informations au ministère : dès 79 il est dit que cela se fait auprès du BEA. Qu’est-ce que le BEA en fait aujourd’hui ? M ARSLAINAN pourra nous le dire s’il le souhaite. Fondamentalement l’information ne va pas des compagnies vers le SFACT mais vers le BEA. Beaucoup de compagnies mettent le SFACT en copie : le SFACT met alors au courant ses bureaux spécialisés ; de même le BEApeut informer le SFACT et ses bureaux compétents.

LA PRESIDENTE

Quelles sont les relations entre le BEA et le SFACT ? Vous avez un lien direct avec le BEA ?

M FRANTZEN

Premièrement, mais cela est inégal, les compagnies peuvent envoyer les informations en copie au SFACT. Vous avez vu hier que les informations allaient à AEROSPATIALE, qui rediffusait les informations : le SFACT était sur cette liste, tout comme le BEA. Cela n’est pas obligatoire.

Le BEA étant informé de tout ce dont les compagnies rendent compte, s’il lui apparait qu’il y a des indices significatifs, il appelle le bureau de certification du SFACT ou informe qu’il faudrait surveiller la maintenance de telle compagnie. C’est un élément d’appréciation fondamental pour le contrôle en opportunité dont je vous parlais tout à l’heure.

LA PRESIDENTE

Intellectuellement, que pensez-vous du fait que le BEA est destinataire du retour d’expérience plutôt que le SFACT qui est l’élément moteur de la sécurité ?

M FRANTZEN

Le BEA aussi a des fonctions importantes : le SFACT n’est pas le seul sur la sécurité. Le flux d’information a deux usages :

L’usage culture-science, qui pour moi relève de la réglementation ; pour se focaliser là ou l’expérience quotidienne montre qu’il y des besoins.

Le second usage est le suivant : l’OACI recommande mais les textes français imposent que les compagnies informent les constructeurs pour qu’ils améliorent leur produit : il est bon ainsi que les relevés mensuels dont parlait M PERRIER puissent être confrontés à ce qui a été remis au BEA

Le BEA peut tout à fait jouer ce rôle autant que le SFACT.

Assesseure

Le STPA, c’est le service technique équivalent de la DGAC au ministère de la défense ?

M FRANTZEN

J’ai du mal a accepté le terme équivalent.

Dans le STPA on trouve des spécialistes (20 à 30 spécialités) qui traite à la fois avions civils et avions militaires, aujourd’hui certains sont spécialisés sur l’aviation civile. Il y a donc ici une compétence détaillée. De même le bureau Véritas est très spécifiquement compétent.

A la DGAC on réalise une synthèse du travail de la STPA pour faire une liaison transverse entre ce qui est proposé par le STPA et ce qui est possible au niveau des exploitants. Le SFACT n’a pas d’ingénieur structure : nous ne sommes pas pilotes d’essais ou de lignes, nous n’avons de compétences détaillées : le STAP est techniquement détaillé, l’autre est un travail de synthèse : ce n’est donc pas comparable.

LA PRESIDENTE

C’est ce que vous avez dit devant le JUGE D’INSTRUCTION.

M FRANTZEN

Absolument

Concernant le retour d’expérience, l’étalon d’appréciation, c’est la réglementation appliquée à la certification d‘origine mais il n’y a pas d’obligation : les mesures peuvent être adaptées à la vie concrète ; je rappelle que la certification est une prévision, alors que le retour d’expérience amène du concret, il ne faut donc pas s’enfermer dans ce qui a servi à la prévision. Tout ceci est come pour la certification, cela peut mener à des modifications : la consigne de navigabilité est de même importance que le certificat type initial : le min chargé de l’aviation civile peut prendre des consigne de navigabilité mais également aller jusqu’a la suspension d’un certificat, cette mesure étant très rarement prise : soit il y a des mesures transitoires et provisoires, soit des mesures à long termes : des réponses permettent généralement d’éviter la suspension.

Pour le cas de Concorde, les deux autorités restent en parallèle pour cette activité de post certification.

Voilà Mme LA PRESIDENTE, je jugeais utile de recentrer tout ceci : la lecture du rapport d’expert, de l’ordonnance de renvoi, et l’écoute de votre présentation ne me permettait pas de retrouver l’approche que j’ai de mes fonctions.

LA PRESIDENTE

Certaines choses peuvent vous paraitre évidentes mais elles ne le sont pas pour nous car nous n’avons pas la même tournure d’esprit, nous qui sommes juristes

M FRANTZEN

Lorsque des appréciations se veulent techniques alors que les personnes qui les donnent n’ont jamais mis les pieds dans un bureau de certification, je crains que vous ne soyez mal aiguillée

LA PRESIDENTE lit un extrait de l’audition de M FRANTZEN

LA PRESIDENTE

Da 4146 « QUESTION: N’étiez-vous pas également en contact avec M. Henri PERRIER, directeur du programme ?

REPONSE : je n’ai délibérément pas cité son nom car M. PERRIER était dans une situation particulière. Il était l’homme des essais en vols. Il m’a d’ailleurs pour partie appris mon métier d’ingénieur d’essais en vols. De sa place, il avait une formidable vision de synthèse de l’avion. C’est lui en tant qu’ingénieur navigant qui a fait décoller Concorde pour la première fois. Il était pour moi un correspondant très facile. Si je me posais une question très technique, il m’était facile d’appeler M. PERRIER. Je ne me suis jamais soucié de sa fonction réelle. J’ai donc du l’appeler fréquemment»

Me DALMASSO

Il faudrait lire la question et la réponse précédente

LA PRESIDENTE

« QUESTION: qui chez le constructeur était votre correspondant privilégié pour les questions relatives au Concorde ?

RÉPONSE : à travers toute la vie de Concorde, M. CORMERY a été une personnalité très importante. Il était un peu le « père » de cet avion, son concepteur, il maîtrisait beaucoup de détails techniques. Il a été pour l’essentiel mon interlocuteur. Claude LENSEIGNE l’a également été souvent. C’était un ancien du STPA. Il y avait en outre un groupe chargé d’animer l’interface entre les constructeurs et les autorités. Son rôle était de rassembler les documents de justification et de les communiquer aux différentes autorités. A ce titre, je pourrais vous citer les noms de Pierre LECOMTE et de Jacques VIARGUES. »

Vous confirmez ?

M FRANTZEN

Oui mais je souhaite dire que M PERRIER était plus ancien que moi : il m’a appris énormément de chose, il est toujours resté disponible à l’époque de la certification de Concorde. Quand je suis devenu chef du SFACT mes niveaux de contacts avaient pour but d’optimiser le trépied français ministère de la défense-Veritas-DGAC : j’étais alors à ce moment plus en contact avec le directeur de la DGAC, mais M PERRIER est resté la référence pour moi sur Concorde. Il m’arrive encore de l’appeler sur ce point. Mais en tant que directeur technique il n’était pas mon interlocuteur.

ME RAPPAPORT

Lorsque M FRANTZEN a été interrogé par le juge d’instruction il a notamment à la question sur les problèmes financiers p5, il a répondu :

« QUESTION : A votre connaissance, le programme Concorde rencontrait-il des problèmes de financement et les moyens, notamment financiers, du constructeur étaient ils suffisants pour faire face au suivi de navigabilité et à la gestion du support en service ?

RÉPONSE : il y a eu des difficultés financières permanentes sur le programme Concorde. C’est un programme qui a toujours coûté très cher et a entraîné de nombreuses discussions, notamment avec la direction des programmes aeronautiques civils. D’ailleurs, je tiens à préciser que j’ai été celui qui, dans les années 70, a fait séparer les deux compétences : état banquier – état sécurité. Je connaissais les difficultés financières du programme Concorde, mais l’impact sur les questions de navigabilité de ces difficultés est égal à zéro. Personne n’est jamais venu nie dire qu’Aérospatiale ne voulait pas faire telle chose nécessaire à la sécurité à cause du coût. Cela vaut pour les modifications, mais aussi pour les études à faire. Ce genre de demande aurait été incongrue.

L’aéronautique est née avec la conscience que la sécurité était une question existentielle. Voir un constructeur venir dire aux autorités ` j’ai des problèmes financiers, je ne vais donc pas faire ce qui est nécessaire sur le plan sécurité », c’est suicidaire pour le constructeur en question.

Ma question est la suivante : vous avez une haute notion des questions de sécurité, ce que nous partageons tous. Lorsque vous parlez de la séparation des fonctions financières et sécurité, c’est vous qui avez pris la tête de la sécurité ?

M FRANTZEN

Ecoutant cette réponse, je retrouve ce que j’ai dit devant le juge d’instruction la seule fois où il m’a interrogé : je n’ai rien à modifier.

Me RAPPAPORT

C’est vous qui avez eu la charge de l’Etat sécurité ?

M FRANTZEN

J’ai eu en charge la certification navigabilité

Me RAPPAPORT

Cote 3961 p 1 et 2, vous avez pris l’ensemble des questions de sécurité : vous dites

« avant 1970 le bureau des matière volants…. Avant 1970, le bureau des matériels volants traitait de la sécurité par la certification; il traitait aussi de tous les appuis de l’Etat pour la construction aéronautique civile, notamment son financement. Après 1970, lorsque je deviens le chef de ce bureau, il ne traite plus que de la sécurité par la certification. A partir de 1979, mes fonctions couvrent toujours la sécurité par la certification mais aussi la maintenance et les opérations. A partir de 1989, en tant que chef du SFACT, s’y ajoutent les licences et compétences des personnels navigants ainsi que la direction de toutes les formations de pilote »

Donc à partir de 79 vos compétences touchent à la sécurité et à la maintenance et aux opérations ?

M FRANTZEN

Je suis d’accord avec ce que j’ai dit : je confirme ce que j’ai dit devant la BGTA

Me RAPPAPORT

En DA 3073, il y a une note du 10 aout 79 ; note à propos de laquelle M FRANTZEN a été interrogé : c’est une note qui fait le point sur la situation : il est indiqué qu’elle sera mise à jour. M FRANTZEN a reconnu qu’il en était l’auteur bien que cette note ne soit pas signée.

Elle se termine ainsi « Il convient maintenant de déterminer si et quand la satisfaction des objectifs de certification pourra de nouveau être atteinte.»

En est-vous l’auteur ?

M FRANTZEN

Non, elle a été préparée par un ensemble de mes collègues. C’est une note transverse, de synthèse ; j’en prend la responsabilité en lui remettant mon timbre SFACT mais je n’en suis pas l’auteur

Me RAPPAPORT

Je pense qu’il faut revenir p 7 cote 4147 :

« QUESTION: Dans votre audition (Da 3961) vous avez reconnu comme étant de votre main un « tableau » intitulé « incidents pneus roues : des causes aux risques « . Ce tableau accompagne une note détaillée (notes SFACT des 26 et 27 juillet, puis 10 août 1979 – Da 3073) faisant « le point des réflexions du SFACT/SDT », note mise à jour à deux reprises. M. CHAMPION(Da 4132) vous a attribué la paternité de cette note RÉPONSE : cette note porte une référence SFACT/T donc à mon niveau. Il s’agit d’un travail collectif qui fait le point sur la série d’événements, notamment celui de Washington. Cette note concerne plusieurs domaines : l’entretien, l’exploitation et la certification. Chacun des bureaux concernés a apporté ses compétences et ses informations. Il était donc normal que la note sorte à mon niveau. Je ne désavoue pas cette note mais je ne peux pas vous dire que j’en suis le rédacteur. C’est une contribution collective pour arriver à une synthèse stratégique.»

Ce qui est important, certes il dispose de services, certes il y a différentes compétences dans le SFACT mais à la suite de l’incident de Washington…

LA PRESIDENTE

Votre question ?

Me RAPPAPORT

C’est bien M FRANTZEN qui à l’aide cette synthèse établi la responsabilité de cette note ?

M FRANTZEN

Je m’étonne par la constance de mes propos entre ce que j’ai dit lors de cette audition et ce que je viens de dire

LA PRESIDENTE

Je suis d’accord

M FRANTZEN

Cette note est le fruit du travail de mes collaborateurs. La synthèse apparait sous mon timbre. Je maintiens ce que j’ai dit

Me RAPPAPORT

3961 p3 :

«La suspension du certificat de navigabilité a-t-elle été envisagée à l’époque, comme elle l’a été après l’accident du 25 Juillet 2000 ?

REPONSE : Je ne m’en souviens pas, mais la lecture de cette note tente à montrer que la chose avait été envisagée. Par contre, je ne saurais faire de comparaison avec la suspension du CDN suite à l’accident du 25 juillet 2000, ayant quitté le milieu aéronautique en 1994 »

La suspension du certificat de navigabilité a donc été envisagée ?

M FRANTZEN

Je maintiens ce que j’ai dit

Me RAPPAPORT

Au sujet de la DTCA, direction technique des constructions aéronautiques qui relève du ministère de la défense, quelle était les relations avec la SFACT ?

M FRANTZEN

La DTCA animait les travaux de la STPA et les centre d’essais en vol. Elle était porteuse de la mission tutelle de l’industrie aérospatiale par le ministre de la défense. Dans le dossier figure une pièce de la DTCA ; ses préoccupations sur Concorde étaient essentiellement financières : cela n’a rien à voir avec la certification car la DTCA a toujours laissé la STPA agir sur le plan de la certification.

Me RAPPAPORT

Pièce Da 4067, il s’agit d’une note de la DTCA de mars 1980 : cette note ne traite pas du tout que de questions financières : on a toute une série de préoccupations exposées dans cette note, notamment la mention que les réservoirs continuent à poser des problèmes qui ne sont pas résiduels. Ce que dit M FRANTZEN est donc démenti par cette note. Je voudrais savoir comment la DTCA recueillait ces informations et qu’elles étaient ses liens avec les autres autorités ?

M FRANTZEN

J’en profite pour dire qu’il est curieux que l’instruction n’ait jamais mis les pieds au ministère de la défense : la note citée par Me RAPPAPORT est une note en tant que financier qui se fait informer des risques : aujourd’hui les financeurs sont au courant des risques en aéronautiques, comme en pharmacie : les conséquences des décisions des services de navigabilité sont importantes pour les financeurs. La DTCA peut par exemple s’informer auprès de ses propres services techniques. En tout cas je n’ai jamais eu professionnellement de rapports avec la DTCA.

Me RAPPAPORT

Je voudrais insister sur cette note : on vient de dire au tribunal que la DTCA n’a de missions que dans le domaine financier

LA PRESIDENTE

Ne déformez pas la réponse de M FRANTZEN

Me RAPPAPORT

Dans la note, on parle des propulseurs, des moteurs, d’aspects administratifs…l’aspect fin est un tiers de la cinquième page. Comment donc la DTCA est informée de ces problèmes ? Le tribunal ne peut se satisfaire de la réponse de M FRANTZEN comme quoi la DTCA n’a pas de liaison avec le SFACT.

M FRANTZEN

La DTCA est chef de tutelle du STPA : à ce titre elle a vocation à s’intéresser à ce que fait le STPA : j’ai constaté que la DTCA est une petite structure, qui ne s’est jamais directement intéressée à la certification de Concorde. Elle s’est intéressée au groupe guillaume. La DTCA était fondée à s’occuper de ces questions mais au quotidien elle ne s’en occupe pas.  Quand elle a besoin de connaitre les menaces qui se posent à l’industrie, elle va à son service technique, le STPA. Il n’y a aucune raison qu’elle se rapproche de la STPA.

Me RAPPAPORT

Je crois comprendre que la DTCA a ses propres services techniques qui traitent les incidents de navigabilité de manière autonome. Ce que je cherche à savoir c’est comment la DTCA a pu parvenir à des conclusions de l’importance de cette note sans rentrer en contact avec le SFACT ?

M FRANTZEN

Il faillait poser cette questions à la DTCA. Cet organisme a ses sources d’information chez elle. Elle est le chef de la STPA, qui est le chef de la certification et rend alors compte au SFACT.

Me MIGNON

Pour clore le sujet…

Me RAPPAPORT

Il ne s’agit pas de le clore

LA PRESIDENTE

Nous reviendrons sur cette note : M FRANTZEN a répondu à la question.

M PERRIER vous vouliez ajouter quelque chose ?

M PERRIER

Oui je voulais apporter certains éclaircissements.

En 74 l’ingénieur général Louis George a été nommé dans la DTCA pour s’occuper du programme Concorde, après la décision gouvernementale de 74 faisant suite au compromis de poursuite jusqu’à 16 avions de série : l’ingénieur est mon correspondant quand je prends la casquette de directeur de programme dans mes contacts à haut niveau : j’ai des contacts non pas à titre financier mais pour lui donner les informations techniques dont il a besoin. M Guivarche est son collaborateur technique. Il fait la synthèse pour son chef de ce que font les différents spécialistes de la STPA ; les informations qu’ils ont remontent des relations qu’ils ont avec le constructeur ; notre correspondons pour faire valider les évolutions techniques : il s’agit un dialogue constructeur-services de la défense. Voici quelles étaient ces relations en 1980

M FRANTZEN

Je souhaite dire que  cet ingénieur a également été à la même époque été nommé à la DGAC –DPAC coté fin pour qu’il n’y ait pas de hiatus entre le ministre de la défense et le ministre des transports. Nous nous sommes donc croisés dans le bâtiment mais je ne lui rendais pas compte

Me BOUSSEREZ

Quelle est la place du principe de précaution dans votre service ?

M FRANTZEN

C’est un principe qui est constitutionnel aujourd’hui et qui concerne l’environnement. A l’époque c’était un sujet de discussion culturel. Dans les textes contraignants qui s’appliquaient à nous, il n’y avait pas de principe de précaution.

Me BOUSSEREZ

Quelles sont vos valeurs de ce point de vue ?

M FRANTZEN

La première est la valeur humaine. Il y a une grande unification du système aéronautique mondial, mais il y a des valeurs partout : on ne m’a jamais demandé de sélectionner mes collègues sur un système de valeur. J’appliquais la réglementation et à chaque changement de ministre, je lui écrivais pour lui donner ma ligne, certainement portée par des valeurs : elle était donc approuvée par le ministre tacitement ou par une réponse écrite.

Me BOUSSEREZ

Pensez-vous que le principe de précaution doit s’appliquer à l’aéronautique ?

M FRANTZEN

Quand il y a un problème il ne faut pas le mettre sur le buffet, mais les débats sur les valeurs auraient risqué de me détourner des véritables problèmes

Me DALMASSO

Une observation, on est dans ce débat dans un anachronisme, comme le disent les experts judiciaire dans un de leur rapport, ce principe n’était pas applicable à l’époque

Me BOUSSEREZ

Ne faites pas dire ce que je n’ai pas dit : ce principe existe depuis le 18e siècle

LE PROCUREUR

Sur le plan juridique, vous êtes d’accord que la navigabilité relève au plus haut niveau du ministre, article 13 de l’arrêté du 22 nov 78 ?

M FRANTZEN

Il faut que je retrouve cet arrêté…

Il cherche

Oui en effet.

LE PROCUREUR

Sur le plan administratif êtes-vous d’accord que c’est vous, chef du SFACT, qui êtes responsable ?

Je me réfère notamment à la cote DA 4569 où il est dit « En France, la responsabilité en matière de navigabilité incombe au Ministre chargé de l’Aviation Civile. Sous son autorité, et à l’exception des enquêtes sur les accidents confiées au Bureau Enquêtes Accidents, le Directeur General .de l’Aviation Civile et à travers lui le Chef du Service de la Formation Aéronautique et du Contrôle Technique (SFACT) sont chargés de l’application des principes définis par la Convention de Chicago»

M FRANTZEN

Je ne sais pas de quelle pièce il s’agit mais le contenu appelle le commentaire suivant : j’ai toujours soigneusement évité dans mes propositions de règlementation les termes « est responsable de » ; j’employais « est chargé de » car je ne connais pas la notion de responsabilité : ma compréhension c’est que mon service est chargé de cela.

LE PROCUREUR

L’inspection générale n’a pas d’autorité sur vous ?

M FRANTZEN

Elle a une crédibilité élevée mais je ne constate pas ce terme dans mes fonctions.

LE PROCUREUR

Concrètement est-ce que vous reconnaissez que vous vous occupiez de la navigabilité ?

M FRANTZEN

Au quotidien non. J’avais dans certaines circonstances à traiter avec le bureau de la navigabilité de questions touchant à la navigabilité à travers l’animation, en cas de besoins de moyens, de questions transverses (maintenance, exploitation)…mais le quotidien de la certification relève du bureau de la certification.

LE PROCUREUR

Le parquet relève cependant que 38 notes vous ont été adressées sur des questions de navigabilité et non sur des questions d’animation.

M FRANTZEN

J’aime qu’ici on pèse les âmes au nombre de notes… Une note peut relever un incident et soulever d’autres questions. Lorsqu’il se produit un incident, la question se pose de savoir d’où vient cet incident, est-ce que la maintenance ne s’est pas bien opérée, est-ce que la construction est en cause…tout est ouvert ; il se peut que le bureau m’informe de cela, ou bien qu’il m’en avertisse pour me dire qu’il n’a pas de crédit pour aller effectuer des constations…

LE PROCUREUR

Pourtant en décembre 79 vous étiez présent à une réunion sur les pneus du Concorde.

M FRANTZEN

Cela est normal : j’ai expliqué tout à l’heure la hiérarchie : il est normal que le directeur général de la DGAC se renseigne et à mon niveau hiérarchique je suis présent à cette réunion car cet incident a des répercussions possibles sur l’aviation française.

LE PROCUREUR

En 85 vous signer un courrier sur les problèmes d’incidents hydrauliques, adressé au directeur général d’AIR France, cote da 4060

M FRANTZEN

Cela veut dire qu’il devait y avoir des problèmes généraux

LE PROCUREUR montre un document

LE PROCUREUR

Reconnaissez-vous cette page ?

M FRANTZEN

Oui je l’ai déjà dit à la BGTA

LE PROCUREUR

Il s’agit d’un tableau de la main de M FRANTZEN , de touts les risques possibles. Ne sommes nous pas dans le domaine de la navigabilité ?

M FRANTZEN

Cela est évident et a un lien sur la note de synthèse dont nous avons parlé tout à l’heure. Ce logigramme a pour but de rendre cette note synthétique et visuelle.

LE PROCUREUR

Vous ne pouvez donc pas dire que vous ne vous occupez pas de la navigabilité dans les détails ?

M FRANTZEN

Il s’agit là d’une question transverse : on parle par exemple de balayage des pistes, de maintenance…

LE PROCUREUR

Non, non, je vois des notions de performances décollage, de déchappage…tout ce dont on va parler durant quinze jours.

M FRANTZEN

Dans les conséquences entrevues, il y a autre choses que de la navigabilité

LE PROCUREUR

Finalement vous contrôlez ou non les gens qui s’occupent de la navigabilité ?

M FRANTZEN

J’exerce un certain contrôle sur ce que fait le bureau de certification. « Contrôle » est un mot normé dans les cercles d’assurance qualité mas interprété de façon diverse : je préfère donc ne pas employer le mot « contrôle »

LE PROCUREUR

Vous acceptez que vous vérifier ?

M FRANTZEN

J’exerce une certaine vérification, non complète car elle serait dangereuse

LE PROCUREUR

N’y a t-il pas contradiction dans le fait que vous ne soyez responsable de rien ?…

M FRANTZEN

Je n’ai pas dit ça je dis simplement que je ne veux pas employer ce terme car je ne le maitrise pas.

LE PROCUREUR

Il est légitime de vouloir que le tribunal en dispose néanmoins devant le JUGE D’INSTRUCTION vous ne contestez pas connaitre le sujet

M FRANTZEN

Je me suis expliqué sur la raison pour laquelle j’apparais à certains moments

LE PROCUREUR

Au sujet de 1985, le juge d’instruction vous demande

« QUESTION : Vous souvenez vous de deux incidents survenus en 1985 les 14 et 15 novembre 1985 sur deux Concorde exploités par British Airways ?

RÉPONSE : avant la mise en route de votre procédure, j’avais le souvenir d’une nouvelle campagne d’incidents. Je pense que je n’ai pas été spécialement informé par un seul de ces incidents. Compte tenu de leur proximité, je pense que l’information est arrivée en paquet. Ce qui m’est apparu rapidement, c’est la survenance d’une série d’incidents après une période calme sur ce plan. Deux pistes s’offrent à la réflexion… » et vous répondez sur le fond. N’y a-t-il pas contradiction à répondre sur le fond ?

M FRANTZEN

Je ne maitrise pas ce qui a été fait ou pas à l’époque, mais j’en suis informé. Il y a eu une période de calme et puis on retrouve deux incidents avec une nouvelle interrogation coté britannique : il y avait toujours la question de savoir s’il n’y avait pas de problème spécifique britannique : j’interviens sur les questions transverses : il s’agit donc de savoir s’il y a un problème spécifique à BRITISH AIRWAYS ou un problème plus général. La suite dira d’ailleurs que le problème était spécifique à BRITISH AIRWAYS.

L’audience est suspendue à 17h

Elle est reprise à 17h30

ME GARNAULT

C’est un peu tard mais j’ai une question qui m’a été inspirée par une réflexion de M FRANTZEN pendant son exposé : est-ce que à votre connaissance AIR FRANCE a failli à ses obligations de retour d’expérience ?

M FRANTZEN

Je peux parler jusqu’en 1994 : jusqu’à cette date AIR FRANCE était soumis à la vérification du Veritas devenu GSAC, qui n’a jamais attiré mon attention sur des lacunes notables d’AIR FRANCE ; En effet si Véritas constatait un manquement, il écrivait à la compagnie et en cas de problème persistant cela  remontait. On aurait pu poser la questions à M ARNAUT du GSAC

LA PRESIDENTE

De mémoire il y a répondu. M PERRIER a-t-il une réponse à donner ?

M PERRIER

il nous a très bien été signalé qu’il y avait des réunions périodiques avec les 2 compagnies et les constructeurs : le dialogue sur concorde était permanent. Nous n’avons jamais eu de difficultés de retour d’expérience

M FRANTZEN

Je pense que dans les 32 pièces citées par M LE PROCUREUR je me souviens avoir signé un courrier pour AIR FRANCE parce qu’il y avait eu un décollage avec une panne non autorisée qui avait été accepté par AIR FRANCE.  Le bureau de certification m’avait demandé de signer une lettre qu’ils avaient préparé, parce qu’il s’agissait d’une situation transverse.

Me MIGNON

Je voudrais revenir sur la première partie de votre exposé ; quel bureau du SFACT était en charge du suivi de navigabilité ?

M FRANTZEN

La certification ne s’arrête pas à la certification type ; d’une part parce qu’elle évolue, et d’autre part pace que dans ce continuum les structures qui traitent le retour d’expérience sont les mêmes que celles qui certifié : le STAP pour l’investigation technique profonde puis compte rendu au SFACT des résultats globaux.

Me MIGNON

Si on reprend l’organigramme de tout à l’heure, pouvez-vous le préciser ?

M FRANTZEN

Il s’agit du bureau de certification des aéronefs qui s’occupe de la prolongation des certifications types et qui traite du retour d’expérience en service pour la navigabilité. A cette époque M DU BOULLAY était à la tête de ce bureau

Me MIGNON

Qui a signé la certification type du Concorde ?

M FRANTZEN

Le certificat type a été signé par M DU BOULLAY, pour les certificats individuels je ne sais pas : ça pouvait être messieurs DU BOULLAY ou CHAMPION

Me MIGNON

Pouvez-vous dire si le SFACT a autorité sur les spécialistes du STPA ?

M FRANTZEN

Non car le STPA était jaloux de sa « tutelle » sur l’industrie aéronautiques : l’autorité était conservée au sein du ministère de la défense. En revanche les contacts quotidiens entre les ingénieurs du bureau et les spécialistes créaient des relations de confiance.

Me MIGNON

Le SFACT avait-il des compétences techniques comme ceux du STPA ?

M FRANTZEN

Non car le ministre de la défense était jaloux pour que ne se crée pas un lieu de concurrence de sa compétence. A mon époque il aurait été hors de questions de créer un lieu concurrent : il n’y avait surtout pas dans le SFACT de spécialistes de freins… je n’aurai pas pu d’autre part créer un tel service car j’aurai du débaucher les spécialistes.

Me MIGNON

Au sujet des 38 lettres écrites ou reçues citées par LE PROCUREUR, je note que les notes que vous avez écrites il y en a 2 et de même pour celles que vous avez reçues. Pouvez-vous les commenter rapidement ?

La première est la cote 3082 : il s’agit d’une lettre de Véritas du 8 novembre 1979

M FRANTZEN

Cette lettre est adressée au bureau Veritas : tout d’abord il faut noter, le directeur du bureau M DU BOULLAY n’a pas autorité sur le bureau Veritas, donc il se retourne vers moi et m’adresse la lettre qu’il a préparée. Au sujet du contenu, on voit qu’il s’agit de la question de la maintenance des pneumatiques par AIR FRANCE, du balayage des pistes. En effet on trouve beaucoup de choses sur les pistes mais encore plus sur les chemins de roulement qui mènent aux ateliers : on est donc dans le domaine de l’exploitation et de l’entretien, sur lesquels M DU BOULLAY n’avait pas d’autorité.

Me MIGNON

La seconde est à la cote 3460, p 61 il s’agit de la lettre de 1985

M FRANTZEN

Je l’ai citée en réponse à une question de Me GARNAULT. On y voit la référence de M Champion, on pourra lui poser la question. On voit que cette lettre s’adresse à AIR FRANCE et traite de questions de maintenance et d’exploitation puisqu’il s’agit d’un vol avec une panne non autorisée.

Me MIGNON

Le courrier de réponse d’AIR FRANCE est à la cote 3461

M FRANTZEN

AIR FRANCE annonce qu’une procédure d’investigation à été lancée et que des mesures provisoires ont été prises. En haut à droite, je reconnais mon écriture : j’ai immédiatement relancé cette lettre au bureau certification, au bureau entretien…puisque le sujet est transverse, je répercute sur les bureaux compétents : on est donc dans le fonctionnement que j’ai décrit.

Me SOULEZ LARIVIERE

J’ai été frappé par les questions de M LE PROCUREUR qui essayait de trouver une analogie avec d’autres systèmes. Il est difficile d’accuser un système que l’on ne connait pas : c’est comme interroger des profanes sur le fonctionnement d’une cour d’appel : on apprend que le 1er président préside peu finalement.

LA PRESIDENTE

C’est pourquoi il est important que M FRANTZEN parle doucement pour s’expliquer.

Avec l’accord d’AIR FRANCE, LA PRESIDENTE décide d’entendre les témoins avant M RAFIN car ceux-ci attendent depuis longtemps.

M LECOMTE arrive à la barre

M LECOMTE

J’ai 84 ans, retraité. Je suis ancien de l’AEROSPATIALE. J’ai terminé ma carrière comme directeur technique aviation.

L prête le serment des témoins.

LA PRESIDENTE

Vous avez été appelé par la défense de M PERRIER.

M LECOMTE

Je vais commencer ma déposition en résumant ma carrière car c’est ainsi que vous vous ferez une opinion sur la raison pour laquelle j’interviens aujourd’hui.

Je suis sorti de polytechnique en 47. Sortant de supaéro j’ai été affecté au centre d’essai en vol de Brétigny sur orge. J’ai suivi une formation de personnel naviguant en essai. J’ai été détaché durant un an dans l’armée de l’air, j’ai fait l’école de chasse et j’en suis sorti avec un brevet de pilote de chasse. De retour au centre d’essai en vol, je suis rentré à la section d’essai des avions. Je suis ensuite devenu chef de cette section. J’ai obtenu un brevet de pilote d’essai. Après quelques années je suis devenu jusqu’en 59 chef de la section avion. La période 50-60 a été cruciale pour l’aéronautique française : on est passé de balbutiements à des réalisations de pointes, notamment la Caravelle. J’ai vu défiler pratiquement tout les prototypes en genèse. En raison de ma double qualification j’ai volé comme pilote d’essai sur un certain nombre de ces avions. Suite à un contact je suis rentré au bureau d’études de sud aviation : je m’occupais quasiment exclusivement de la certification pour Concorde. En 74 j’ai pris la direction technique de l’aérospatiale, jusqu’en 82. J’ai quitté la société en 83.

Voilà en gros ma carrière, mais je voudrai ajouter quelque chose qui est important : dans les années 66-67 suite à une initiative de l’armée britannique, de façon particulière j’ai participé à une commission avec des industriels allemands, anglais…ce petit groupe sans mandat s’est préoccupé de la situation de l’industrie de l’aviation en Europe et nous avons pensé qu’il était souhaitable qu’il y  ait un seul jeu de règlement pour toute l’Europe ; nous avons estimé que l’objectif final était d’avoir une autorité unique. Simultanément à l’époque les gouvernements avaient discuté et en étaient arrivés aux mêmes idées : le rapprochement des deux groupes a eu lieu : les premiers règlements commun sont sortis en 74 et l’autorité européenne, l’agence européenne de sécurité aérienne, a été crée en 2002. Cette opération était originale car elle est partie de la base et s’est fait reconnaitre. Au sein de ce groupe informel je représentais l’industrie française, sans aucun titre, j’ai ainsi contribué à la formation d’un comité de navigabilité du GIFAS où siégeaient toutes les entités intéressées par la certification. Il s’agit pour moi d’une démarche fondamentale dans la démarche d’une sécurité prise en compte en Europe. Entre l’AESA et la FAA, on se retrouve avec deux autorités qui peuvent coopérer. A titre d’ex la certification américaine de l’A380 a été prise le même jour qu’un Europe, ce qui manifeste le degré de compréhension entre ces autorités.

A la retraite j’ai continué à m’intéresser à ce domaine. J’ai travaillé avec le support de la DGAC à des études sur les accidents dus à des erreurs humaines : nous avons pu exposer nos résultats à la NASA.

Voilà pour ce qui est pour ma carrière, sachant que je me suis toujours dans mes fonction intéressé à la sécurité aérienne. C’est en ce sens que je témoigne devant vous.

Concernant le processus de certification, pour qu’un avion civile puisse voler, il faut qu’il soit certifié, c’est-à-dire qu’il ait été justifié qu’il répond à tout les règlements qui lui sont applicables, à la satisfaction des autorités compétentes ; On peut imaginer qu’il s’agit d’un fonctionnement administratif à base de dossiers : mais ce n’est pas du tout le cas. Un processus de certification prend facilement 4 ou 5 ans : il y a un grand nombre d’études, recherches, calculs et essais, essais de taille modeste ou même allant jusqu’à casser des cellules, essais en vol, de simulations…les autorités ont accès à tout ce qu’elle souhaitent : leurs pilotes peuvent participer aux essais en vol : on est très loin du dossier administratif…l’autorité qui donne le certificat se trouve dans une situation où elle a acquis une bonne connaissance du postulant, d’autre part l’ensemble du processus a été suivi dans le détail : lorsque le certificat de type est délivré la situation des autorités est aussi solide que possible. Le niveau d’interpénétration entre l’industrie postulante et les autorités est très fort ;

La conformité doit être face au règlement en vigueur mais aux Etats-Unis, au moment de la certification des gros porteurs, la FFA a amendé la FAR 1309, qui indique un point nouveau : le postulant doit conduire des analyses détaillés des systèmes avec un principe général : à une panne ayant des conséquences graves, il faut une probabilité plus faible. A une panne moins grave, la probabilité peut être plus élevée. Avant ça les règlements de certification exigeaient de satisfaire à des exigences précises : la structure devait supporter tel poids, telle rafale…ceci était précis mais un peu borné. En plus de ces exigences, la FAR rajoutait un objectif.

Cette introduction par la FAA peut sembler choquante puisqu’on admet des cas de catastrophes, même avec un taux de probabilité faible : on peut dire que rien n’a été fait alors que l’on connaissait les risques. Le problème c’est que les règlements avaient des exigences non explicitées : par ex au sujet des rafales, on visait une rafale qui semblait viser tout les cas mais il était possible que des rafales plus fortes aient lieu. De même pour la résistance aux oiseaux, on prend des oiseaux de 4 livres, mais pourtant il existe des oiseaux plus gros : ceci s’est produit à NY où l’avion a rencontré une escadrille d’oies sauvages, supérieures à livres. On a introduit l’oiseau de 4 livres parce que la FAA considérait que l’oiseau en général ne dépassait pas  4 livres mais il est possible qu’il soit plus gros. Jusqu’à un passé récent les bimoteurs ne devaient pas s’éloigner de plus de 90 min de vol monomoteurs d’un terrain d »évitement, ce qui empêchait les vols atlantiques. L’idée était que le risque que le 2e moteur tombe en panne dans les 90 min. Ceci a évolué depuis. Là encore il y a des notions sous jacentes de probabilité.

Le processus de certification ne s’arrête pas une fois la certification obtenue : il faut encore attester que tout les avions de série sont conformes au type certifié. Cette attestation est faite par l’industrie mais contrôlée par des représentants de l’autorité.

Il y a également une deuxième tache : le suivi de navigabilité ou le retour d’expérience : les compagnies exploitantes ont le devoir de tenir un état des incidents qu’ils rencontrent : ils le transmettent au constructeur et aux autorités.

Le constructeur peut constater que certains incidents ne répondent pas aux objectifs donnés alors de la certification, et que l’on sort du domaine de la certification : le constructeur doit étudier la situation et envisager des mesures pour rétablir le niveau de sécurité posé par le certificat initial : les mesures peuvent être variée. Ce processus est fait en relation avec les autorités, de façon périodique, avec des réunions spécifiques en cas d’incident particulier.

C’est ensuite à la compagnie exploitante de mettre en place la mesure corrective décidée par le constructeur et approuvée par les autorités.

Ce rappel m’amène maintenant à parler de la certification du Concorde, qui relève du processus d’ensemble mais a des particularités : il y a deux constructeurs, qui se sont répartis le travail et assument une responsable conjointe. Quelle autorité consulter ? Les autorités ont heureusement convenu de travailler ensemble pour qu’il y ait un seul processus de certification. Le processus de certification a donc été unique mais il y a eu deux certificats pour des raisons juridiques.

Il y a une difficulté supplémentaire : le Concorde devait-il satisfaire aux règlements en vigueur ? Quels règlements ? Les britanniques avait défini les BCAR, leur propre règlement, qui résultait de leur expérience. Les deux règlements américains et britanniques assuraient des niveaux de règlements équivalent mais leur structure était très différente : laquelle appliquer à Concorde ? Il a été décidé de réécrire des règlements de Concorde, d’autant plus que ni les règlements américains ni les règlements anglais ne convenaient complètement au Concorde, du fait de ses particularités.

Ex : l’exigence subsonique de ces règlements est inapplicable à Concorde : ainsi pour le décrochage : les mesures pour les avions subsoniques n’auraient pas contribué à la sécurité du Concorde ; pour le Concorde le Vzrc a été choisi comme référence

Autre ex : Concorde a une plage de centrage en fonction du nombre de mach, ce qui implique un recentrage en vol, par mouvement du pétrole, ce qui est extrêmement marginal pour les subsoniques : cela n’était pas prévu par les règlements

Autre ex : Concorde était le premier avion civil aux commandes électriques : là aussi il y avait vide règlementaire.

Il a donc fallu définir un jeu réglementaire complet applicable à Concorde, qui allait éventuellement être applicable au supersonique américain en construction (qui n’a finalement pas été mené à bien). Cela était dans les objectifs de la règlementation de Concorde.

Ce règlement a été conçu durant la conception de Concorde.

Outre la réglementation par les moyens, on a introduit comme l’avait fait la FAA avec la FAR 1309, le TSS 1-1 qui en reprenait les mêmes principes : il faut faire une analyse des pannes, définir les conséquences de ces pannes et montrer  à la satisfaction des autorités qu’il y a  rapport inverse en terme de probabilité d’occurrence. Le TSS a eu comme progrès par rapport à la FAA, de fixer des définitions des termes et des probabilités numériques à respecter. Ceci a requis de la part des constructeurs d’établir une organisation interne pour faire face à ceci : en effet une méthodologie est requise. Les deux constructeurs ont de ce fait eu une position de pionnier, probablement même dans tout le domaine industriel.

Ce travail n’a pas été perdu puisque les règlements subsoniques postérieurs ont établi des conceptions voisines du TSS 1-1 même si la formulation est légèrement différente.

Cela veut dire que le savoir-faire développé dans les bureaux d’études des deux constructeurs ne s’est pas perdu après la certification de Concorde, car cela a servi pour toutes les certifications ultérieures : cela est devenu une composante essentielle des fonctionnements des bureaux d’études.

Je pense que j’en ai terminé pour l’instant.

Me DALMASSO

Si j’ai bien compris : le risque zéro n’existe pas ? il existe donc en matière aéronautique un risque acceptable sachant que le TSS quantifie l’acceptabilité du risque ?

M LECOMTE

C’est cela je n’ai peut-être pas été assez clair

LA PRESIDENTE

Si, vous l’avez été

M LECOMTE

Il est évident que dans le cas du bimoteur, la panne du 2e moteur n’est pas impossible : le risque existe mais est jugé tellement bas qu’on l’accepte. Le TSS formalise ceci mais en essayant de ne pas avancer à l’aveugle : on peut imaginer plus pannes à la fois par ex. Cela n’évacue pas le bon sens toutefois.

Me DALMASSO

Quelle était la direction à aérospatiale en charge du suivi des questions de navigabilité ?

M LECOMTE

Il faut distinguer les aspects de cuisine interne et de responsabilité.

En matière de responsabilité, c’est le bureau d’études qui prenait les décisions. Mais la collecte des incidents est généralement opérée par d’autres services, comme le SAV. Et lorsque les problèmes sont sérieux, il faut l’autorisation des autorités.

LE PROCUREUR

Est-ce que vous pourriez développer la part du bon sens dans le système dont vous avez parlé ?

M LECOMTE

Elle est double : il y a des questions qu’on ne se pose pas : la probabilité de rencontrer un météorite n’est pas physiquement impossible mais par bon sens on l’écarte pour ne pas polluer les études.

Mais le bon sens intervient également dans une autre manière : M HECKMANN le développera certainement au sujet des probabilités : in fine le bon sens joue un rôle si on ne sait pas établir la probabilité : on appellera ça le jugement de l’ingénieur.

M FRANTZEN

Je voulais seulement éviter un malentendu entre ce que j’ai dit et ce qu’a dit M LECOMTE sur le processus de certification entre français et britanniques: ce que dit M LECOMTE c’est qu’il n’y a qu’une réunion par thèmes, en ce sens il n’y a donc qu’un processus (système scientifique) ; mais le processus d’acquisition du certificat reste double (système juiridico –administratif)

LA PRESIDENTE

Vous êtes d’accord M LECOMTE ?

M LECOMTE

Oui à ceci près qu’en cas de réunion si l’une des autorités a un avis différent, cet avis n’est pas ignoré.

LA PRESIDENTE

Peut-on autoriser le témoin à partir ou doit-il rester durant la déposition de M HECKMANN ?

Me MALGRAIN

Je crains que l’exposé de M HECKMANN ne tienne pas dans le temps qui nous est imparti.

LA PRESIDENTE

Il faudrait donc l’entendre demain ?

Me MALGRAIN

Oui toutefois il ne nous apparait pas indispensable que M LECOMTE soit présent demain lors de cette déposition.

Avec l’accord de toutes les parties il est décidé que la présence demain de M. LECOMTE n’est pas nécessaire.

L’audience est levée à 19h00

Journée du 30 mars

30 mars 2010

LA PRESIDENTE

Je me demandais pour le cabinet de Me SOULEZ LA RIVIERE, comme votre place n’est pas extraordinaire (il y fait froid), je ne sais pas si le cabinet de Me METZNER enverra quelqu’un mais ce sera ponctuel donc vous pouvez vous mettre à leur place. De même pour le moment il n’y a plus besoin de traduction….à si il y a Mme SEELINGSON.

Je propose de faire le point des pièces versées car il en vient de toute part.

Me MIGNON

Nous sommes en train de régler le problème de messagerie

LA PRESIDENTE

Faisons le point des pièces versées : pour Me DALMASSO j’ai reçu un mail avec des pièces de 12 à 14 c’est bien votre dernier envoi ?

Me DALMASSO

Oui

LA PRESIDENTE

J’ai reçu le TSS standard du cabinet de Me SOULEZ LA RIVIERE. En fait le problème est que les envois ne marchent pas quand il y a des pièces jointes. Ce document est versé aux débats. Il y a eu un fax du 18 mars, pièces 6 7 et 8 : elles sont au dossier. Aujourd’hui par fax j’ai reçu les pièces 9 à 16. Rien de nouveau ?

Toutes les parties ont eu ces pièces ?

Pour M HERUBEL j’en suis aux pièces 9 à 18 reçues par mail

LE PROCUREUR

J’ai versé également une pièce aux débats. De plus vous vouliez savoir ce que devenait M BOURGEOIS…

LA PRESIDENTE

Votre document est un rapport du sénat sur le service de formation aéronautique et de contrôle technique.

LE PROCUREUR

Oui. Concernant M BOURGEOIS, j’ai tenté de lui notifier qu’il se présente. La gendarmerie a été saisie. En fait M BOURGEOIS est en cure de chimiothérapie et a été joint par les gendarmes : il ne peut pas s’exprimer. Apparemment cela touche le larynx donc il aura du mal à s’exprimer. J’ai le PV des gendarmes. Souhaitez-vous un certificat médical ?

LA PRESIDENTE

Oui je le souhaite

LE PROCUREUR

Je vais faire une demande de certificat médical

Me DALMASSO

Nous n’aurons pas le mauvais goût d’exiger la comparution personnelle de M BOURGEOIS s’il est malade

LA PRESIDENTE

Bien sur mais vous êtes d’accord qu’il faut demander un certificat médical ?

Me GARNAULT

Oui

LA PRESIDENTE

Aujourd’hui nous voyons le contexte industriel et financier sans les experts, qui seront présents la semaine prochaine. Je n’invente rien, je reprends les éléments du dossier. Je fais référence à des documents sur lesquels nous reviendrons, notamment les notes de M JOUTY.

Je rappelle que le certificat de navigabilité du Concorde a été délivré en 1975. Le contexte industriel et financier était difficile. Il convient de l’examiner car cela a pu avoir une incidence.

Dès l’origine, le contexte est particulier car cet avion faisait la fierté de deux nations, françaises et anglaises, d’autant que les américains avait renoncé à la construction d’un supersonique pour des raisons financières et que les russes y avait renoncé pour cause de sécurité suite au crash d’un Tupolev. Les deux gouvernements ont soutenu financièrement le Concorde ; l’exploitation en France a souffert car le Concorde n’a jamais été rentable. Par rapport aux britanniques l’exploitation a été plus difficile. Le Concorde est resté un avion unique.

Dès le 25 juillet 1979, le journal Les Echos publie un dossier sur l’exploitation du Concorde (da 3233) qui envisage l’arrêt du Concorde pour économiser de l’énergie, mais en indiquant que l’idée n’est pas envisageable politiquement.

Suite à cet article, le PDG d’AIR FRANCE estimait qu’«  avant de décider la suspension ou l’arrêt il faut beaucoup réfléchir ».

Le 2 juillet 80, le ministre du budget indique que le financement du Concorde est à la charge de l’Etat et qu’il est nécessaire de réexaminer l’ensemble des conditions d’exploitation, car les conditions d’exploitation du supersonique sont mauvaises et que les coûts sont supérieurs à ce qui était attendu (DA 3630)

En février 80, dans un rapport gouvernemental, il est question d’arrêt de l’exploitation (DA 3423)

Dès 1980, la question des lignes déficitaires et de l’arrêt total est soulevée par les autorités : voir les côtes 3435 ; 3241 ; 3244 ; 3237 ; 3239 ; 3436 ; 3423 ; 3494 et 3492

Le 28 aout 1981, dans une note de la DGAC au ministre des transports (cote 3435), la DGAC fait le bilan des années d’exploitation du Concorde « a coûté à l’Etat, en I980, 425 MF » qui se décomposent entre « l’indemnisation du déficit d’exploitation d’Air France , l’ amortissement des investissements initiaux effectués par la compagnie et la couverture des dépenses de support en service de l’Aérospatiale et de la SNECMA ». Les prévisions pour 1981 portent cette charge à 460 MF

Toutes les lignes sont déficitaires.  Dans cette note, est ainsi envisagé l’arrêt progressif des vols.

Les discussions ont une acuité supplémentaire en côte 3258, 3435, 3239, 3438, 3244, 3236 et 3254 dès 1981 avec les anglais : il est notamment demandé un renforcement de la vigilance en cote DA 3432

Plusieurs instances françaises envisagent l’arrêt comme en côte DA 3438 , mais le gouvernement anglais souhaite la poursuite. Les deux pays ont évolué différemment car les coûts sont reportés sur BRITISH AEROSPACE ou BRITISH AIRWAYS en 81, 2000 emplois sont générés par Concorde en Grande-Bretagne alors qu’en France, seuls 370 emplois sont générés. En revanche en France, en dépit d’un transfert partiel sur AIR FRANCE, l’Etat garde la quasi totalité de la charge financière.

Si la décision de poursuivre l’exploitation a été prise, la question du financement du programme a continué à se poser en 1985 ainsi qu’il en ressort aux côtes 3439 et 3491.

En cote DA 3492 également, une note de la DGAC précise qu’« Une décision de l’Etat de mettre fin aux compensations financières relatives à Concorde pourrait conduire la Compagnie nationale à renoncer à l’exploitation de cet appareil, qui pourrait se trouver déficitaire en1986, en raison de la baisse du dollar et du trafic, et dont l’équilibre ne serait pas assuré pour les années ultérieures.»

Des restrictions budgétaires sont régulièrement décidées par le ministre de l’économie, comme il ressort dès 1978 d’une lettre du ministre du budget au ministre des transports (cote Da 3637). Il en ressort que la SNIAS était chargée de ne réaliser que des dépenses pour la maintenance et la sécurité, en accord avec les exploitants. La procédure devait permettre « d’éliminer les dépenses improductives et d’éviter que soient réalisés des travaux ou des études qui 4e seraient pas indispensables à l’exploitation des seuls a pareils en service». « La fin de la phase de construction des Concorde devait se traduire par une réduction très importante des effectifs encore affectés à ce programme. Les effectifs excédentaires par rapport à ceux qui sont strictement nécessaires à a maintenance et à l’entretien des appareils en exploitation devaient être immédiatement répartis sur les autres activités de la division avions dont le plan de charge se trouvait  accru du fait des récents succès commerciaux de l’AIRBUS. »

En 1983 dans une lettre de la DGAC au ministre (cote DA 3259), est dénoncée « la Direction du Budget qui a en effet limité à20 MF le transfert des fonds affectés au support en service de Concorde, alors que j’avais demandé la mise en place immédiate des 50 MF prévus à cet effet»

On a pu se poser la question d’une maintenance qui se serait développée dans un environnement de désengagement initié par l’Etat lui-même, qui avait assuré tout d’abord le financement par un système de régie puis de forfait annuel avec une provision pour les dépenses exceptionnelles, comme par exemple après l’incident de Washington.

En cote da 4064, figure un courrier d’AEROSPATIALE à la DGAC. En voici des extraits :

« OBJET : CONCORDE – PLACEMENT DES AVIONS INVENDUS ET SUPPORT TECHNIQUE.

Monsieur le Directeur, Le communiqué de presse diffusé à la suite de la réunion de Monsieur Joel Le Theule avec Monsieur Adam Butter fait état de la décision du Gouvernement Français de mettre les trois CONCORDE invendus assemblés en France à la disposition d’AIR FRANCE en fonction des besoins de la compagnie »

« Cette mise à disposition d’avions invendus s’accompagnera d’un support technique total des constructeurs tel qu’il résulte de leurs obligations contractuelle: ceux ci devant recevoir à cet effet l’aide financière de leurs Gouvernements respectifs.»

« BRITISH AEROSPACE négocie actuellement avec BRITISH AIRWAYS un contrat de vente à prix symbolique pour l’avion 16. L’AEROSPATIALE se prépare à négocier avec AIR FRANCE un contrat de vente à prix symbolique pour les avions 3 -13 -15. Ces contrats avec les compagnies aériennes engageront les constructeurs a apporter leur support technique pour toute la durée de l’exploitation des avions.»

« L’AEROSPATIALE est prête a accepter cet engagement mais au préalable certaines conditions doivent être remplies :

1°) La vente à AIR FRANCE et BRITISH AIRWAYS des avions 3 – 13 – 14 – 15 – 16 à un prix symbolique est rendue possible parce que l’avenant n° 1 à la convention de compensation prévoit l’indemnisation de l’AEROSPATIALE pour la mévente de ces avions. Avant que ces contrats de vente soient conclus il faudra donc que cet avenant ait été notifié et que l’AEROSPATIALE ait touché la totalité des sommes qui lui – sont dues. Il reste actuellement 446 MF à percevoir à ce titre qui génèrent 4 MF de frais financiers par mois.

2°) En ce qui concerne la couverture financière du support technique que 1′AEROSPATIALE va devoir assurer au-delà de fin 1979, je demande un contrat cadre engageant l’Etat pour toute la durée de l’exploitation des avions chez AIR FRANCE et BRITISH AIRWAYS.

Ce contrat cadre serait débloqué par tranches annuelles, et, afin que celui ci soit à la fois incitatif, souple et permette à l’industriel une bonne gestion, je propose la formule suivante :

-un forfait annuel couvrant les dépenses de support technique normales en dehors de tout incident crave.

Pour assurer un financement de l’industriel dans des conditions normales je pense que ce forfait devrait couvrir une période allant du 1 er avril au 31 mars de l’année suivante afin de permettre la mise en place des crédits en temps utile, et prévoir des règlements mensuels de l’industriel.

-une provision pour couvrir les dépenses exceptionnelles liées à un incident grave, comme par exemple l’incident de Washington et permettre leur financement dans un délai très court. Cette provision d’un montant relativement modeste serait débloquée par bons de commandes et serait réalimentée annuellement en fonction de la consommation. »

Ceci est pour montrer la position d’aérospatiale dès 1979 par rapport à l’exploitant et au désengagement de l’Etat.

On va maintenant voir les conséquences de ce contexte sur la maintenance du Concorde. Est-ce que ce contexte peut être resté sans conséquence sur le plan financier et humain pour le maintien de la navigabilité ?

Sur le plan financier des études ont été menées par aérospatiale et BRITISH AEROSPACE : plusieurs notes révèlent des relations tendues entre le ministre des finances et le ministre des transports pouvant avoir eu des conséquences.

En cote DA 3239, en décembre 1981, la DGAC envoie une lettre à la Snecma et à BRITISH AEROSPACE au sujet d’un programme d’économie :

« Au-delà du programme d’économies dont il est question ci-dessus, un effort systématique de réduction des coûts doit être poursuivi, dont vos services voudront bien rendre compte aux Directeurs de programme, à l’occasion de leurs réunions périodiques.»

« L’objectif des études conjointes est d’évaluer, par rapport à un scénario d’arrêt à terme, les coûts résultant de la poursuite de l’exploitation de Concorde pour Air France et British Airways».

Dans une note de 1983 du directeur de la DGAC au ministre des transports (cote 3259), l’attention de celui-ci est porté sur les « manœuvres de la Direction du Budget, qui traite des investissements d’Air France, pour aboutir à une situation de fait entraînant à court terme l’arrêt de Concorde.

Le procédé consiste, en refusant d’engager les crédits nécessaires à la compagnie nationale pour le renouvellement des pièces de rechanges, l’incorporation de modifications nécessaires au maintien de la navigabilité, et l’entraînement des équipages, à rendre impossible, pour des raisons techniques, la poursuite de l’exploitation après Octobre 1983. »

Dans une note de la DGAC de 1983 en cote DA 3256, il est fait un état des lieux des situations côté français et côté britannique :

« Situation de la Compagnie Air France

-Le réseau supersonique d’Air France est limité depuis le1er novembre 1982 à la ligne Paris/New York à raison d’un vol aller-retour par jour.

-De ce fait, sur les sept avions Concorde qu’elle a acquis, la compagnie n’utilise plus en vol que quatre appareils.

-Les trois Concorde restant au sol sont utilisés comme sources de pièces de rechanges en fonction des besoins et ne reçoivent plus les modifications impératives.

-Afin de ne pas déséquilibrer les ratios financiers d’Air France, la valeur résiduelle de ces trois avions a été annulée et remplacée dans les comptes de la compagnie par une créance de même montant sur l’Etat (un seul de ces trois avions, acquis au prix normal avait encore une valeur substantielle, les deux autres ayant été acquis pour une somme symbolique). Pour l’année 1982, la dernière estimation des résultats de l’exploitation supersonique d’Air France donne une perte de 122 MF. Pour l’année 1983, compte tenu du nouveau réseau, la compagnie espère limiter à 15 MF sa perte d’exploitation (dont 90 % est remboursé par le gouvernement) à laquelle il faut ajouter environ 175 MF de coûts d’investissements (1) (pris en charge en totalité par le gouvernement)

De- récentes estimations d’Air France montrent que la compagnie peut espérer atteindre un équilibre financier d’exploitation à partir de 1986. »

« Investissements nouveaux

-Il convient de rappeler le problème soulevé par les besoins en investissements nouveaux présentés au Conseil de Direction du F.D.E.S. qui, s’ils n’étaient pas couverts entraineraient un risque d’arrêt de l’exploitation au début de l’année 1984, en effet :

-le niveau du stock de pièces de rechange a été réduit au minimum dans un souci d’économies et au rythme actuel, certaines pièces importantes manqueront fin 1983. Compte tenu d’un délai d’approvisionnement moyen d’au moins 6 mois, une décision d’approvisionnement devra pouvoir être prise au plus tard en juin 1983.

-la décision de commander les deux modifications devant être impérativement incorporées sur les avions d’Air France au 15/1/1984 pour qu’ils puissent conserver leur navigabilité, n’a pas encore été prise. Compte tenu d’un délai d’un mois par avion nécessaire à l’incorporation des modifications par Air France.la compagnie devra recevoir les ensembles de modification le 15 septembre au plus tard ; ces ensembles étant fabriqués par British Aerospace avec un délai de 6 mois, auraient du être commandés à la mi-mars. En cas de dépassement de la date impérative, Air France ne pourra utiliser que les avions modifiés, à moins d’obtenir une dérogation provisoire.

-le lancement du stage de formation de deux commandants de bord en remplacement de ceux parties en retraite fin septembre 1983 n’a pas encore été effectué. Il a été initialement prévu de le faire ‘commencer le 2 mai 1983, pour le terminer vers le 15 septembre; la société Aéroformation demande un délai minimum d’un mois pour préparer ce stage qui devrait donc être confirmé au plus tard le 2 avril. Au cas où les commandants de bord ne seraient pas formés en temps utile, Air France ne pourrait plus assurer l’exploitation Concorde à son rythme actuel (le personnel minimum pour assurer l’exploitation actuelle est de 12 commandants de bord, 8 pilotes et 12 mécaniciens.)

Situation du côté britannique

- British Airways utilise 6 des 7 appareils dont elle dispose selon un réseau limité à l’Atlantique Nord suivant les fréquences hebdomadaires suivantes : 14 vols aller-retour entre Londres et New York dont 2 prolongés jusqu’à Washington ; 1 vol aller-retour direct entre Londres et Washington ;

-British Airways prévoit un bénéfice d’exploitation Concorde légèrement supérieur à 7 M£ (75 MF) au cours des prochaines années. Les services officiels britanniques considèrent que ce bénéfice compensera à partir de 1985 les pertes de support en service des industriels du Royaume-Uni.

-Dans ce contexte le gouvernement britannique vient d’accepter de reporter du 31 mars 1983 au 31 mars 1984 la date à laquelle il cessera de financer le support en service de Concorde. Ce délai doit permettre à British Airways, qui a accepté de se substituer, à partir de cette date, au gouvernement pour le remboursement des coûts des industriels britanniques, de négocier de nouveaux contrats avec ses partenaires et de reprendre la charge financière Concorde à un moment où elle devrait être presque nulle.

Notre position sur cette question est la suivante :

Le programme Concorde doit rester géré selon les accords intergouvernementaux de 1962 qui restent inchangés.

La reprise par British Airways des responsabilités financières du gouvernement de sa Majesté est une affaire interne au Royaume Uni et doit le rester.

Le Bureau de Gestion Concorde devra toutefois veiller à ce que les compagnies Air France et Iberia (pour l’entretien des moteurs) restent traitées dans les mêmes conditions que British Airways en ce qui concerne les rechanges. »

On peut citer d’autres documents notamment une lettre de juillet 1986 de AEROSPATIALE à M LAGORCE de DGAC 3495 : « Le niveau du forfait conclu entre nos deux Sociétés ne peut en aucun cas couvrir les conséquences financières d’évènements exceptionnels qui seraient de nature à remettre en cause l’exploitation de « CONCORDE ». »

On en reparlera avec M PERRIER puisque dans son audition, à la côte 4103 M PERRIER avait dit « Si un événement, d’une extrême gravité, hors de proportion avec le budget, était survenu, une nouvelle discussion ou négociation se serait engagée. En outre, si le gouvernement via la DGAC finissait par dire que des modifications étaient impératives en terme de navigabilité et qu’exploitant et constructeur refusaient de les financer, les autorités auraient toujours pu retirer le certificat de type ou le certificat individuel. »

On peut se poser la question des moyens humains car avant même accident de Gonesse la DGAC aurait souligné une organisation défaillante et des ressources humaines insuffisantes. Je vise le rapport du SFAT en cote 3509 du 6 octobre 2000, par M JOUTY qui est un témoin qui a été cité et sera entendu. Dans cette note il est indiqué :

Depuis un certain temps, le suivi de navigabilité du programme Concorde n’a pas été mené de manière jugée satisfaisante au niveau de l’autorité française, avec un renouvellement trop rapide des ingénieurs de marque Concorde (3 PCM en moins de trois ans, 4 depuis 8 ans), qui bien souvent cumulaient cette responsabilité avec celles relatives à d’autres programmes lourds (ATR, A300/A31O ou A319/A32O/A321).Ces insuffisances proviennent d’un manque de personnels qui n’ont pas, de plus, suffisamment d’expérience pour assurer ces responsabilités, d’un taux de turn over trop important, et de la volonté de privilégier le suivi de navigabilité d’autres flottes plus importantes numériquement (Airbus, ATR, Falcon).

En conséquence le SFACT a indiqué qu’il ne pouvait «se prononcer sur une éventuelle remise en service de Concorde, et ne pourra continuer à s’occuper de suivi de navigabilité de cet appareil, que si des moyens supplémentaires sont mis en place pour cette activité. »

Selon cette note, le Concorde était donc à cette époque un avion vieillissant et au fil du temps les ingénieurs étaient sortis du Concorde pour d’autre point

Me SOULEZ LA RIVIERE

Cela est votre interprétation, quand on choisit on choisit.

LA PRESIDENTE

C’est pour ca que je fais ces réserves

Me SOULEZ LA RIVIERE

Une citation peut être sortie de son contexte

LA PRESIDENTE

Je continue ma lecture du document à la cote 3509 « En cas de remise de service de Concorde, les constructeurs pourraient être tentés de revenir aux errements antérieurs, c’est à dire de ne pas consacrer des moyens suffisant au suivi de navigabilité, la faible importance de la flotte Concorde ne permettant pas de le justifier d’un point de vue comptable et économique. ». Nous aurons un débat sur ces points avec M JOUTY et les prévenus

Après l’accident, le BEA demande à l’AAIB la suspension des vols, décision exceptionnelle dans l’histoire de l’aéronautique. AIR FRANCE et Aerospace ont mené des études pour assurer la reprise. Un groupe de travail franco-britannique est mis sur pied. Au niveau des moyens humains la question s’est posée car la plupart des ingénieurs du Concorde n’étaient plus sur cet avion.

Le 15 octobre 2001 AIR FRANCE et BRITISH AIRWAYS annoncent la reprise des vols, juste après les évènements du 11 septembre. Très vite, une fois les promotions de lancement passées, les vols sont à moins de 50% de remplissage. Avec la guerre en Iraq, ils passent à moins de 20% de remplissage. En avril 2003 l’arrêt des vols est annoncé par les deux exploitants. AIR FRANCE arrête la première les vols, suivie de peu par BRITISH AIRWAYS.

Avant de laisser la parole pour des questions, je voulais demander à M RAFIN, pouvez-vous nous expliquer comment on peut expliquer la différence entre l’exploitation britannique et française : cela était lié au fait qu’il y avait plus de lignes au départ de la France ?

Me SOULEZ LA RIVIERE

Ça aurait été mieux qu’à l’instruction on demande cela aux anglais

LA PRESIDENTE

On ne peut remonter le temps

Me SOULEZ LA RIVIERE

Il y 2 exploitants ; nous avons beaucoup de considérations pour BRITISH AIRWAYS mais ni BRITISH AIRWAYS, ni l’AAIB ni la CAA n’ont jamais été interrogées

LA PRESIDENTE

Nous avons compris

Me GARNAULT

Nous allons essayer de vous servir au mieux à leur place

M RAFIN

Londres-américain était majoritaire : 6% du trafic : il y a avait 12 rotations par semaine contre 6 pour AIR FRANCE, avec un bon taux de remplissage. II aurait c’est vrai fallu demander aux anglais mais les anglais intégraient un facteur image beaucoup plus qu’en France : par ex Heathrow il y avait une image du Concorde : il chiffrait dans leur budget leur image ; l’exploitation était moins marginale, et la ligne atlantique nord, c’était NY Londres, pas Paris.

LA PRESIDENTE

Merci de cette précision. Des observations à faire sur ce que je viens de dire, des lectures plus complètes que les parties souhaiterait que je fasse ? En effet les documents sont nombreux donc il est difficile d’en faire un résumé.

Me DALMASSO

L’ordonnance de renvoi rappelle que le contexte budgétaire a mis en cause la navigabilité

LA PRESIDENTE

Je ne l’ai pas dit

Me DALMASSO

C’est vrai mais l’ordonnance l’affirme. Il n’y a pourtant pas eu de débat sur ce point, seule qu’une question a été posée à M PERRIER. Je pense qu’en débat était nécessaire

LA PRESIDENTE

Avec une réserve en cote 4103 pour M PERRIER, 4121 M HERUBEL et 4146 M FRANTZEN

On ne va pas se lamenter sur ce qui n’a pas été fait à l’instruction puisque nous le ferons en audience

Me DALMASSO

Bien

Me MALGRAIN

Certains documents n’ont pas été évoqués

LA PRESIDENTE

Nous allons le faire

Me MIGNON

Une précision sur la cote 3937 : ce qui est dit par le ministre du budget me paraît compatible avec la sécurité.

LA PRESIDENTE

Je trouvai plus intéressant de poser les éléments maintenant pour en débattre. Les notes que j’ai mises ne donnent pas toutes lieu à penser qu’il y avait influence du contexte, j’ai pris soin de citer entièrement des phrases, et notamment cette phrase.

Me SOULEZ LA RIVIERE

Il y a l’âme et l’ombre de l’âme : l’instruction peut planer sur l’audience. On a cherché une espèce de complot pour maintenir le Concorde en dépit de la sécurité ; dans un conseil des ministres, le président VGE se demande s’il y a intérêt à poursuivre l’exploitation : on s’aperçoit qu’il n’y a aucune trace sur des sacrifices à faire sur la sécurité : on est simplement dans un contexte économie ; rien ne permet de dire qu’on a fait quelques économies que ce soit sur la sécurité du Concorde. La sécurité est un élément décisif. Je sens que ME RAPPAPORT va intervenir.

LA PRESIDENTE

On ne va pas faire le débat au fond

Me SOULEZ LA RIVIERE

Nous parlons du contexte, dans ce compte rendu de conseil des ministres on voit que rien ne concerne la sécurité mais simplement le contexte économie.

LA PRESIDENTE

Si selon la défense il n’y a rien, LE PROCUREUR peut passer là-dessus : il faut d’abord en débattre …

Me MIGNON

Une précision : il faut préciser les différents services de la DGAC, il s’agit de départements différents qui gèrent le budgétaire et la sécurité

LA PRESIDENTE

Me RAPPAPORT, sans que vous plaidiez ?

Me RAPPAPORT

J’ai entendu mes collègues mettre en cause l’instruction. On dit que l’instruction a été tronquée, mais dans la cote DA 4103, à la première audition de M PERRIER, celui-ci a répondu de la manière la plus claire : « je tiens à dire que jamais je n’ai ressenti ces questions de réduction de financement ou ces hypothèses d’arrêt d’exploitation comme pouvant avoir des conséquences sur la navigabilité et la sécurité. Jamais je n’ai entendu dire chez le constructeur, pas plus que chez les autorités et l’exploitant : « il n’est pas nécessaire de modifier les avions car ils vont bientôt ètre arrêtés ». »

Les questions ont été posées sur les conséquences des choix politique et budgétaire, M PERRIER y a répondu clairement. Nous prenons acte que M PERRIER s’est toujours préoccupé de la sécurité : ce sera l’objet du débat de voir si la sécurité a été assurée.

Me SOULEZ LA RIVIERE

Pareil pour M FRANTZEN je suppose ?

LA PRESIDENTE

M FRANTZEN a été entendu 4146 voilà ce qu’il a dit à ce sujet « pour l’essentiel, il s’agit d’une période proche du crash pendant laquelle je n’étais plus en fonction. En ce qui concerne les chiffres fournis, trois PCM en trois ans et quatre en huit ans, je note que ce quatrième est resté en fonction cinq ans. Sur le fond, je pense qu’il est important que les personnels ne soient pas à vie sur les mêmes produits. Il est essentiel de croiser les expériences et donc de changer de temps en temps de fonctions. Reste la question du rythme idéal qui peut être sujet à débat. Trois PCM en trois ans, c’est sûrement beaucoup mais c’est bien postérieur à mon départ. Peut-être qu’après mon départ, les difficultés de la fonction publique se sont aggravées. J’ai toujours cherché à obtenir les moyens nécessaires pour exercer ma mission.

Optimiser ces moyens a toujours été une question permanente. Par exemple, on se peut se poser la question du taux optimal de prélèvements par sondages pour apprécier les justifications présentées par le constructeur. La réponse est, je crois, à trouver dans le parallélisme avec les pays étrangers. A l’époque, nos chiffres étaient très comparables aux chiffres britanniques.

A l’époque où j’étais en fonction, j’ai toujours trouvé qu’au SFACT et au STPA il y avait des ingénieurs de grande compétence, qui assuraient leurs fonctions dans la stabilité et la continuité. ».

Même chose pour M HERUBEL 4121, nous l’entendrons à ce sujet

LA PRESIDENTE

Le tribunal a pris acte de votre demande sur l’instruction mal faite Me SOULEZ LA RIVIERE et en jugera au fond. Ceci est acquis mais nous ne ferons pas avancer le débat si nous revenons là-dessus. Cela ne veut pas dire que vous l’acceptez si vous n’en parlez plus.

Me SOULEZ LA RIVIERE

Ce n’est pas épousé donc ce n’est pas acquis : cette instruction n’est ni faire ni à faire et ce procès est inéquitable

LA PRESIDENTE

Avez-vous confiance en le tribunal ?

Me RAPPAPORT

Ce que nous savons c’est que pour les prévenus, ils n’ont jamais manqué des moyens de sécurité, la suite nous dira s’ils en ont disposé correctement.

LA PRESIDENTE

Nous passons aux prévenus, M PERRIER. Si la journée est longue vous pouvez déposer assis

M PERRIER

Je voudrais parler de ce conseil des ministres d’octobre 79 : le ministre des transports en a fait la demande, à la suite de l’incident de Washington. Il est dommage que M Bourgeois ne puisse pas intervenir, mais c’est lui qui a lancé l’idée de catastrophisme en disant que l’on était passé à côté d’une catastrophe ; ceci est rentré dans les oreilles du ministre qui a donc amené le sujet au conseil des ministres : c’est pourquoi nous voulions un débat avec M Bourgeois mais nous nous contenterons de réagir à votre lecture des deux PV quand vous la ferez.

Vous avez rappelé le contexte.

C’est un fait que dans ces années il y a eu ces débats. Vous avez bien indiqué les pièces significatives de cette réflexion; Ce qui n’est peut-être pas sorti suffisamment, c’est la question de savoir s’il fallait arrêter unilatéralement. Depuis 62 les deux constructeurs et gouvernements sont associées : ils ont traversé la crise de 64 et celle de 74, qui fut également tendue jusqu’ à l’élection présidentielle de mai VGE : ceci mènera à un accord de compris à l’état 74 ; Jusque là on était dans l’idée : on s’arrête ensemble ; d’ailleurs c’est le même jour que AIR FRANCE et BRITISH AIRWAYS annonce l’arrêt des avions en avril, la seule différence étant la date de l’arrêt. Aucune clause d’arrêt n’était prévue sur les causes économiques. Si par hasard un accord à l’époque avait été trouvé pour qu’AIR FRANCE arrête l’exploitation la charge de travail des constructeurs français (AEROSPATIALE et Snecma) n’était pas arrêtée car il fallait toujours selon l’accord de 62 l’assistance technique de BRITISH AIRWAYS. C’est pourquoi que les deux constructeurs en 2003 ont rappelé que leur support était lié aux deux compagnies : c’est pourquoi l’avion n’a été repris après 2003 par aucune compagnie

LA PRESIDENTE

Il n’y avait pas de possibilité de retrait dans l’accord lors de la construction. Au cours de l’exploitation c’était la même chose ?

M PERRIER

Je crois vous en avoir parlé le 4 février : il s’agissait d’un engagement solidaire :

Assesseur

Dans les notes il m’avait semblé que l’idée était que les constructeurs n’était pas exemptés du maintien de la navigabilité, et qu’au niveau politique il aurait fallu continuer à payer pour des pièces qui auraient alimenté des avions anglais, et qu’il ne s’agissait pas d’une économie intéressante ?

M PERRIER

Je ne sais pas. Il était estimé qu’une discussion d’un an aurait du avoir lieu, mais elle n’a pas eu lieu, mais on peut imaginer qu’elle n’a pas eu lieu car après 82, le nouveau président de la république a pris gout au déplacement en Concorde. Aucun autre n’en a autant fait ; de plus tant que M Fidermann était ministre des transports, ancien communiste, il n’était pas question que le pc et la CGT soient responsable de l’arrêt du Concorde : cette composante a toujours soutenu le programme. Quand il a quitté le gouvernement en 84, la conversion est faite : les lignes non rentables sont abandonnées, il reste le Paris-NY. Je pense que M FRANTZEN qui avait d’autres responsabilités que le suivi du Concorde ne serra pas en désaccord avec moi-même si cela ne dépendait pas de son service : c’était MM Lagorce et Abraham ; mais M FRANTZEN savait ce qui se passait sur le plan gouvernemental.

Sur les moyens humains :

J’ai parlé des moyens financiers. Je pense que si nous avons sollicité le témoignage de M Marty c’est qu’il était de 97 à 2000 le responsable technique du programme t le directeur du programme ? Nous avons souhaité qu’il puisse vous montrer comme un acteur qui a vécu les années précédant cet événement.

Coté humain, les gens pourraient comprendre que sachant qu’il n’y avait que 14 avions, on ne devait plus développer d’améliorations du produit. Pourquoi maintenir en effectif suffisant en qualité de notre coté de constructeur français ? Nous savons que ce programme ne peut trouver de référence dans aucun programme antérieur, donc dans le le suivi de navigabilité, qui est une notion qui n’est pas plus difficile sur Concorde que sur les autres mais qui manque de référence par rapport à d’autre notion, on sait que l’on va devoir avoir un soin tout particulier pour que les hypothèses de certification qui consistent en des essai et des calculs, ne soient pas remises en cause par la réalité de la navigation : avec les 5000 heures d’essais en vol on ne rencontre pas par exemple de problème d’usure de l’avion. Ainsi on garde des personnes de qualité, en assurant le relai par formation en biseau des nouveaux. Quand on décide qu’on ne fabriquera que X Concorde, on a tous (russes et japonais compris) l’idée d’un supersonique de 2e génération : on pense jusqu’à la fin des années 90 qu’il faut remettre en cause les problèmes environnementaux, de rayons d’action. Concorde est plus économique en mac 2 qu’en subsonique ; cela était une autre condition pour le faire évoluer. Les constructeurs apportaient un intérêt particulier à retirer des enseignements de cette exploitation, sachant que les concurrents futurs n’en disposaient pas à tel point que les américains ont acheté des heures de vol aux russes pour des essais. Toutes ces données constitueraient une base de qualité pour un supersonique futur : à lui seul cet argument méritait de mettre des gens de grande qualité. Voilà une motivation peu connue qui explique le soin apporté au vieillissement des avions

LA PRESIDENTE

Malgré les problèmes économie vous pensiez qu’il y avait possibilité d’un supersonique de 2e génération ?

M PERRIER

Je pense que jusqu’en 95 il y avait un projet pour les américains, japonais et européens. M COLLARD qui viendra sur l’incident de Washington s’occupait de ce projet.

Jusqu’ à mon retrait en 94, je suis formel : comme le dit Me RAPPAPORT, nous n’avons pas sacrifié la sécurité.

M MARTY pourra le mieux vous donner des informations (responsabilité technique et responsabilité programmes)

Je me suis trouvé être témoin d’une réunion de la DGAC avec ministre set représentants du président de la république mais je n’avais rien à dire : j’ai seulement dit qu’en cas d’arrêt la charge resterait aussi au constructeur français. En 86 et 87 il y a un flottement puis en 88 un bon équilibre est trouvé entre AIR FRANCE et aérospatiale.

LA PRESIDENTE

Cote da 4103, vous avez dit « Je tiens à dire que personnellement, sur les sujets que je considérais essentiels, notamment sur les questions de navigabilité consécutives aux incidents en service, je n’ai jamais subi ni souffert d’un manque de moyens, ni humains ni financiers à l’intérieur de mon entreprise.». Vous confirmez ?

M PERRIER

Je confirme. Je m’assurais que ces gens avaient les moyens.

LA PRESIDENTE

Vous nous préciserez vos fonctions certainement demain. Lors de votre audition :

« Question : Que pensez vous (le ces éléments ? Comment avez vous ressenti, à votre fonction, ces contraintes budgétaires ? Quelles conséquences ont elles pu avoir sur la gestion du support en service et la qualité du suivi de navigabilité ?

RÉPONSE : je n’ai pas retenu toutes les dates dont vous venez de me donner connaissance, mais en 1979, ce qui est voulu par le gouvernement c’est qu’on ne fasse plus sur Concorde des améliorations non liées à la sécurité. »

M PERRIER

C’est ce que j’ai dit il y a 5 minutes.

LA PRESIDENTE lit un autre extrait de l’audition de M PERRIER

LA PRESIDENTE

Vous avez dit : « Finalement, quand il a été décidé que les avions pouvaient continuer à voler, des réparations sur tous les avions ont dû être entreprises. J’ai évidemment été tenu au courant de cette tendance générale et des hésitations sur la poursuite de l’exploitation, mais le constructeur n’y a eu aucun rôle. »

M PERRIER

Je ne voudrais pas être amené à commenter les rôles de BRITISH AIRWAYS et AIR FRANCE. Le fait est que dans le début des années 80, après un démarrage assez laborieux côté britannique, il n’avait pas le même niveau de confiance dans la qualité du produit : en octobre 77, AIR FRANCE ouvre en quotidien alors que BRITISH AIRWAYS ouvre à trois fréquences hebdomadaire, pour arriver jusqu’à 12 fréquence hebdomadaires : il y une inversion dans les années 80 : BRITISH AIRWAYS a pris confiance dans le produit, et a 12 vols par semaine alors que Air France a du arrêter les lignes sud américaines. AIR FRANCE abandonne même Washington alors que BRITISH AIRWAYS continue. Ils arrêteront pour garder du potentiel structure et cellule pour garder le Paris-NY. Je n’ai pas d’autre commentaire.

Assesseure

Est-ce qu’il y avait un intérêt financier pour le constructeur pour que l’avion continue ou pas ?

M PERRIER

Tout l’art de la société était d’être équilibré. Je n’avais aucune responsabilité financière mais j’ai eu le sentiment qu’au niveau de l’exploitation Concorde a été neutre, en revanche il a accessoirement apporté des investissements pour airbus. Ce sont des acquis qui ne sont pas chiffrables. Mais à mon avis dans les années où cesse la régie le financement est neutre.

Assesseur

Après la régie il y a eu négociation avec AIR FRANCE : une somme forfaitaire lui était versée.

M PERRIER

Pour le suivi de navigabilité, il y avait provision pour des dépenses non prévues : on a imposé que tout les avions dans le ciel américain soient équipés de dispositif  anti collision : la question a été de demande ou non une dispense pour que Concorde en soit exempté, puisqu’il y en avait pas. Les anglais ont pensé que cela était mauvais pour la marque : il a donc fallu imposer cette modification mais le problème c’est que les antennes ne marchaient pas du fait de la température à mach 2 : AIR FRANCE a payé cette modification, pour les frais de bureau d’étude.

LA PRESIDENTE

Les parties civiles ont-elles des questions. M LE PROCUREUR ?

LE PROCUREUR

En définitive qui commande ?

M PERRIER

Les gouvernements

LE PROCUREUR

En dessous des gouvernements ?

M PERRIER

À l’époque constructeurs et exploitants étaient nationalisés. Il ne m’appartient pas de connaitre des relations entre ministre et directeurs.

LE PROCUREUR

Quand vous vouliez faire une modification, il fallait faire une demande ?

M PERRIER

Si la modification n’a pas un caractère de navigabilité, on en discute avec les clients car il s’agit d’une modification. S‘il s’agit d’un cas de navigabilité, comme après Washington, dans ce cas toutes les études et travaux ont été payées par les gouvernements : à la charge de l’exploitant l’achat des roues et des pneus ; d’où la lettre de M Clems ; Voilà comment fonctionnait le financier pour les modifications

LE PROCUREUR

Même si c’est impératif, il fait donc l’accord du ministre du budgétaire

M PERRIER

Il faut l’accord de l’aviation civile. Je n’ai aucune connaissance en termes de budget. Je sais que le constructeur qui me payait avait les financements qui permettaient de faire face à ces obligations. Pour le reste je n’en sais rien

LE PROCUREUR

Vous pensez donc que cela remontait au ministre de l’Equipment ?

M PERRIER

Au ministre des transports notamment. On expliquait ce que nous faisions à l’appui de notre demande de budget, qu’il s’agisse dans un premier temps de l’Etat ou des compagnies la démarche était la même

LE PROCUREUR

J’aimerai avoir votre avis sur certains points ;

Par ex dans la note de la DGAC de 83 sur les stocks, DA 3256 ; quelles observations cela vous inspire ?

M PERRIER

Cela reprend l’idée des années d’incertitude, avec à partir de 81 l’idée d’un arrêt définitif des avions d’AIR FRANCE : si les avions sont arrêtés, AIR FRANCE ne répare plus les équipements mais se sert sur les 3 avions qui ne fonctionnent pas. Cette méthode par cannibalisation fait qu’au bout d’un moment  il n’y a pas de support de rechange

LE PROCUREUR

Vous aviez connu ce problème déjà ?

M PERRIER

Non même sur la fin de caravelle

LE PROCUREUR

Par rapport à la difficulté de financer la formation de deux CDB, cela parait difficile à croire

M PERRIER

M RAFIN pourrait y répondre : pendant la déformation, les CDB ne volent pas et subissent des sessions en simulateurs. C’est à AIR FRANCE de chiffre un entrainement sous sa responsabilité

LE PROCUREUR

Avez-vous déjà vu dans l’aviation que l’on ne soit pas dans la capacité de former un pilote ?

M PERRIER

Je tente de rester lucide dans mon rôle. Quand on arrive à des questions que les financier, ce ne sont pas des questions auxquelles je peux répondre

LE PROCUREUR

On sait que le financement arrivait par le ministre des finances. Que pensez-vous de la note de février 83 où le directeur de la DGAC fait état de manœuvre ?

M PERRIER

Comme dit précédemment je n’ai aucune opinion sur le sujet. Nous, constructeurs toulousains nous n’étions pas touchés par cela

LE PROCUREUR

Question non sans conséquences juridiques ; je vous la pose à vous prévenu : avez-vous agi avec tout les moyens humaines et financier

M PERRIER

J’y répondrai quand la présidente me demandera de m’exprimer sur mes fonctions.

LA PRESIDENTE

Nous en parlerons tout à l’heure

M RAFIN, il semblerait qu’il s’agissait d’un mode de fonctionnement d’utiliser des pièces de rechange, contrairement à ce que vous aviez dit en début d’audience en février.

M RAFIN

A l’époque oui, il  y a avait pénurie de pièces détachées car on ne savait jamais si on allait arrêter l’exploitation.

LA PRESIDENTE

Pourquoi alors en 2000 cela n’avait plus cours ?

M RAFIN

Parce qu’en 2000 toute la flotte était engagée.

Me DALMASSO

L’accord sur le suivi conjoint de la navigabilité est notre pièce n°1

LA PRESIDENTE

Le tribunal n’a pas en tète toutes les pièces versées vu le volume. Je vous demande donc de me le préciser quand une pièce versée peut être utile aux débats. Quant à cette pièce je l’avais mise de coté pour les débats qui vont suivre ;

Il n’y a plus de question pour M PERRIER

LA PRESIDENTE

Nous allons entendre M HERUBEL

M HERUBEL

Je suis intervenu de 93 à 95 pour aérospatiale, c’est-à-dire après la période de discussion évoquée. Enter 93 et 95, au niveau de mes responsabilités techniques, nous n’avions pas accès aux aspects financier qui étaient traités par la direction commerciale avec les compagnies aériennes. Nous n’avion pas de liaisons directes avec BRITISH AIRWAYS, cela passait par BRITISH AEROSPACE. Comme l’a rappelé M PERRIER, et qui a continué à être vrai jusqu’a mon départ en 95, les budgets nécessaires à assurer le suivi de la navigabilité était présenté pour le budget annule. Lorsqu’un suet à traiter ne faisait pas partie du minimum  nécessaire au suivi de la navigabilité, la négociation se faisait avec le demandeur qui pouvait être AIR FRANCE, par discussion directe avec nos services ou par BRITISH AIRWAYS par le biais de BRITISH AEROSPACE ; nous n’avons jamais eu de problème de financement ou de moyens : le système a bien fonctionné. Tout a pu être correctement mené, à la satisfaction des clients.

LA PRESIDENTE

Etiez-vous au courant des difficultés et des discussions ?

M HERUBEL

Jusqu’à la certification et à la mise en service, ces question ne sont jamais arrivées à mon niveau, qui était très technique. Et en 93-95, il n’y a avait pas ce genre de discussion.

LA PRESIDENTE

Y a-t-il des questions pour M HERUBEL ?

Personne n’a de questions.

Me SOULEZ LA RIVIERE

Cela est ridicule. C’est vrai que 93-95 est très important

LA PRESIDENTE

Cela est lassant et ne sert pas à grand-chose

Me SOULEZ LA RIVIERE

Cela sert à répéter les choses

LA PRESIDENTE

Nous comprenons que vous êtes convaincu. Nous allons maintenant entendre M FRANTZEN. Même si cela n’a rien et est stupide pouvez vous dire ce que vous pensez de ce que je viens de dire ?

M FRANTZEN

Il faudrait pour comprendre mon point de vue complètement connaitre mes onctions, mais je suivrai votre plan. Quand j’entends mes collègues, jamais je ne les ai entendus dire que les constructeurs rechignent aux contrôles.

De 75 à 89 je suis sous directeur technique à ce qui est aujourd’hui le SFACT : tout m’arrive par écho, et je n’ai aucune idée de ces discussions. Cela n’a aucun écho sur la dimension autorité de certification. Je ne reçois aucun commentaire sur les exigences de certifications.

De 89 à 94 je suis chef du SFACT et j’assiste à des réunions hebdomadaires, je découvre ces question : il faut faire la différence dans le DGAC entre la DPAC chargé des finances et le SFACT chargé de la sécurité. Je découvre les thèmes de pièces de rechange, les thèmes de la formation des personnels…ces thèmes sont récurrents dans le monde aéronautique. Jamais je ne reçois de pressions. Dans beaucoup des textes que vous avez cités, notamment la note de 83 citée par le proc, on parle de la DGAC mais DPAC, en tant qu’état banquier. On ne parle pas de navigabilité. Le ministre de la défense assure la tutelle de l’industrie aérospatiale : il s’agit aussi d’un partenaire, mais qui n’a pas d’impact sur la certification.

Une fois mise en examen, je me suis plongé dans ces documents. La question qui se pose est de savoir si l’on arrête Concorde. Deuxième difficulté : que faire des invendus ? Troisième discussion : comment termine-ton un programme ? Sur le plan de la navigabilité, un programme s’arrête quand ce qui est nécessaire pour la navigabilité n’est pas fait. Qu’est-ce qui fait qu’on ne fait pas le nécessaire ? Parce que économiquement, ou pour une question d’image ce n’est plus intéressant. Le programme s’arrête alors naturellement. En regardant le dossier j’ai pris conscience de 3 phases : avant 79, de 79 à 86 les discussions que vous évoquez, puis de 86 à 2000 où le débat reprend, je n’ai pas souvenir de tels débats. Ilfaudra vérifier avec M JOUTY de quoi il parle. Je note qu’à partir de 86 je n’ai pas trouvé de traces que le débats se sot poursuivi de façon significative.

Avec le Mercure, exploité par Air inter (10 avions), les mêmes questions se sont posées. Les allemands et américain rencontrent souvent ces problèmes pour des avions qui n’ont pas de succès.

LA PRESIDENTE

Y a t-il des questions ?

LE PROCUREUR

Pour rebondir à vos propos, je voudrais vous soumettre un courrier d’AIR FRANCE, en cote DA 3387, qui parle de 4 séries de modifications relatives à la sécurité

M FRANTZEN

Tout ce que j’ai dit s’applique à ce papier : il s’agit d’un dialogue entre quelqu’un qui doit faire des travaux impératifs et qui se tournent vers les organismes de financement : en navigabilité tant qu’il y a ce qu’il faut on peut voler, sinon on ne vole pas

LE PROCUREUR

Dialogue oui mais apparemment c’est le ministre qui décide

M FRANTZEN

Sur le plan financier. Cela reprend ce qu’a dit M PERRIER.

Plus de questions pour M FRANTZEN

LA PRESIDENTE

J’aimerai demander à M ARSLANIAN : est-ce que le BEA souhaite ajouter quelque chose en ce qui concerne ce contexte ?

M ARSLANIAN

A cette époque le BEA était en phase de grossissement.

LA PRESIDENTE

De quelle époque parlez-vous ?

M ARSLANIAN

C’est à la période du Concorde que l’on passe d’une industrie tournée vers l’intérieur à une industrie tournée vers l’exploitation. Avec un temps de retard le BEA apparait en 90. Je n’y étais pas entre 75 et 85 mais j’étais dans d’autres services, à la DGAC. En tant que personne je peux dire qu’il est vrai qu’à cette époque l’aéronautique était liée à l’Etat. L’état donnait l’argent, comme un actionnaire plus qu’un banquier. A partir du moment où je me suis trouvé au BEA de 85 à l’accident du Concorde, il y avait une très gde vigilance sur out ce qui pouvait impliquer la sécurité, comme relaté par M FRANTZEN. D’un coté il y  les aspects économie, de l’autre la sécurité : quand l’économie n’est plus en corrélation avec la sécurité, cela ne doit pas se traduire par une dégradation de la sécurité, mais au contraire par une décision économie. Il y a une période de transition (compagnie qui commence à avoir des problèmes…) : pour certaines compagnies (les périodes de crises sont accidentogènes) j’appelais mes collègues à la plus grande vigilance.

LA PRESIDENTE

Comment ?

M ARSLANIAN

Il y a un partenariat entre constructeur et compagnie ; il y a un partage des taches qui demande une certaine confiance : si l’un des partenaires à des difficultés il n’est plus autant en état s’assurer sa tache donc la part de confiance doit être déduite : il faut être plus impérialiste. Le débat dont vous parlez, je l’ai vécu. Quand nous avons mené notre enquête, nous nous sommes interrogés sur ce qui avait été fait avant et nous nous sommes interrogés sur les conditions de maintien de la navigabilité.

LA PRESIDENTE

Nous verrons ceci après. Des questions ?

Me RAPPAPORT

Vous avez demandé comment s’exerçait la vigilance, ce à quoi A a répondu qu’elle était constamment effectué. Ma question est de savoir qi le BEA s’est penché sur les problèmes de percements du réservoir après Washington ?

M ARSLANIAN

Je ne peux parler qu’à partir de mon arrivée. La question porte sure les autres evnmts que Washington : tous les événements faisait l’objet d’un examen pour voir s’il y avait lieu à enquête. Dans ce document il n’y avait pas d’événement préoccupant.

Me RAPPAPORT

Après Washington aucun événement n’a été objet de préoccupation

M ARSLANIAN

Des éclatements de pneus du Concorde, je n’en vois pas qui aient été de nature à provoquer une enquête

M NDYAE

Il s’agit plus d’une observation du contexte financier et industriel : au nom d’EADS je souscris à ce qui a été dit par M HERUBEL et M PERRIER. Je suis surpris qu’on les interroge sur les questions financières sur lesquels ils n’avaient pas de pouvoir. Connaissant EADS, je peux dire que ces gens ne sacrifient pas la sécurité à l’économie, et quand bien même les pouvoirs publics avaient restreint les investissements, ils s’y seraient opposés ; la décision relevait également des anglais. Nous n’avons pas examiné le volet anglais, mais sachez que si les français avait des difficultés financières les anglais ne les auraient pas suivi si la navigabilité était en cause.

LE PROCUREUR

Si j’ai bien compris vous avez dit qu’en cas de problème de financement cela ne doit pas se traduire par une baisse de la sécurité,  puis vous avez ouvert deux nuances : en période de crise, et en période de fin de vie d’un avion.

M PERRIER

Oui pour la crise, pour la fin de vie tout dépend de la façon dont se passent les choses. Lorsque la faillite menacent, oui incontestablement. Il y a d’une part les financements, d’autre part tous les métiers techniques. Une fois que la règle est posée il faut veiller à ce qu’elle s’applique : il y a une vigilance sur la qualité de la sécurité, qui ne s’obtient pas sans efforts. C’est pourquoi je ne vois pas de contradiction entre la règle et l’application de la règle, mais il est évident qu’en cas de crise il est plus difficile d’assurer la volonté d’appliquer la sécurité, d’autant plus qu’il existe des marges. C’est pourquoi qu’il existe ces vérifications.

Me BUFFAT

Tout les avions qui volent un jour où l’autre on en arrêter la production ; c’est un cas classique : avez-vous des statistiques pour dire que la fin de vie d’un avion augmente le risque ?

M ARSLANIAN  Je n’ai pas d’ex précis. On retrouve des avions de quatrième ou cinquième main qui volent dans des pays où les structures sont moins organisées. C’est un problème de diligence, mais on n’est pas dans le cadre de l’accident du Concorde. Ma réponse ne s’appliquait pas au cas du Concorde. En 2000 nous n’étions pas dans une logique de financement de programme, mais plus dans une logique de programme à petite série, suivi par deux compagnies de façon normale.

LA PRESIDENTE

D’autres questions ?

Il n’y a pas d’autres questions.

L’audience est suspendue une demi-heure.

LA PRESIDENTE

Conformément au plan d’audience, nous allons envisager la notion de navigabilité et les règles applicables. Je vais présenter des généralités à ce sujet : je me suis servie des notes des avocats de la défense ; ainsi que des pièces de l’instruction. A l’issue de ces exposés j’entendrai les prévenus et leur demanderai de présenter leurs fonctions. Demain j’espère que nous pourrons entendre M HECKMANN et LECOMTE.

Dans le cadre de cet exposé, je citerai également les propos de témoins qui ne sont pas cités.

Mon exposé je le rappelle n’est pas parfait : il appartient aux uns et autres de faire des observations.

La navigabilité d’un avion de transport est son aptitude administrative à transporter des passagers en toute sécurité : cela est constaté au départ puis ensuite le contrôle a lieu tout au long de l’exploitation de l’avion.

Le processus de certification

Au cours de la conception et de la construction d’un aéronef, le constructeur et l’administration définissent des objectifs de sécurité et des normes à respecter afin qu’un minimum de pannes se produisent et que, dans l’hypothèse où elles aient lieu, elles ne remettent pas en cause la sécurité des personnes.

Les études menées portent notamment le nom d’analyses de sécurité, afférentes à chaque système et sous système.

Tous les cas de pannes, défauts ou anomalies raisonnablement envisageables sont étudiés, que l’avion soit au sol ou en vol et les actions de tous les acteurs potentiels (équipes de maintenance et d’entretien et équipages) sont préalablement définies.

Les objectifs de sécurité sont définis en fonction de niveaux de criticité basée sur les notions de risque et de danger. Le danger constitue le premier maillon nécessaire à un scénario d’accident et la recherche des dangers potentiels au cours de l’activité de transport aérien est fondamentale. Le risque, quant à lui, est caractérisé par l’éventualité d’un événement futur redouté, car associée à l’existence, à la connaissance ou à la perception d’une situation dangereuse pouvant évoluer jusqu’à l’accident. L’importance du risque est déterminée par la combinaison de deux facteurs, qui sont sa probabilité d’occurrence d’une part et la gravité de ses conséquences, d’autre part. Chaque situation est donc évaluée en fonction d’un niveau de criticité, qui va de mineur à majeur, puis de critique à catastrophique.

Pour chacun de ces quatre niveaux, les autorités déterminent une probabilité d’occurrence maximale :

Très improbable

Extrêmement rare

Rare

Probable

Ainsi, par exemple, une situation critique (c’est à dire qui est caractérisée par une dégradation dangereuse des Marges de sécurité et/ou des conditions marginales pour les occupants) doit avoir  une probabilité d’occurrence meilleure que 10-7, ce qui équivaut à une chance sur 10 millions. Cette probabilité d’occurrence, on y fait souvent allusion.

Une situation qualifiée de majeure (c’est à dire qui est caractérisée par une dégradation notable de la marge de sécurité) doit avoir une probabilité d’occurrence meilleure que 10-5.

Par conséquent, il existe un domaine de risques estimés acceptables au regard de leur degré d’occurrence et de gravité des conséquences estimées et un domaine de risques inacceptables.

Outre le processus de fabrication lui même (cellule, réacteurs, équipements divers) qui doit respecter un grand nombre de règlements techniques, l’obtention d’un certificat de type pour un nouvel aéronef s’obtient par le suivi rigoureux d’un processus de certification, régi par des règles spécifiques. Si, au cours des dernières décennies, il a généralement été fait appel, pour la certification des avions de transport à un ensemble de normes acceptées par de nombreux états européens, réunis dans un club dénommé JAA (Joint Aviation Authorities), cela n’a pas été le cas s’agissant du Concorde, pour lequel la certification comme l’exploitation se réfèrent à un Standard dit TSS (pour Transport Supersonique) : il s’agit du document fourni par la défense de M FRANTZEN. certaines parties figure au dossier certaines traduites Cet aéronef a donc été certifié au moyen de ce règlement unique, établi en commun par les anglais et les français.

Un avion ne peut exploiter un vol commercial que s’il satisfait aux exigences de la certification. Au vu des normes de certification établies à la suite d’un travail commun aux constructeurs et aux autorités administratives (et après consultation des autres nations concernées – FAA pour les Etats Unis et CAA pour l’Angleterre -), l’avion prototype initial, à l’issue d’un processus de certification de type, doit obtenir un certificat de navigabilité de type. Sous le contrôle du service de la formation aéronautique et du contrôle technique (SFACT), il est vérifié que l’appareil a été conçu et construit dans le respect de la réglementation en vigueur, qu’il s’agisse, par exemple, des méthodes de fabrication, de la résistance des matériaux et die la structure, des performances des moteurs ou des équipements de bord.

Ensuite, chaque appareil doit obtenir un certificat de navigabilité individuel, subordonné à la démonstration de la conformité au type. S’agissant plus spécifiquement du Concorde, le processus de certification a été plus long et complexe qu’habituellement dans la mesure où, d’une part, l’appareil avait été conçu en coopération par les Anglais et les Français et où, d’autre part, il s’agissait du premier avion de transport supersonique, ce qui a nécessité l’adaptation, et même parfois, le création de certaines normes spécifiques.

Par conséquent, un processus parallèle de certification primaire a été conduit dans les deux pays partenaires. Chaque administration responsable (DGAC et CAA) a désigné un PCM (Project Certification Manager) entouré d’une équipe de spécialistes dans le but d’élaborer de nouveaux règlements (standards TSS), les nonnes anciennes étant inadaptées pour un tel avion supersonique.

Le travail de certification s’est développé’, sur plusieurs années. Le prototype a volé pour la première fois le 2 mars 1969, alors que le certificat de navigabilité de type n’a été accordé pour la France que le 9 septembre 1975, après 5 300 heures d’essais sur huit appareils différents.

Sur le plan technique et opérationnel, les objectifs de sécurité s’imposent certes en premier lieu au niveau du processus de certification, mais également, tout au long de l’exploitation de l’avion.

En cote da 2948 M AUFFRAY indique lors de son audition que « La certification française de l’avion a été acquise le 09 octobre 1975. Il y a eu ensuite des vols d’endurance qui avaient commencé dès le 28 avril 1975 et la mise en ligne a été faite le 21 janvier 1976. »

Dans ses rapports cotés Da 2978 et 3978, le SFACT indique ceci :

« 4.2.1 TSS Standard

Concorde a été certifié au moyen d’un règlement unique, le « TSS Standard », code créé spécialement pour traiter des avions supersoniques devant être certifiés au Royaume-Uni et en France. Concorde reste à ce jour le seul… Note : la certification de Concorde a été validée par la FAA au moyen de la FAR 25 très largement amendée par une Condition Spéciale.

Si la forme du TSS Standard, basée sur celles des règlements anglais BCAR tombés depuis en désuétude, est très différente du règlement JAR-25 aujourd’hui en vigueur en Europe et qui utilise un format d’inspiration américaine (FAR 25), le TSS Standard introduit néanmoins des exigences qui sont à la base des règlements de certification actuels, en particulier en ce qui concerne les analyses de sécurité (voit TSS Standard No 1.1, et JAR 251309 / AMJ 25.1309). D’autres règlements sont par contre restés uniques, comme par exemple tous les aspects « performance » (TSS part 2), ou l’approche très probabiliste des qualités de vol

Règlements généraux probabilistiques (cf. TSS No 1.1)

Ce règlement définit les principes qui sont aujourd’hui ceux du JAR 25.1309 tel que nous le connaissons.

Les pannes simples, ou les combinaisons de pannes qui n’ont pas été démontrées extrêmement improbable ne doivent pas conduire à des événements catastrophiques (perte de l’avion et / ou décès). »

Les objectifs de navigabilité sont définis par des « règlements de certification » qui portent le nom de :

- JAR pour les avions de transport autres que le Concorde (Joint aviation authorities)

- Concorde TSS Standards pour le Concorde : ce dernier a été certifié au moyen de ce règlement unique, code spécialement créé pour traiter les avions supersoniques.

Il convient de distinguer la certification de la qualification qui vise uniquement à assurer le niveau de performance d’un équipement. Cette qualification est fixée par des règles appelées TSO pour l’ensemble des appareils à l’exclusion du Concorde et QTP (qualification test program) pour le Concorde (Da 3550).

S’agissant plus particulièrement du Concorde, le objectifs de navigabilité ont été définis dans le standard TSS 1.1 aux paragraphes 3 et 5 (Iia 3978) :

§3 : une panne simple aboutissant à des résultats catastrophiques doit être extrêmement improbable

§5 : il sera envisagé toutes les occurrences prévisibles qui rie sont pas manifestement improbables

De plus, le certification review item 01.01 prévoit) qu’ :

- aucune condition de panne catastrophique ne devra résulter d’une panne de pneumatique à moins qu’il ne soit démontré que ce cas est extrêmement improbable

- aucune condition de panne critique ne doit résulter d’une panne de pneumatique à moins qu’il soit démontré que ce cas est extrêmement rare (Db 385 p 2 à 9).

Ces objectifs de sécurité ont été constants et l’étude des événements survenus en cours d’exploitation doit toujours avoir lieu par référence à eux. Au vu des normes de certification établies à là suite d’un travail commun aux constructeurs et aux autorités administratives (et après consultation des autres nations concernées – FAA pour les Etats Unis et CAA pour l’Angleterre -), l’avion prototype initial, à l’issue d’un processus de « certification de type », doit obtenir un certificat de navigabilité de type : sous le contrôle du service de la formation aéronautique et du contrôle technique, il est vérifié que l’appareil a été conçu et construit dans le respect de la réglementation en vigueur, qu’il s’agisse, par exemple, des méthodes de fabrication, la résistance des matériaux et de la structure, des performances des moteurs ou (les équipe de bord).

§2: La phase d’exploitation

Tout au long de l’exploitation de l’aéronef les autorités, les constructeurs et les compagnies de transport doivent contribuer au suivi de navigabilité, c’est à dire vérifier que les hypothèses de pannes possibles envisagées au cours de la certification sont bien réalistes et qu’en pratique, le degré d’occurrence des pannes comme la gravité de leurs conséquences sont en adéquation avec les hypothèses initialement retenues. S’agissant du Concorde, le travail de suivi de navigabilité était d’autant plus important que nul n’avait d’expérience en matière d’avion de transport supersonique et qu’il s’agissait d’un avion potentiellement dangereux en vol, dans la mesure où il vole à deux fois la vitesse du son, à des altitudes de croisière où la pression ambiante est le dixième de la pression standard au niveau de la mer et où la température ambiante extérieure se situe entre moins 50 et moins 80 Celsius. Le principe du suivi de navigabilité repose sur la prise en compte de l’expérience acquise, et notamment des incidents antérieurs, et sur l’exploitation de ce retour d’expérience afin  ‘évaluer, en premier lieu, les options réglementaires, techniques et opérationnelles prises précédemment, soit dans le cadre de la certification initiale, soit au cours du suivi de navigabilité, de modifier, ensuite, au besoin les hypothèses de pannes prévues au cours des analyses initiales et enfin d’étudier la mise en place des modifications nécessaires.

Le principe est donc que si les événements en exploitation établissent soit que la fréquence des pannes est notoirement supérieure aux prévisions des études de sécurité initiales (le degré d’occurrence constaté est différent du degré d’occurrence envisagé), soit que, en pratique, la gravité des conséquences d’une panne, initialement prévue simple, est plus grave, alors le constructeur et Les autorités administratives doivent prendre toute mesure utile pour revenir à une combinaison réaliste (le « niveau de criticité/probabilité d’occurrence », réglementairement définie comme acceptable.

Un aéronef doit être entretenu suivant un programme d’entretien déposé, et exploité dans un cadre habilité, suivant des procédures déposées et agrées qui constituent le Manuel de Vol. Cette activité fait partie du processus de maintien de navigabilité de l’avion.

Les compagnies aériennes exploitantes, le constructeur et l’administration de l’aviation civile sont donc des acteurs de la sécurité aérienne qui ont des rôles distincts mais complémentaires.

La compagnie AIR FRANCE, en qualité d’exploitant, avait, au titre du maintien de la navigabilité de l’aéronef Concorde, l’obligation d’utiliser cet avion dans les limites prévues et de procéder aux opérations d’entretien.

Elle avait aussi obligation de déclarer les, incidents et accidents d’exploitation (instruction du secrétaire d’Etat aux travaux publics, aux transports et au tourisme du 3 juin 1957 concernant les dispositions à prendre en cas d’irrégularité, d’incident ou d’accident d’avion, Db 385). L’Annexe 13 de l’OACI définit l’incident comme « toute infraction aux règlements de la circulation aérienne, aux règlements opérationnels ou tout événement ayant fait courir un risque aux personnes et au matériel, même s’il n’a pas entraîné d’irrégularité d’exploitation » Le constructeur, en l’espèce AEROSPATIALE (devenu ensuite AIRBUS puis EADS) était détenteur du certificat de navigabilité de type. Il lui appartenait de prendre les mesures nécessaires pour assurer le maintien en validité dudit certificat. Il était amené à rechercher, auprès des exploitants, les incidents réellement survenus, puis à les trier, les analyser et à proposer des mesures garantissant le degré de sécurité nécessaire

au maintien du certificat de type.

La Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) a en charge, au nom et sous l’autorité du Ministre chargé de l’aviation civile de maintenir la sécurité du transport aérien à son plus haut niveau. L’arrêté portant sur l’organisation actuelle de la DGAC dispose ainsi que la direction du contrôle et de’, la sécurité est chargée de veiller au respect des dispositions législatives et réglementaires nationales et internationales applicables au domaine de l’aviation civile, en matière de sécurité, de sûreté et d’environnement (Da 4566 observations de Me SOULEZ LA RIVIERE). Cette responsabilité de la DGAC est revendiquée par cette administration puisque, dans une note de synthèse de présentation de son organigramme, elle a indiqué : « La DGAC est ainsi dotée de l’ensemble des moyens d’intervention et de contrôle dans son domaine d’activité. Cette unité fonctionnelle [...] découle de l’exigence de sécurité absolue qu’impose l’utilisation des aéronefs. Pour garantir aux usagers que le risque est limité à des situations pratiquement improbables, l’intégralité du système est soumis à des règles de contrôle et de vérifications contraignantes, élaborées et appliquées par la DGAC [...1. Quand un accident se produit, [...] il est clair que l’administration de l’aviation civile a la responsabilité de définir et d’appliquer les mesures permettant d’éviter la reproduction du même accident. Cette responsabilité lourde, les diverses branches de l’aviation civile savent qu’elles peuvent l’assumer parce qu’elles font partie intégrante d’un ensemble unique qui leur permet et leur impose à la fois une coordination forte » (Da 3641).

La DGAC, sur son site internet, précise qu’elle est une autorité administrative qui assure le développement et la mise en œuvre d’une réglementation qui limite davantage les risques. Elle doit posséder, grâce aux moyens qu’il lui appartient de mettre en œuvre, une bonne connaissance des causes des incidents et accidents. Elle doit ensuite identifier des solutions techniques opérationnelles, humaines et organisationnelles de prévention des accidents (Db 385).

A l’intérieur de la DGAC, le Service de Formation Aéronautique et de Contrôle Technique (SFACT) endosse une part de responsabilité majeure puisqu’il doit veiller, avec le concours de l’ancien bureau VERITAS, devenu Groupement pour la Sécurité de l’Aviation Civile (GSAC), à ce que la conception, la production, l’exploitation et l’entretien des avions présentent les meilleures garanties de sécurité.

Le bureau VERITAS doit signaler les problèmes techniques dont il peut avoir connaissance. L’Organisme du Contrôle en Vol de la DGAC (OCV) doit également faire état des problèmes opérationnels,  da 2946 GOURGUECHON Philippe

« A partir de 1985, j’ai en outre intégré l’organisme de contrôle en vol de la DGAC. J’étais pilote inspecteur, d’abord sous les ordres de M. BULTE, puis M. Marc MOUREAUX, puis M. HOYER jusqu’en 1998, puis M. HELIOT ensuite. J’ai été commandant de bord Concorde en exercice pendant cinq ans et demi, de début 1995 à l’accident en juillet 2000.

Question : Pouvez-vous m’expliquer quelles sont les attributions de l’organisme de contrôle envol?

REPONSE : A l’ origine, en 1953, il s’agissait de contrôler l’application par le personnel navigant des  règlements. Peu à peu cela a évolué et l’avant dernier directeur général, M. GRAF, nous avait indiqué que ce qu’il voulait c’était des photos de la situation à un moment donné. Ca concernait donc les navigants et tout le reste. L’O.C.V a, en règle générale, des fonctions de conseils, pour toute nouvelle réglementation, tous nouveaux matériels et toute mise en ligne de nouveaux avions. Le contrôle porte à la fois sur les compagnies et les organismes de formation.

Question : Ne trouvez-vous pas qu’en étant à la fois commandant de bord à Air France et chargé du contrôle, notamment de cette compagnie, il n’existe pas un conflit d’intérêts ?

REPONSE : C’est une question récurrente. Pour avoir une compétence totale et avoir l’estime et le respect des gens contrôlés, il faut idéalement exercer le même métier que les personnes contrôlées.  Il existe une convention entre les employeurs et la DGAC, qui prévoit Notamment des compensations financières puisque l’inspecteur n’exerce plus à plein temps dans sa compagnie. Un autre tempérament tient au fait qu’on a coutume de dire qu’il y a d’un côté la compétence côté pilote inspecteur et la décision côté de la DGAC.

Question : Pouvez-vous m’expliquer quels types de contrôles sont effectués ?

REPONSE : D’abord il existait des contrôles généraux et des contrôles associés à des changements de types d’opérations. Vous me donnez connaissance de ce qu’a dit M. HOYER (DA2816 page 2). Je suis d’accord. Il y avait également des contrôles inopinés. Le pilote inspecteur montait dans l’avion au départ de celui-ci et exerçait son contrôle.

Question : Des contrôles inopinés ont-ils eu lieu sur Concorde ?

REPONSE : Je me souviens d’en avoir pratiqué deux entre 1995 et 2000. Vous me demandez si d’autres que moi ont pu exercer le même type de contrôle. En même temps commandant de bord Concorde, moi seul à ma connaissance ai pratiqué ce type de contrôle sur des aéronefs Concorde. Par contre, je peux vous dire qu’à une reprise, pour l’évaluation périodique du simulateur Concorde, avant 1995, c’est M. HOYER qui avait pratiqué un contrôle à Toulouse. Au cours des deux contrôles inopinés que j’ai pratiqués, je n’ai rien remarqué de particulier au plan technique. Par contre, j’ai fait des remarques en interne à Air France et j’en ai parlé à l’O.C.V. C’était relatif à une panne et à la politique de gestion des pièces détachées. Ca ne m’a pas valu des amis parmi les mécaniciens au sol.

Question de M. CHAUVIN, expert : M. GOURGUECHON a t-il eu le sentiment qu’Air France a pu envisager de gêner ses activités de contrôleur ?

REPONSE : Non. Je n’ai jamais ressenti ce genre de comportement de la part d’Air France.

Question du JUGE : Ne trouvez-vous pas que deux contrôles en cinq ans et demi sont un peu limités ?

REPONSE : C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup de contrôles. D’abord parce qu’il y avait peu de moyens. Par ailleurs, les contrôles vis à vis d’Air France n’étaient pas vraiment dans les moeurs, ce n’était pas très facile.

Question : Outre ces contrôles inopinés, l’O.C.V. exerçait-il un contrôle en continu, c’est à dire des remontées d’informations ?

REPONSE : Pour tous les incidents, perte d’un moteur, demi-tour en vol, les autorités étaient avisées. C’est valable pour Concorde comme pour tous les autres avions. Par ailleurs, dans le cadre du service qualité d’Air France et à titre informel, des comptes rendus et rapports nous étaient adressés. En outre, il y avait une revue annuelle de certification conjointe des autorités françaises et britanniques et des constructeurs. Enfin, le SFACT/N examinait les incidents qui étaient rapportés par les compagnies aux autorités et constructeurs. Je tiens à dire que sur Concorde, le taux de ces incidents était plus important que sur les autres appareils, même si l’avion est toujours resté à l’intérieur des normes de certification.  A aucun moment, je n’ai eu connaissance de remontées par le SFACT/N des éléments qui pouvaient remettre en cause la navigabilité de l’avion. Je n’ai pas davantage souvenir, entre 1995 et 2000, de modifications de la certification ou alors sur des points très techniques. »

Le suivi de navigabilité repose sur la tenue de réunions périodiques appelées en anglais ARM (Airworthiness Review Meeting) entre les représentants des constructeurs, des motoristes, des équipementiers et les experts des autorités administratives (SFACT, VERITAS ….).

Entre la France et la Grande Bretagne, le suivi de navigabilité de l’aéronef Concorde s’est organisé autour d’une réunion annuelle (ARM), outre des réunions spécifiques pour traiter des problèmes ponctuels.

Dans le cadre du suivi de navigabilité, il appartient à la DGAC de décider de procéder à des modifications. En pratique, elle reçoit du constructeur des propositions de modifications, qu’elle aura pu éventuellement susciter. Le contenu technique de la modification est étudié et proposé par le constructeur et il appartient à la DGAC d’indiquer si cette modification doit recevoir la qualification de majeure (nécessitant une vérification supplémentaire pour le maintien du certificat de navigabilité) ou de mineure (ne nécessitant pa$ de vérification supplémentaire pour le maintien du certificat de navigabilité).

C’est aussi la DGAC qui décide de rendre la modification obligatoire sous forme de consigne de navigabilité (CN) ou facultative (appelées Standard Bulletin ou SB).

Voici très schématiquement les points que je voulais aborder avant d’entendre les prévenus. Auparavant y a-t-il des questions ?

Il n’y a pas de question.

P

M FRANTZEN voulez-vous prendre la parole ?

M FRANTZEN

Je voulais dire que dans le résumé, j’ai trouvé des sources notamment le rapport d’expert, des sources de M Auffray qui a traité de façon extensive une toute petite partie des activités de certifications (les probabilités) ; si bien qu’il y a un travail considérable à reprendre à partir des informations que vous avez présentés.

LA PRESIDENTE

Nous venons juste de poser les grands principes. En effet j’ai pris ces éléments dans le dossier, ce quoi est normal. Nous avons plusieurs semaines que vous nous expliquiez ce que vous avez à dire.

M PERRIER

La philosophie du TSS, M LECOMTE viendra vous l’expliquer.

Vous avez évoquez une coordination entre la probabilité d’occurrence, ce sera le thème de la présentation de M HECKMMANN.

J’ai relevé également dans votre présentation quelque chose que je ne peux pas laisser passer, c’es la notion d’avion potentiellement dangereux, ceci est tiré de l’ordonnance de renvoi et je crois savoir d’où cela vient. On peut parler d’avion différent, spécifique, mais pas d’avion dangereux. Penser que le Concorde était potentiellement dangereux est quelque chose que les constructeurs que je représente ne peuvent accepter.

Quant à ma carrière, je suis rentré dans la profession le 1er juillet 1953. En 1957 ma société fusionne avec une autre et devient sud aviation. En 1970, un nouveau regroupement crée aérospatiale au départ appelée SNIAS, Je suis rentré dans cette société pour les essais en vol : à l’époque cette société menait deux programmes à des fins militaires. J’ai travaillé dans une période passionnante jusqu’en 58 : alors un grand bouleversement a eu lieu : il a été convenu que la société Dassault garderait le monopole des avions de combats et Sud aviation les hélicoptères et transports commerciaux : la société Sud aviation s’est vu dégager des moyens pour produire la caravelle. J’ai donc été muté à Toulouse sur les avions de transport et ait participé à la certification de la première caravelle. Ceci était nouveau pour mes collègues et moi, car précédemment l’Armagnac n’avait pas eu de succès : on se heurte à la certification avec des idées d’exportation : très vite nous avons été en relation avec les autorités américaines car pour les clients étrangers la référence était américaine ; mon objectif était de concevoir les caractéristiques de l’avion pour les rendre conforme à la certification. De 58 à 64 j’ai été occupé par la caravelle. A partir des essais en vol du Concorde j’ai été désigné pour assister le directeur André TURCA qui avait besoin d’un ingénieur naviguant, ce fut moi. On ne peut construire un programme d’essai en vol qu’en dialogue avec le bureau d’études si on sait quelles sont les informations à recueillie en priorité. Mon but était de faire évoluer le prototype ; le premier avion conforme n’a volé qu’en 73. Quand l’activité a augmenté le groupe s’est étoffé. En 76 André TURCA a pris sa retraite, je lui ai succédé.

Ceci figure en DA 4105 :

« Monsieur Henri PERRIER est chargé, à dater du ler Avril 1976, de la Direction des Essais en Vol, sous

la responsabilité de Monsieur Pierre LECOMTE, Directeur Technique de la Division Avions.

Il assure également la fonction d’Inspecteur des Services Essais en Vol de la Société et des Filiales, qui utilisent du personnel navigant. Il rend compte, à ce titre, au Directeur Général Délégué.»

Voici mes fonctions telles que définies.

La présidence considérera que j’avais également une mission d’inspection.

J’étais également à la division des engins tactiques embarqués air-air ou air-sol. Cette fonction concernait la sélection du personnel naviguant pour ces divisions, les sanctions éventuelles, la rémunération, les enquêtes internes en cas d’accident (je suis intervenu 4 fois malheureusement à ce titre)

Qu’est ce que la fonction « essai en vol » ?

Ce fut autrefois héroïque. On parle toujours du premier vol dans les médias, récemment l’A 380 il y a 5 ans. Ce n’est pourtant qu’un tout petit rouage dans le fonctionnement d’une grande entreprise : c’est le bureau d’études qui conçoit l’avion, calcule, essaie au sol et en laboratoire, et va convaincre les autorités que l’avion répond aux exigences de certification et aux exigences du client, ce qui est très différent. Dans toutes les sociétés de constructions aéronautiques, c’est la fonction fondamentale : les essais en vol sont là pour vérifier ce qui ne peut pas l’être en laboratoire ou sur informatique. On vérifie que l’avion remplit ses objectifs, puis on présente les résultats au bureau d’études qui le transmet au dossier de certification. Le servie d’essai en vol, ce ne sont pas que des navigants ; il faut des ingénieurs de haut niveau pour effectuer des mesures : on ne parle plus des sensations du pilote comme au début : tout est basé sur des mesures. Il y également le département de l’exploitation ; il ne suffit pas de stocker des mesures, mais une fois qu’on les acquises il faut les interpréter, ce qui est un travail majeure, pour une transmission prédigéré au bureau d’études.

Voilà ce qu’est un service d’essai en vol. Un service d’essai en vol n’est pas dans le suivi de navigabilité ? Il est dans la certification : il y a deux entités, SAV ou product support, mais un peu au dessus que ce que fait Darty pour votre machine à laver….

J’hérite ensuite de la fonction de directeur de programme en 79. Da 4104. La situation précédente était que Pierre GAUTIER avait la responsabilité de la direction de programme : il était l’interface privilégiée des industriels et des autorités au niveau du financier en particulier : le programme prenait du retard, ce qui amenait des augmentations de cout de développement. Pierre GAUTIER avait connaissance des soucis des uns et des autres et en faisait a fusion pour être interlocuteur des autorités notamment par rapport au programme. En 1978 nous savons qu’il faut finir de produire les avions encore en chaine et nous savons ces avions ne trouverons pas acquéreur.

Cette fonction disparait mais toutefois, on m’y place avec une curieuse mission qui figure en DA 4104 :

« Le Représentant de l’Aérospatiale pour les contacts à haut niveau est Monsieur PERRIER Henri, Directeur des Essais en Vol (DEV).

Il représente le Société dans les réunions officielles avec les Services des Gouvernements ou entre indus`riels. Il a la responsabilité de traiter, avec l’assistance de I’Usine et du Bureau d’Etudes de Toulouse, les problèmes techniques et opérationnels. II est assisté de Monsieur SOUDAN qui assure er, particulier la préparation des réunions et la rédaction des rapports périodiques. »

Je n’ai aucune affectation à des problèmes financiers donc.

Les missions sont vagues. Comment ai-je mis en œuvre ces fonctions ? Celui qui m’a assisté m’a aidé à prendre le relais des dossiers que gérait mon prédécesseur. La manière dont j’ai estimé que je devais gérer ces fonctions : j’ai considéré que mon rôle, étant donné que j’avais des connaissances techniques, revenait à m’assurer comme je l’ai dit devant le JI, que le bureau d’études faisait correctement son travail. S’il ne l’avait pas je m’en serai ouvert au responsable du bureau d’études, et s’il y  avait eu conflit, l’arbitrage serait revenu au chef de division

Un organigramme est présenté. Cette pièce a été versée sous le n°12

Cet organigramme date de 79 : on voit que le directeur technique a deux collaborateurs : le patron du bureau d’études et le patron des essais en vol, c’est-à-dire moi : quand je prends ma casquette programme je dépends directement du directeur de la division aviation. Si j’avais eu un conflit sur un sujet technique, avec le bureau d’études (CORMERY et son adjoint VIARGUES) et que j’estimais que le bureau d’études ne poussait pas assez loin, j’aurai estimé en cas de désaccord qu’il m’appartenait de m’en ouvrir au directeur division (ETESSE). J’ai toujours gardé cette méthode de fonctionnement jusqu’en 94, puisque j’ai cessé à mon 60ème anniversaire ma fonction de naviguant en 1989. C’est une règle que j’avais prise pour permettre un renouvellement des cadres. Or le directeur des essais en vol devait pouvoir voler pour garder le contact avec le terrain et apprécier les qualités de ses collaborateurs, car au sol certains peuvent paraitre remarquables mais manquent de clarté dans la direction d’un essai. En revanche je n’avais pas de programme à ma charge car je déléguais les responsabilités sur chaque programme pour être disponible aux réunions. A la demande du président, j’ai continué à effectuer des inspections. J’ai pris la présidence comité de navigabilité des constructeurs européens.  A 65 ans, en 1994, j’ai quitté l’entreprise.

J’ai été nommé dans la commission d’enquête sur l’accident du Concorde et aidé à la remise en route du Concorde.

J’ai abandonné mes autres activités en 2008.

LA PRESIDENTE

Y a-t-il eu des désaccords avec le bureau d’études ?

M PERRIER

Non jamais

LA PRESIDENTE

Y a-t-il des questions ?

Me DALMASSO

J’ai des questions sur l’organigramme : nous évoquons aujourd’hui la navigabilité aussi il est logique de parler des services qui traite le suivi de la navigabilité ?

M PERRIER

Comme je l’ai évoqué tout à l’heure, il y en a deux : la direction du bureau d’étude, avec la déclinaison par produit. Il y a également un autre service, le SAV. Ce sont les deux services compétents. Ce service est directement rattaché au directeur de division.

Me DALMASSO

Aviez-vous un pouvoir hiérarchique direct sur le bureau d’études ?

M PERRIER

Nous je n’avais aucune relation hiérarchique. Mon correspondant à compter de 1993 est M HERUBEL : je travaille avec lui jusqu’à ma retraite en 1994.

Me DALMASSO

Combien de personnes aviez-vous sous votre responsabilité ?

M PERRIER

Au début Jacques SOUDAN m’a accompagné pour les dossiers puis il a pris sa retraite. En tant que directeur programme je n’avais pas motif à demander à ce qu’une personne m’aide. Je n’avais qu’une secrétaire. Dans la fonction essai en vol en revanche j’avais 300 personnes sous mes ordres.

LA PRESIDENTE

Cote DA 4103, lors de votre audition, vous avez dit :

« Si, après travaux, il devait en résulter des décisions dc modification ou de non modification des appareils ou des travaux d’inspection complémentaires, il m’incombait de m’assurer que le travail demandé était correctement fait. Si j’avais le sentiment, soit que les études n’étaient pas suffisantes, soit que les décisions prises n’étaient pas suffisamment bien appliquées, je pouvais insister soit auprès des spécialistes, soit Après du directeur des études ou de son collaborateur direct, l’ingénieur en chef Concorde pour obtenir des études ou des vérifications complémentaires. Je n’avais pas le pouvoir de décision sur les modifications à apporter à l’avion. Cette question était de la responsabilité de la direction des études. Je n’étais pas impliqué dans le programme d’élaboration ni dans celui des décisions à prendre. »

Vous aviez vous le pouvoir de provoquer la décision ?

M PERRIER

C’est quelque chose que je me suis auto proclamé, connaissant l’avion depuis 1964. Quand j’entre dans cette fonction, j’ai consacré 14 ans de ma vie à Concorde : c’était donc une démarche volontaire, la note que je vous ai lue tout à l’heure n’impliquait pas ça.

LA PRESIDENTE

Je rappelle que les faits qui vous sont reprochés auraient été commis entre 1979 et 1994, en tant que directeur programme et directeur des essais en vol

LE PROCUREUR

Etiez-vous superviseur du bureau d’études ?

M PERRIER

Pas du tout

LE PROCUREUR

Pourtant quelque un qui va voir comment cela se passe et en cas de problème, peut en référer, c’est un superviseur.

M PERRIER

Je ne me considère pas comme un contrôleur. On a le droit de faire preuve de bonnes idées dans une entreprise : les échanges sont fructueux : quand je connaissais un problème, je me permettais de vérifier que mes collègues du bureau d’études le traitait. Quand M HERUBEL prend ses fonctions, je suis à sa disposition pour prendre la suite de son prédécesseur car M HERUBEL ne connaissait pas bien le Concorde

LE PROCUREUR

Je me permets de vous relire : je m’assurais que le bureau d’études faisait correctement son travail

M PERRIER

C’est ce que j’ai dit : de 1978 à 1994 dans mon rôle d’inspecteur, quelque soient mes rôles je n’ai pas eu de conflits ni de besoin d’arbitrage.

Me DALMASSO

Il y a une ambigüité là dedans : si une campagne d’essai au CEAT doit avoir lieu, êtes-vous chargé du programme ?

M PERRIER

Un essai de ce type n’a rien à voir ni avec ma casquette de directeur des programmes et avec ma casquette de directeur des essais en vol.

Me DALMASSO

Les choses vont mieux en le disant

M PERRIER

Arrivons au vif du sujet : pour éviter toute confusion ; il faut faire la différence entre suivi et maintien de la navigabilité.

L’origine des informations, c’est l’exploitant, qui doit rapporter aux constructeurs et aux autorités question quand il s’agit d’événements graves. Les constructeurs se sont organisés dans une façon particulière. A l’époque on a crée un organisme conjoint pour traiter les problèmes venant de plusieurs compagnies ; mais en fait il n’y a que deux clients, un britanniques et un français, comme les constructeurs ; au lieu de créer cet organismes conjoints il est établi que chacune de compagnies nationales n’aura de relation qu’avec le constructeur de son pays ; Ceci est assez particulier ; il n’y a qu’un interlocuteur quelque soit le sujet : si AIR FRANCE a un problème de matériel britannique il n’aura de rapport qu’avec aérospatiale . Les constructeurs s’adressent au SAV. On détache en permanence un ingénieur du SAV de chaque constructeur auprès de chaque compagnie. Chacune des sociétés communique à l’autre entre SAV toutes les informations. Les informations transmises par les compagnies ne sont pas toutes les réparations effectuées sur les avions : ce sont les compagnies qui ont la responsabilité de trier tout incident qui est fixé comme tel : tout incident technique qui entraîne plus de 15 min de retard ainsi que tous les incidents que les compagnies jugent significatifs. Les ayants reçues, chaque compagnie établit un rapport mensuel détaillé dans lequel les incidents sont classés chronologiquement dans des ATA, avec le numéro de l’avion. Ce document est diffusé très largement : à la DGAC, au ministère de la défense, qui a à l’époque la tutelle des conseillers techniques, à Veritas, au BEA, au motoriste…dans la société on le diffuse très largement à tous les secteurs du bureau d’études. La collecte des informations, le tri et la diffusion sont des étapes importantes. Puis au bout de trois mois un rapport trimestriel est effectué avec un filtrage. Sur chacun des incident qui nous parait susceptible de remettre en cause les hypothèses qui ont prévalu à la certification, vérifier si cette hypothèse initiale est remise en cause. Nous avons eu par ex une grosse panne électrique était un événement qui remettait en cause la conception : une modification a été progressivement imposée. C’est ça le suivi de navigabilité. Changer souvent des réacteurs, ce n’est pas un problème de navigabilité : on a eu un problème de criques sur des réacteurs, ce qui coutait très cher : en revanche il ne s’agissait pas d’un problème de navigabilité. Ce problème a été réglé depuis. Si on tombe sur un problème de navigabilité ; il nécessite des modifications sur l’avion, il est de la responsabilité de constructeur de définit ces modifications, de la proposer aux autorités et de décider avec les autorités de la date d’impérativité. La grosse activité autre que les modifications, ce sont les surveillances de structures, ce qu’on appelle les SB à vocation structurale. C’est ainsi pour l’alliage AUG2N : à partir du moment pour une crique survient dans l’alliage elle se propage beaucoup plus vite qu’ailleurs, d’où de nombreuses SB pour surveiller la structure. Ce sera une grosse charge de travail pour les compagnies que cette surveillance de la structure. J’insiste sur les SB qui ont pris une importance considérable pour Concorde.

Le maintien de la navigabilité est en revanche de la seule responsabilité de l’exploitant ; il doit garder en conformité l’appareil par rapport à la conception initiale de l’avion et aux modifications apportées par la suite : exigences initiales dont il a eu connaissance dès la mise en services et exigences édictées postérieurement.

Le recueil des informations ; c’est le SAV ; L’analyse technique, c’est le bureau d’études, s’il y a modification, le bureau d’étude ca vers les autorités, si BS de surveillance, il s’agit d’une tache d’exécution du SAV.

LA PRESIDENTE

Nous sommes d’accord : toutes les informations reçues par l’une des compagnies est transmise à l’autre mais tout ne remonte pas ?

M PERRIER

Oui et ils font remonter plus que pas assez.

Assesseure

Ce n’est pas compagnie exploitante qui décide du classement de l’information ?

M PERRIER

Oui, c’est le constructeur : en cas de défaillance, il y a intervention des autorités. Quand il faut prendre une décision grave, c’est-à-dire considérer que de l’analyse faire par le secteur spécialisé ressort un besoin de modification de rentrer dans les hypothèses initiales, il y a prise de décision en commun avec BRITISH AEROSPACE.

LA PRESIDENTE

Et en cas de désaccord ?

M PERRIER

Il n’y a en pas eu (du moins je n’en ai pas à l’esprit)  sauf le cas du déflecteur : à titre de conseil j’avais expliqué que nous avions volontairement rendu ce déflecteur frangible : il y a eu désaccord : les britanniques ont modifié leurs appareils et les français ne l’ont pas fait. Le BS était optionnel. Après 2001 la modification a été supprimée sur les avions britanniques qui l’avaient

LE PROCUREUR

Le SAV s’occupe du suivi de la navigabilité

M PERRIER

Oui il est le correspondant des compagnies

LE PROCUREUR

Vous étiez systématiquement informé par le SAV ?

M PERRIER

Oui jusqu’en 89. A partir de 89 où je ne suis plus directeur des essais en vol, je continuerais en tant que directeur des programmes à recevoir les informations

LE PROCUREUR

Vous recevoir par télex tout les informations ?

M PERRIER

Toutes les informations graves, comme celui de Washington.

LE PROCUREUR

Est-vous d’accord que votre participation est institutionnalisée ?

M PERRIER

Oui puisque je dois dialoguer avec les institutions et les industriels, mais je n’ai aucun rôle à jouer en navigabilité

LE PROCUREUR

A la cote 4103, ce que vous dites ne correspond-t-il pas à une supervision ou à un contrôle ?

M PERRIER

Comme je vous l’ai déjà dit, un constructeur c’est une équipe. Je participais en ce sens.

Me LE GUILLOU

Les pièces 1 à 4 figurent des rapports mensuels et trimestriels qui vous donnent une idée de la façon dont cela se présente.

LA PRESIDENTE lit quelques exemples tirés de ces rapports

LA PRESIDENTE

Cela concrétise vos propos, M PERRIER

Souhaitez-vous ajouter autre chose ?

M PERRIER

J’ai compris qu’il n’y a pas d’ambigüité sur le processus de certification donc je ne me sui spas étendu dessus. M Lecomte va revenir dessus. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

LA PRESIDENTE

M HERUBEL, nous allons procéder de la même façon. Les fautes que l’ont vous reproche se situent entre 1993 et 1995

M HERUBEL

Je suis né en 1935, j’habite Lens-en-Vercors. Je suis diplômé en 1959 de Supaéro. Je suis entré à sud aviation en 1962 dans le département des systèmes d’air. J’ai été amené à prendre en charge le développement des systèmes d’air de Concorde jusqu’à la certification de l’avion en 75. A partir de 1973, tout en étant chargé du développement et de la certification de ces systèmes sur Concorde, je travaille sur les airbus. En 88 je suis nommé adjoint de l’ingénieur en chef des programmes A 320 ; de 89 à 92 j’ai eu à traiter les définitions techniques de la navette spatiale Hermès, à la fois un engin spatial et un avion. En juillet 93 jusqu’à ma retraite fin 95 j’ai été nommé ingénieur en chef du programme Concorde en fonction notamment de mon expérience sur A 320.

La note a qui m’a nommé à ce poste est en DA 3767.

Sur l’organigramme vous pouvez remplacer tout les noms quand je suis entré en 93, sauf M PERRIER qui était toujours directeur de programme.

Hiérarchiquement je dépendais du directeur des études.

J’ai été amené à prendre en charge le suivi de la navigabilité. Je représentais la division avion dans des réunions où se retrouvaient les exploitants et les deux constructeurs. Ces réunions étaient relatives à l’exploitation des avions, sans notion proprement dite de navigabilité. Les autorités n’y participaient pas.

LA PRESIDENTE

Sur cet organigramme, vous avez remplacé M LENSEIGNE ?

M HERUBEL

Oui à son départ en retraite.

L’organisation du suivi de la navigabilité a été très bien décrite par M PERRIER. Les informations sont mises en commun dans les rapports techniques mensuels et rediffusées largement. Ces rapports ne faisaient pas l’objet de revue commune systématique.

J’avais organisé un document DA 3766 qui définit la façon dont fonctionnait le bureau d’étude, en nommant des responsables de taches intervenant sur les événements en fonction de leur métier.

Du point de vue navigabilité, le tri était fait dans mon équipe. Bien que je n’ai pas de responsable hiérarchique directe sur ces personnes à part un adjoint et une secrétaire, auprès de moi se trouvait les services techniques de l’après vente : au sein de cette équipe se trouvait l’ingénieur chargé du contact quotidien avec AIR FRANCE. Ces personnels étaient en charge de la rédaction des documents techniques : mise en page des BS, description des tâches à accomplir pour les appliquer…ces personnes étaient près de moi et éditaient les rapports techniques mensuels. Près de moi il ya avaient également les personnes chargées des avions type Caravelle…qui nécessitaient un suivi bien que plus fabriqués : ils avaient toutefois des capacités pour appréhender des problèmes techniques sur Concorde. SI ces personnes ne m’étaient pas utiles, je faisais appel au bureau d’études : Philippe Delorme était en charge des problèmes de structure, M HECHMANN en charge des aspects sécurité.

C’est tout ce que j’avais à dire pour le moment.

LA PRESIDENTE

De mi 93 à fin 95 vous aviez la responsabilité technique de Concorde en tant qu’ingénieur en chef du programme ?

M HERUBEL

Oui

LA PRESIDENTE

A quel moment votre équipe intervenait dans la chaine du suivi de navigabilité ?

M HERUBEL

C’est dans mon équipe qu’il y avait des spécialistes de divers sujets.

LA PRESIDENTE

C’est à votre niveau que s’effectuait le tri des informations ?

M HERUBEL

Oui. En cas de problème important je pouvais être alerté par BRITISH AEROSPACE ou par les correspondants AIR FRANCE, sans attendre le compte rendu mensuel

LA PRESIDENTE

Cela était fréquence ?

M HERUBEL

Non je pense qu’il n’y a que les éléments d’octobre 93

LA PRESIDENTE

Vous êtes d’accord quand M PERRIER a dit qu’il vous avait briefé ?

M HERUBEL

Oui

LA PRESIDENTE

Vous aviez dit au juge d’instruction que pour vous M PERRIER était la référence Concorde

M HERUBEL

C’est tout à fait cela. M PERRIER était au courant de l’ensemble de tout ce qui était intervenue sur Concorde. C’est lui qui m’a indiqué les sujets importants sur lesquelles porter un œil particulier

LA PRESIDENTE

Page 3 de votre audition, le juge d’instruction vous a demandé qui prenait les décisions relatives au Concorde. Vous avez répondu que c’était vous et que cela était chapeauté par M PERRIER.

Y a-t-il des questions pour M HERUBEL ?

Il est convenu avec les parties que les questions seront vues demain.

L’audience est suspendue à 19h30

Audience du 26 mars

26 mars 2010


LA PRESIDENTE

Aujourd’hui sont présents Messieurs GUIBERT et IZTUETA.

Nous travaillons sur le rapport de M IZTUETA à la cote Db 536

Tout d’abord, j’indique que deux pièces ont été versées : pièce 42, il s’agit d’une photo. Tout le monde a eu cette pièce ?

Tout le monde a eu cette pièce.

LA PRESIDENTE

Concernant la clé USB, ce n’est pas possible de l’avoir en papier ?

Me GUERIN

C’est cela. Il faut donc que vous gardiez la clé USB.

LA PRESIDENTE

Vous en faites donc don à la justice ?

Me METZNER

C’est cela.

LA PRESIDENTE

La pièce clé USB est donc versée aux débats.

Y-a-t-il des questions pour M IZTUETA ?

Me BUSY pour la FENVAC vient à la barre

Me BUSY

Vous nous avez indiqué à quel moment l’avion est sorti des chaines de montage. J’ai cru comprendre que le DC 10 est entré chez CONTINENTAL AIRLINES dans les années 80 ?

M IZTUETA

Oui, de mémoire

Me BUSY

Y a-t-il eu des incidents auparavant sur cet avion ?

M IZTUETA

Je n’ai pas beaucoup approfondi, mais mes recherches n’en font pas état.

LA PRESIDENTE

Cet avion a été loué à CONTINENTAL AIRLINES en 1990 ?

M IZTUETA

Oui

Me BUSY

Certaines visites ont été sous traitée : dans ce cas qui signe l’APRS ?

M IZTUETA

Dans tous les grands standards internationaux la responsabilité de la navigabilité reste à l’exploitant qui reste responsable du dossier de visite, qui lance les travaux auprès-s de son sous-traitant : celui-ci n’est responsable que des travaux qu’on lui confie : il ne peut avoir la responsabilité globale.

Me BUSY

A la cote DA 4084 apparait pour le sous traitant la possibilité de remettre en service l’appareil. Est-ce normal ?

M IZTUETA

L’atelier ne peut être responsable sur les questions de maintenance de la remise en service de l’appareil. Toutefois je ne suis pas spécialiste des normes FAA. L’APRS effectué par l’atelier ne se fait que sur ce qui lui est demandé.

Me BUSY

De mémoire une visite C a été effectuée en Israël. Mais il me semble que dans le même document il apparait que seule les visites A peuvent faire l’objet d’un APRS de l’atelier.

M IZTUETA

Je n’ai trouvé aucune carte signée par CONTINENTAL AIRLINES.

LA PRESIDENTE

Elles sont signées par le sous traitant ?

M IZTUETA

Pour la tache générale je n’ai pas trouvé d’approbation de CONTINENTAL AIRLINES

Me BUSY

Vous n’avez pas donc pas de certitude que CONTINENTAL AIRLINES a accepté les travaux ni les a contrôlés ?

M IZTUETA

Pour accepter, non, pour le contrôle, CONTINENTAL AIRLINES ne pouvait signer des travaux effectués dans le cadre de travaux effectués en Israël.

LA PRESIDENTE

Donc de toute façon à Tel-Aviv CONTINENTAL AIRLINES ne pouvait signer les cartes de travail ?

M IZTUETA

Non

Me BUSY

Qui signe la remise en service ?

M IZTUETA

L’atelier signe pour les travaux qui lui sont confiées, il faut que l’exploitant s’engage à avoir fait les autres travaux qui n’ont pas été fait dans les travaux d’entretien. Il y a plusieurs niveaux de signature : l’unité d’entretien qui dit qu’elle a fait les travaux demandés ; l’opérateur (ou exploitant) qui acte de ces travaux (l’unité d’entretien peut en effet ne pas avoir fait tout les travaux demandés) ; la dernière responsabilité appartient toujours au commandant de bord qui est l’ultime barrière et signe avant le départ de l’avion.

Me BUSY

Est-ce que le sous traitant doit remettre une liste exhaustive des travaux réalisés ?

M IZTUETA

Oui : on ne remet pas forcément les cartes de travail mais on fait un tableau récapitulatif des cartes de travail.

Me BUSY

On a changé un wear strip à Tel-Aviv lors de la check C ?

M IZTUETA

Oui

Me BUSY

Donc CONTINENTAL AIRLINES ne pouvait l’ignorer

M IZTUETA

Oui, administrativement, ils ont été informés. Ils ont même l’obligation de lire le récapitulatif

LE PROCUREUR

Mardi 16 mars, vous aviez parlé d’arrachement et non de cisaillement des rivets : est-ce que cela veut dire que le wear strip est tombé pour un autre effet que l’effet guillotine ?

M IZTUETA

Lors de mon rapport je n’avais pas connaissance du rapport du BEA ni du rapport des experts, je n’avais que la lettre de Me METZNER. J’ai élaboré un scénario probable : pour moi la différence entre arrachement et cisaillement est légère sur le plan mécanique. Ce ne sont que des hypothèses, extrêmement proches.

LE PROCUREUR

Autre question : hier M BURTT a contesté l’existence d’un espacement entre l’inverseur et le capot arrière. Vous aviez fait des constatations : pouvez-vous nous les rappelées ?

M IZTUETA

Oui nous avons fait des constatations : nous avons eu des difficultés à fermer les inverseurs de poussée sur l’avion témoin. Je n’ai pas insisté sur ceci car je ne savais pas si le problème était spécifique à cet avion ou également présent sur la nacelle du DC 10 en question.

LE PROCUREUR

p 19 vous dites « La présentation du capot arrière sur l’inverseur en place permet cependant de confirmer ce que nous voyons sur les photos n° 1 à 6 du dossier remis par M. BOUILLARD à la BGTA, à savoir un écart trop important entre l’inverseur et le capot arrière. »

M IZTUETA

Nous avons constaté une similitude sur l’avion témoin entre les photos prises par M GOUVARY et les difficultés rencontrées dans nos essais. Il était impossible de verrouiller notre capot mais nous pouvions le rabattre sur l’inverseur de poussée et là on constatait le même écart que sur la photo de M GOUVARY. C’est vrai que les photos sont prises capots verrouillés. Selon mon expérience si l’on a un écart avec un capot déverrouillé il reste le même après verrouillage. Mais peut-être qu’il y a là un cas particulier. Je rappelle qu’un témoin a vu le DC 10 à CDG (M. ARNAUD) : il a vu l’avion avec les capots fermés et a pu passer les doigts capot fermé, ce qui est tout à fait inhabituel sur un DC 10. Je suis persuadé que ces capots n’enserraient pas les nacelles comme ils auraient dû le faire. Certains wear strip ont été trouvés peinture intact : expliquez moi comment les capots pouvaient enserrer les wear strip sans provoquer d’usure de la peinture : pour moi les capots ne portaient pas sur les wear strip à deux endroits.

LE PROCUREUR

La FAA a envoyé à M BURTT un avertissement pour s’être trompé dans le registre d’entretien. Quel est le fond de cette erreur ?

M IZTUETA

Je suis obligé de sortir de mon rapport

LA PRESIDENTE

Cela ne va plaire à Me METZNER. Je plaisante. Cela faisait partie toutefois de votre mission d’étudier ce document : la FAA a reproché à M FORD d’avoir indiqué ATA 71 au lieu de ATA 78

M IZTUETA

La réglementation impose de mentionner le document qui a servi au travail : on doit marquer la référence précise : ce peut être un numéro de carte de travail, pour le manuel de maintenance il faut noter jusqu’au numéro de la réparation. Je pense que c’est ce que la FAA a voulu signifier à M FORD.

De ma propre expérience, est-ce que cela avait un rapport avec la sécurité ? Je pense profondément que non : on se situe dans l’erreur administrative. Je vous avouerai que j’ai longtemps signé des APRS et cela m’est arrivé de faire des erreurs.

LA PRESIDENTE

N’y avait-il pas danger ici que par l’erreur on ne retrouve pas quel travail a été fait ?

M IZTUETA

C’est le bureau technique qui aurait dû réprimander M FORD, ce qui n’a pas été le cas : il a fallu attendre des audits de la FAA. Bien sur c’est M FORD qui a signé le document, mais ça n’a pas été réglé par les services techniques de CONTINENTAL AIRLINES et ce n’est pas la première fois : il y a 37 perçages sur le wear strip. Les faits sont là : ce n’était pas la première fois. Comment est-ce possible qu’une telle série de problèmes n’aient pas alerté CONTINENTAL AIRLINES pour faire une recherche de panne ? Je rappelle que pour signer une APRS il faut aller au bout de son action : ici on ne va pas chercher la cause. Le technicien qui effectue la réparation ne peut pas connaitre l’historique : un technicien isolé ne peut faire de recherche d’incident. Mon avis d’expert est que la faute première, si j’avais classé dans l’ordre l’origine de ce processus infernal j’aurai mis un premier lieu comme responsable les services techniques de CONTINENTAL AIRLINES.

LE PROCUREUR

Il est étonnant que la FAA sanctionne alors une faute administrative ?

M IZTUETA

La FAA est une autorité honorable. Elle vient faire un audit : elle prend les données constructeur, les données compagnies, et tout les documents pour voir si cela est cohérent avec les textes. La FAA ne va pas plus loin. C’est pourquoi qu’à mon avis les audits FAA chez CONTINENTAL AIRLINES n’ont rien d’étonnant. On a évoqué hier les délais pour réagir à un problème : les autorités sont encore beaucoup plus longues.

Le premier maillon, c’est le retour d’expérience : chaque évènement qui peut sembler important pour une direction technique doit remonter à la FAA et chez le constructeur, pour faire profiter tout le monde de l’expérience et éviter quelque chose de potentiellement dangereux ; sans ça il n’y a plus d’évolution des réglementations.

LA PRESIDENTE

M GUIBERT vous vouliez dire quelque chose ?

M GUIBERT

C’est un fait que 5 rivets sont restés sur la lamelle

Me BOUSSEREZ

La traduction relative au RTV 106 a été versée. Quand pourra-t-on en parler ?

LA PRESIDENTE

Cet après-midi certainement. D’autres questions ?

Me METZNER

Monsieur l’expert vous avez émis des critiques sur l’absence de surveillance des sous traitants par CONTINENTAL AIRLINES. Combien y avait-il à Tel-Aviv de personnes pour surveiller ?

M IZTUETA

Ce n’est pas à moi de le dire : c’est à CONTINENTAL AIRLINES d’évaluer les besoins

Me METZNER

Est-ce que 6 personnes ce n’est pas suffisant ?

M IZTUETA

Je ne connais pas la durée des travaux : une check C sur trois semaines, il semble que 6 personnes sont suffisantes. Il y a un problème si le check C dure 5 jours : en effet pour le check C on démonte l’avion et on envoie les pièces pour révision dans des ateliers, en nombre supérieur à 6. C’est à CONTINENTAL AIRLINES de juger des besoins.

Me METZNER

Pourquoi vous jugez alors en disant que la surveillance est mauvaise ?

M IZTUETA

Je n’ai pas jugé je vous dis que tout dépend de la spécialisation des gens, du déroulement du check C, or je ne sais pas combien de temps a duré la visite et quel niveau de surveillance CONTINENTAL AIRLINES voulait apporter à ce check.

Je remarque que les cartes  de travail sont insuffisantes et j’émets des hypothèses

Me METZNER

Vous n’avez demandé à personne qui était présent à Tel-Aviv ?

M IZTUETA

Le nombre de personne là bas n’a rien à voir avec le niveau de navigabilité. Je juge le résultat. Me METZNER est libre de son interprétation.

Me METZNER

N’est-il pas nécessaire avant tout jugement de savoir ce qu’il s’est passé ?

M IZTUETA

Ce n’est pas mon problème : je juge du résultat. C’est le problème de CONTINENTAL AIRLINES de s’organiser à sa façon. Je n’ai pas lu le MGM et cela ne me dérange pas : ce cadre donne une règlementation de CONTINENTAL AIRLINES pour mener à bien ses objectifs.

Me METZNER

Vous faites une expertise sur la qualité de la maintenance de CONTINENTAL AIRLINES sans savoir qui est sur place et sans lire le manuel de maintenance. Est-ce une expertise ?

M IZTUETA

Je n’ai pas besoin de lire ce document pour connaitre l’état d’un avion.

Me METZNER

Vous vous êtes fondé sur internet

M IZTUETA

Merci Me METZNER, j’ai commencé par regarder internet c’est vrai.

LA PRESIDENTE

Chacun travaille à sa façon. Nous mêmes avec mes assesseurs nous avons consulté internet.

Me METZNER

Je n’ai pas contesté cela. Mais est-ce normal de ne pas consulter un manuel de maintenance ?

M IZTUETA

Je travaille à base de standards internationaux, pour connaitre la réglementation qui supervise la maintenance. Mon expérience m’a appris à me méfier de certains avis tels que « la FAA sont les meilleurs ».

LA PRESIDENTE

Je lirai une partie de votre rapport sur ce point.

M IZTUETA

Annexe 6 de mon rapport, vous trouvez un document sur les opérations de maintenance on parle de la nécessité d’avoir un système qualité. A cette époque il n’y en avait pas d’imposé par la FAA.

Me METZNER

Oui mais il en y en avait un pour CONTINENTAL AIRLINES et vous ne l’avez pas lu.

M IZTUETA

Je l’aurai lu si on me l’avait fourni

Me METZNER

L’avez-vous demandé ?

M IZTUETA

Non car cela ne m’était pas nécessaire

Me METZNER

Je vois que l’expert fait mention de sa méthode d’expertise alors c’est sa première expertise.

système’en suit une altercation entre Me METZNER et LA PRESIDENTE au sujet du temps imparti pour la défense de CONTINENTAL AIRLINES, le volet américain étant censé se terminer ce soir.

M IZTUETA

Je suis désolé je suis ferme sur la FAA : j’ai appris à me méfier des lacunes réglementaires qui existent partout. La FAA est presque pionnière en matière règlementation. Ne me faite spas un procès d’intention sur la FAA. Ils sont très bons sur certains points mais ce n’est pas suffisant.

LA PRESIDENTE

Aucun jugement de valeur n’a été posé sur la FAA

Me METZNER

Lors des essais avec un avion témoin vous avez indiqué qu’il y a avait un décalage. M GOUVARY dès juillet 2000 a fait un PV DA 2358 §1.7 « 1 l’ensemble refermé capot AV et capot AR de l’inverseur moteur 3 une fois refermé ne laisse pratiquement pas apparaître l’absence de la wear strip ; compte tenu de l’usure anormale des strip adjacent, il n’y a pas la possibilité pour un strip qui serait mis en place de pouvoir « s’échapper» de son logement »

Dans le rapport du BEA il est dit qu’une fois refermé l’ensemble ne laisse pratiquement pas apparaitre le wear strip : les gens sur place ont constaté cela. Ce que vous avez dit est en léger décalage avec ces constations.

M IZTUETA

De mémoire le rapport de M GOUVARY est en septembre. M ARNAUD, lui a vu l’avion le 30 aout 2000.

Me METZNER

Lorsque vous avez essayé de reconstituer l’avion témoin est-ce que les éléments matériels étaient les mêmes ?

M IZTUETA

Non, je l’ai dit plusieurs fois nous ne pouvions tirer de conclusions définitives

Me METZNER

Est-ce que le fait que vous ayez utilisé une tuyère longue alors que celle du DC 10 était courte a changé quelque chose ?

M IZTUETA

J’ai noté qu’on ne pouvait pas tirer de conclusions. Je rappelle que le fait que l’on ne voie presque pas le wear strip une fois les capots fermés n’est en soi pas normal.

Le tribunal recherche la déposition de M ARNAUD sur ce point

Me METZNER

De quelle documentation avez-vous disposé alors ?

M IZTUETA

Après l’expertise de la nacelle je suis allé à Nîmes pour consulter la règlementation : j’en ai cherché beaucoup…

Me METZNER

Vous dites dans votre rapport que votre mission était de prendre en charge 6 classeurs et deux caisses qui sont des documents de travail.

Vous avez dit hier que vous n’aviez pas cherché à avoir d’autres cartes de travail car elles avaient disparu.

M IZTUETA

Non j’ai dit que compte tenu des éléments à ma disposition j’avais suffisamment  d’informations pour avoir un avis sur le niveau de maintenance

Me METZNER

Vous avez dit avoir relevé au moins 40 % de carnets de travail sur le moteur ce qui est anormal

M IZTUETA

Oui sur les défauts trouvés.

Me METZNER

Vous avez dit que vous disposiez de 15 à 20 % de la réglementation ?

M IZTUETA

Oui c’était une hypothèse

Me METZNER

Savez-vous combien il y a de caisses à CONTINENTAL AIRLINES ?

M IZTUETA

Plusieurs dizaines

Me METZNER

41 exactement

Vous faites donc une statistique avec 2 caisses sur 43 ?

Comment pouvez-vous dire que 40% de la totalité concerne cela alors que vous n’avez pas vu les caisses ?

M IZTUETA

Dans les 41 il n’y a pas forcément tout ce qui concerne nos travaux. On n’envoie pas sur une check C 41 caisses de documents ; dans ces 41 caisses il y a toutes les inspections. Je suis d’accord avec Me METZNER que cela concerne beaucoup de documents : pour avoir un avis exhaustif il aurait fallu que je consulte les feuilles de signatures, à comparer avec le manuel de maintenance de CONTINENTAL AIRLINES. Je l’aurai fait si ma mission avait consisté à un avis total, comme je le fait sur une inspection avant achat : ici la mission était différente et axée sur les moteurs.

Me METZNER

Dans votre mission on vous parle de maintenance du DC 10. Vous n’aviez pas 15 à 20 % des matériaux mais en fait 4%. Rapporté à ce chiffre on trouve 2 ou 3% de réparations. Est-ce anormal ?

M IZTUETA

Le MRB vous présente 41 caisses de travail, seules quelques unes ont un rapport avec la zone qui nous concerne. Les cartes de travail transmises et les anomalies trouvées étaient donc suffisantes pour tirer mes conclusions.

Me METZNER

Sans connaitre les autres.

Le 7e point de votre mission principale vous demande de prendre attache avec CONTINENTAL AIRLINES pour obtenir toute pièce complémentaire nécessaire, M ALLIER ayant estimé qu’il manquait des pièces. Ces pièces sont à votre disposition mais vous n’avez pas demandé ces pièces. Dès votre première expertise vous ne respectez pas la mission de cette expertise

M IZTUETA

A partir du moment où je dois donner un avis sur le moteur 3, pensez vous Mme LA PRESIDENTE que le fait d’avoir connu tout le reste de l’avion aurait changé ma position sur le moteur 3 ? Je réponds non.

Me METZNER

Vous avez travaillé par sondage.

M IZTUETA

J’ai spécifié dans mon rapport que j’ai pris connaissance de toutes les pièces que j’ai citées

LA PRESIDENTE

M IZTUETA, vous avez dit hier qu’en 2006 lors de vôtre expertise vous n’auriez pas pu avoir accès aux cartes de travail puisqu’elles ne se gardent pas plus de 2 ans ?

M IZTUETA

Oui c’est cela. Il était de toute façon clair pour moi, dans ma méthodologie, que je ne serais pas ici allé jusqu’à dire si l’avion est complet ou non. Je me suis basé sur le moteur 3.

Me METZNER

Je remercie LA PRESIDENTE d’avoir rappelé ceci

M IZTUETA

J’ai dit qu’il n’y avait pas d’obligation réglementaire de les conserver.

Me METZNER

Les deux caisses sont saisies 5 ans plus tard et non deux ans plus tard.

LA PRESIDENTE

Je croyais qu’elles avaient été saisies en 2002 ?

Me METZNER

Cela figure p 3 du rapport de M IZTUETA « saisies en 2005 »

M GUIBERT

Ce qui a été saisi en 2005, ce sont les nacelles. Les caisses été ramenées en 2002

Me METZNER

Pourquoi ne pas avoir respecté la mission de la juge d’instruction ?

M IZTUETA

J’en ai parlé avec la juge d’instruction, je lui ai dit que cela n’était pas nécessaire

LA PRESIDENTE

Je reprends mes notes d’audience du 19 mars concernant les déclarations de M ARNAUD : la pièce manquante était de son coté : il y avait un jeu anormal alors qu’en principe la lamelle est censée réduire ce jeu : avec M GOUVARY ils ont mesuré la longueur de la partie manquante (44cm) et ont pensé qu’il pouvait s’agit de la lamelle de la piste : ils n’ont pas pu toutefois faire ouvrir le capot car l’avion devait repartir et qu’il n’y avait pas de problème de sécurité.

Me METZNER

Il n’y avait pas de problème de sécurité

LA PRESIDENTE

Nous sommes d’accord là-dessus

Me METZNER

M ARNAUD était présent à Houston

LA PRESIDENTE

Non mais il aurait bien voulu y aller

Me METZNER

Oui veuillez m’excuser.

Vous parlez d’un pressentiment dans votre mission complémentaire : « Le contenu des deux caisses sous scellés a confirmé notre pressentiment de défaut d’entretien »

M IZTUETA

Oui

Me METZNER

D’accord.

Pourquoi parlez-vous de contingences financières ?

M IZTUETA

Je ne peux pas l’exclure en matière de compagnie aérienne. J’ai notamment vu que dans notre cas le le problème de wear strip est trouvé par quelqu’un qui en réfère à son chef d’équipe, qui fait intervenir quelqu’un. Je retrouve dans les pièces un document du responsable technique qui dit que le problème est connu puisque un wear strip a été changé 6 fois. Je me suis alors demandé ce qu’il en était : on a entendu il y a quelques jours M BURTT qui dit qu’il n’a pas assez de personnel pour faire le suivi de navigabilité. Pour moi ceci est essentiel : si on ne peut pas faire de synthèse des incidents récurrents, la porte est ouverte à tous les problèmes.

Me METZNER

C’est une hypothèse : p 33 vous dîtes : « La politique d’entretien de la compagnie CONTINENTAL AIRLINES, pour cet aéronef au moins, nous parait avoir été minimaliste; Les raisons en sont certainement d’ordre économique mais les conséquences ont été catastrophiques ».

Vous liez des circonstances économiques à des conséquences catastrophiques. Pourquoi dire que les raisons sont économiques ?

M IZTUETA

Je repense à l’indicateur de vibration, au potentiel initial de l’inverseur de poussée dont j’ai parlé hier : il faut surveiller le produit en cas de changement mais si on ne le surveille pas du coup on fait des économies.

Me METZNER

Par ce qu’on enlève une pièce que l’on a payé on fiat des économies ?

LA PRESIDENTE

D’après ce que dit l’expert des dépenses pour la maintenance supplémentaire sont nécessaires.

Me METZNER

Est-ce que la présence d’un indicateur de vibration ne pose pas de problème ? N’y avait-il pas de danger ?

LA PRESIDENTE

M IZTUETA, je vous demande de répondre rapidement car vous en avez parlé hier. Vous parliez à l’oral de fiabilité, puis dans votre rapport de fiabilité à 50% ce après quoi vous aviez remarqué qu’il fallait d’abord vérifier que l’indicateur marche. Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Me METZNER et M IZTUETA

Non

Me METZNER

p33 : vous dîtes « ces anomalies constatées au sein de CONTINENTAL AIRLINES constituent des éléments techniques de responsabilité éventuelle graves et concordants. »

Parler d’indices graves et concordants, c’est le monopole du tribunal et ceci ne figure pas dans votre mission.

M IZTUETA

Je laisserai donc le tribunal s’exprimer sur ce point.

M BURTT a des questions

M BURTT

Comme je l’ai dit hier à plusieurs reprises, nous avons des règles précises en maintenance : les règles de la FAA sont très complètes : c’est une obligation pour nous de nous assurer que nous sommes en conformité avec cette réglementation : M IZTUETA a reconnu que notre manuel comporte des règles importantes. Il y a eu accès : le dossier comportait plusieurs chapitres : nous en avons 333, l’indexation est soignée.

En ce qui concerne la consultation des archives, nous comprenons que le processus était important c’est pourquoi nous avons gardé ces données en attendant qu’on nous les demande : nous avons 41 classeurs et 28700 documents sous forme électronique pour cet appareil. La FAA nous avait demandé de les garder et nous avons continué à les garder

LA PRESIDENTE

Avez-vous remis ces documents à la FAA puisqu’ils ont fait une enquête ?

M BURTT

Nous avons gardé ces documents dans nos archives ; nous avons de bonnes relations avec la FAA. Je travaille avec les inspecteurs de maintenance : tout cela fait partie de l’enquête sur cet incident

LA PRESIDENTE

Répondez à ma question : est-ce que la FAA s’est vue transmettre ces documents lors de l’audit ?

M BURTT

Oui, ils y ont eu accès : ils ont pu inspecter les documents et ont fait des copies de ce qui les intéressaient.

M IZTUETA a continué à dire qu’il était surpris que nous ne nous intéressions pas au remplacement du wear strip. Les documents montrent que depuis l’inspection D, 6 wear strip avait été changés sur le moteurs 3 : comme je l’ai déjà dit le suivi des événements opérationnels est important mais chaque jour nous recevons 5000 pages: notre programme de maintenance est extrêmement complet mais nous n’examinons pas ces 5000 pages tous les jours : plus de 8,2millions de pages ont été reçues durant la période où les 6 wear strip ont été changés. Comme l’a dit M ARSLANIAN, ceci n’a pas cours non plus en Europe concernant les consommables non essentiels à la navigabilité. Nous avons un audit interne, des audits externes envers nos fournisseurs, et je ne sais pas comment M IZTUETA peut impliquer que notre programme de contrôle de qualité…j’ai 250 personnes qui ne travaillent que sur ça.

LA PRESIDENTE

Vous dites que la pièce est un consommable non essentiel à la navigabilité ; peut-on dire que c’est pour cela qu’il n’y a pas eu de suivi ?

M BURTT

Oui

LA PRESIDENTE

Qui décide quelle pièce va être suivie et quelle pièce non ?

M BURTT

Plusieurs critères interviennent : nous avons des obligations de reporting envers la FAA, la M713 stipule quels événements sont à reporter, d’autre part nous avons une autre exigence de reporting…

LA PRESIDENTE

Que veut dire reporting ?

M BURTT

C’est le critère qui dit sur quoi on doit faire un suivi. La FAA nous demande de démontrer la traçabilité de différentes choses. Il faut également reporter ce qui met en jeu la responsabilité et est détecté par un technicien. De plus nous avons un système de fiabilité : un certain nombre d’évènements doivent être reportés de façon journalière et font l’objet d’un traitement statistique. Ce genre d’évènements, ce sont les réparations majeures, des retards opérationnels, des retours à terre … Toute une série d’évènements sont systématiquement suivis. Nous avons un système de reporting automatique pour les moteurs…Il y a beaucoup de paramètres opérationnels qui font l’objet d’un monitoring mais cela n’inclut pas le remplacement de partie consommables, entre autres.

LA PRESIDENTE

Je comprends votre position, mais lorsque le problème sur ce consommable devient récurrent, est-ce qu’à un moment donné la situation ne remet pas en cause la sécurité ? Sacrifier le suivi des pièces du fait de leur coté consommable, est-ce que ça ne peut pas engendrer un problème plus important qui va vous échapper puisqu’il n’y a pas de suivi ?

M BURTT

Je pense que plusieurs personnes ont été impliquées dans le remplacement de ce wear strip et qu’il n’y a pas de traçabilité. Le remplacement d’un wear strip est courant : l’individu ou les individus n’ont pas su reconnaitre la nécessité de mettre en place un suivi : les 6 changements ont été noyés dans les 8 millions de page. Le concept de surveillance en continu exige que nous nous concentrions sur les problématiques majeures mettant en jeu la sécurité.

LA PRESIDENTE

D’autres observations ?

M BURTT

Non je n’ai rien à ajouter.

LA PRESIDENTE

Le mot reporting, comment le traduisez vous, M IZTUETA ?

M IZTUETA

Il s’agit d’un compte rendu en exploitation.

LA PRESIDENTE

Pas d’autres précisions sur ce qui a été dit par M BURTT ?

M IZTUETA

Non

Me ESCLATINE

A propos de l’effet guillotine je comprends qu’il y a une différence entre votre analyse et celle des experts : pour eux l’écart du capot compte et la largueur de la lamelle ont une influence.

LA PRESIDENTE

Pour être précis la lamelle n’avait pas la même largeur à chaque endroit

Me ESCLATINE

Oui mais M IZTUETA n’évoque pas la largueur

M IZTUETA

Je l’ai évoquée mais je n’ai pas analysé son effet sur l’effet guillotine. J’ai aussi parlé du bord tombé qui aurait pu retarder ce relâchement.

Me ESCLATINE

Ce n’est pas un facteur aggravant ?

M IZTUETA

Je ne l’ai pas abordé dans mon rapport

Me ESCLATINE

P8 de votre rapport vous dites « L’usage veut que, en cas d’indisponibilité du matériau recommandé, l’utilisation d’un matériau de qualité supérieur est admise »

Par « usage » dois-je comprendre « règles de l’art ». ?

M IZTUETA

Je dis oui mais si l’usage veut qu’on puisse utiliser un autre matériau, attention car nous sommes sur une bande d’usure or tout métal n’est pas adapté à la bande d’usure.

Me ESCLATINE